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Télécharger la version en format PDF (300 KB, 23 Pages) La santé de la population Les services de santé La réforme des soins de santé Les femmes de différentes communautés
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Hearing Voices : Étude sur les soins de santé mentale prodigués aux femmes Marina Morrow et Monika Chappell, Centre d’excellence pour les femmes – région de la Colombie-Britannique
La santé mentale des femmes est indissociable des conditions sociales qui définissent la vie des femmes. Ces conditions sont caractérisées par des inégalités sociales, le sexisme et le racisme, par exemple, qui influent sur le type de problèmes de santé mentale que développent les femmes et sur la façon dont ces problèmes sont compris et traités par les professionnels de la santé et par la société. Nombre d’études ont été faites sur les différences entre les réactions des hommes et des femmes face aux troubles mentaux et, plus particulièrement, sur les liens entre les conditions sociales et la santé mentale des femmes [4]. Et il y a de plus en plus de recherches cliniques sur l’évolution différente des troubles mentaux chroniques chez les femmes et chez les hommes, de même que des études sur les liens entre la santé mentale des femmes, leurs fonctions biologiques et les étapes dans leur vie (Seeman, 1981 et 1983; Seeman et Lang, 1990). Certains organismes nationaux et provinciaux ont reconnu que la santé mentale est en partie conditionnée par la société et se sont donc engagés à passer d’une vision biomédicale de la santé mentale à une vision « bio-psychosociale » (le Mental Health Plan de la Colombie-Britannique, 1998; Association canadienne pour la santé mentale, 1993). En outre, dans quelques territoires, on a accordé aux femmes le statut de groupe ayant des besoins particuliers (le Mental Health Plan de la Colombie-Britannique, 1998, p. 27). Pourtant, la reconnaissance du conditionnement social de la santé mentale des femmes n’est pas encore entièrement intégrée à l’élaboration des politiques sur la santé mentale ni à la prestation des services en santé mentale. Car, en dépit des engagements à traiter les femmes comme un groupe ayant des besoins particuliers en santé mentale, rares sont les mécanismes permettant d’étudier de façon continue et systématique le vécu des femmes ayant des problèmes de santé mentale. Pour cette étude, nous avons adopté une démarche féministe fondée sur la collaboration. Elle comportait des entrevues et des groupes de discussion avec plus de 200 femmes ayant des problèmes de santé mentale chroniques, des membres de leur famille de sexe féminin, des prestataires de services et des intervenantes de la santé de Colombie-Britannique[5]. L’étude a révélé qu’on n’a pas intégré de façon systématique et uniforme le facteur sexe dans le cadre des politiques et de la prestation des services à l’intérieur des politiques et mécanismes de prestation des services en vigueur. Ainsi, les services qui tiennent compte des besoins propres aux femmes sont souvent tributaires de la volonté des prestataires de services, et la planification des services en santé mentale destinés aux femmes se fait au coup par coup et de façon peu méthodique. Le fait de ne pas tenir compte des différences entre les sexes a des répercussions profondes sur la satisfaction des consommatrices, les résultats cliniques et le recours aux services. À la lumière des données tirées des entrevues et des groupes de discussion, nous avons brossé un portrait détaillé de l’expérience des femmes en matière de services en santé mentale. Alors que dans certaines collectivités les services étaient pratiquement inexistants, ailleurs ils étaient fragmentaires ou inaccessibles. D’anciennes consommatrices et des membres de leur famille ont expliqué combien il est difficile d’obtenir des soins à prix modéré, appropriés et attentionnés. Les prestataires de soins, quant à eux, ont souligné que prodiguer de tels soins avec des ressources financières et humaines limitées constitue un véritable tour de force. Notre étude traite également de l’expérience des femmes de couleur et autochtones, des femmes handicapées, des jeunes femmes, des femmes âgées et des immigrantes. Trois obstacles ressortent de leurs propos : la langue, la culture et les préjugés à l’endroit des consommateurs de services de santé mentale. L’étude fait aussi état du système à deux paliers qui caractérise la prestation des services en santé mentale. D’une part, les femmes nanties qui peuvent protéger leur autonomie et leur vie privée en consultant des thérapeutes et des psychiatres en cabinet privé; d’autre part, les femmes à faible revenu qui, plus souvent, reçoivent des soins financés par l’État et, par conséquent, surveillés par l’État. Nous avons entrepris de répertorier les tendances découlant de la réforme des services en santé mentale au Canada, en nous attardant plus particulièrement sur les initiatives de la Colombie-Britannique. La réforme des services en santé mentale au Canada semble viser un double objectif : opérer un changement de cap dans la manière de comprendre et de traiter la maladie mentale, et modifier les modes de financement et de prestation des services en santé mentale. Certaines mesures sont les mêmes partout au pays : la réduction graduelle des activités des grands hôpitaux psychiatriques et la mise sur pied d’un système régional et décentralisé de prestation des services en santé mentale. La réforme a également donné lieu à des modifications aux lois provinciales et aux mécanismes provinciaux d’élaboration des politiques. Or, ces tendances entraînent une multitude d’effets sur l’offre et l’orientation des services, ce qui se répercute sur les prestataires de soins, les familles de personnes atteintes d’une maladie mentale et les consommatrices et consommateurs eux-mêmes. En général, on n’a pas tenu compte des différences entre les sexes lors de l’élaboration, de la mise en uvre ou de l’évaluation des éléments de la réforme des services en santé mentale. Cette vaste étude préliminaire fait ressortir la nécessité d’étudier davantage, et de façon systématique, l’effet de la restructuration des modes de financement et de prestation des services en santé mentale au Canada sur la prestation des services aux femmes. Il faudra également intensifier les recherches et l’évaluation des programmes afin d’établir quelles politiques et quels modes de prestation des services répondent le mieux aux besoins particuliers des femmes en matière de santé mentale. Au cours des trois prochaines années, le Centre d’excellence pour la santé des femmes de la Colombie-Britannique effectuera des études sur les effets de la réforme des services en santé mentale sur les femmes de l’Ontario, du Québec et de la Colombie-Britannique. La présente étude a bénéficié du soutien financier du Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de la Colombie-Britannique, du ministère de la Santé de la C.-B., du Conseil consultatif sur la santé des femmes de la C.-B. et du ministère de la condition féminine de la C.-B.. Pour de plus amples renseignements : NOTES BC Ministry of Health and Ministry Responsible for Seniors. Revitalizing and Rebalancing British Columbia’s Mental Health System: The 1998 Mental Health Plan, Victoria, Adult Mental Health Division, 1998. Seeman, M. V. « Gender and the Onset of Schizophrenia: Neurohumoral Influences », Revue de psychiatrie de l’Université d’Ottawa, vol. 6, 1981, p. 136-138. Seeman, M. V. « Schizophrenic Men and Women Require Different Treatment Programs », Journal of Psychiatric Evaluation, vol. 5, 1983, p. 143-148. Seeman, M. V. et M. Lang. « The Role of Estrogens in Schizophrenia Gender Différences », Schizophrenia Bulletin, vol. 16, 1990, p. 185-194. [5] Le projet était supervisé par un comité consultatif de 15 membres dirigé par des consommatrices de services en santé mentale. Il réunissait, entre autres, des prestataires de services en santé mentale, des décisionnaires et des chercheuses. |
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