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Télécharger la version en format PDF (300 KB, 23 Pages) La santé de la population Les services de santé La réforme des soins de santé Les femmes de différentes communautés
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Régionaliser les services de santé aux mères en Colombie-Britannique. Est-ce la bonne voie ? Cecilia Benoit, département de sociologie de la University of Victoria, Dena Carroll, ministère de l’Éducation de la Colombie-Britannique et Pat Kaufert, département de santé communautaire, Université du Manitoba, secondées par Beverly MacLean-Alley
Depuis une cinquantaine d’années, le Canada affecte des ressources considérables aux domaines spécialisés de l’obstétrique et de la gynécologie, ainsi qu’à l’entretien de grands services hospitaliers de maternité. Or, malgré le recul important du taux de mortalité chez les mères et les nouveaux-nés, on constate toujours d’importantes lacunes en matière de services à l’intention des clientes des maternités. On a soulevé des inquiétudes à l’égard de divers problèmes, dont la gamme étroite de services couverts par l’assurance-santé provinciale, le peu de choix de prestataires de services, l’accès limité des femmes marginalisées, l’insensibilité des professionnels de la santé à l’égard de la culture des clientes et les pratiques d’emploi patriarcales. Il semblerait que les réseaux de santé provinciaux affectent les ressources d’une manière inefficace et ne réussissent pas à résoudre ces problèmes. Pour qu’ait lieu une véritable réforme de la santé, il faudra se concentrer sur la prestation adéquate de soins de maternité de qualité à toutes les femmes, ainsi que sur la recherche de moyens de favoriser l’utilisation plus efficace des ressources en santé. La réforme de la santé préoccupe les décisionnaires dans toutes les provinces du Canada. L’une des démarches privilégiées dans la plupart des provinces (l’Ontario est toutefois l’exception) est la régionalisation. La démarche en cours en Colombie-Britannique fait appel à plusieurs stratégies adoptées ailleurs au pays : la décentralisation de la planification des soins de santé; le transfert du pouvoir décisionnel; et la création d’offices régionaux de la santé, ou de conseils de santé communautaires. On s’attend à ce que la régionalisation ait pour conséquences non seulement de réduire le gaspillage et l’inefficacité, mais aussi de permettre aux résidants des collectivités d’exprimer leurs besoins en santé et leurs préoccupations en la matière et, enfin, de favoriser la prestation de services de santé à proximité du domicile des clients. La présente étude pose deux questions importantes : 1) la régionalisation a-t-elle amélioré l’accès des femmes à des soins de maternité de qualité dans leur collectivité ? 2) plus précisément, la régionalisation a-t-elle accru la participation des femmes de l’extérieur des régions urbaines à la planification des soins de santé que font les conseils régionaux? Nous avons utilisé deux méthodes de recherche pour répondre à ces questions. On a organisé deux ateliers sur les problèmes des femmes liés aux services de santé à l’intention de clientes en maternité à l’extérieur des régions urbaines. En outre, quatorze personnes ont été interviewées : des conseillers en politiques, des professionnels de la santé qui offrent des services de maternité en Colombie- Britannique, ainsi qu’un petit nombre de clientes de l’extérieur des régions urbaines. Bien que les clientes de l’extérieur des régions urbaines fassent état de certains avantages que leur procure la régionalisation, elles s’inquiètent de la réduction des services de maternité à proximité de leur domicile. Deux répondantes, qui venaient d’accoucher au moment de l’interview, ont souligné le déclin du niveau de soins qu’elles ont reçu des infirmières, tant à l’hôpital local qu’à la clinique de santé publique. Leurs observations étaient fondées sur leur expérience récente, c’est-à-dire lors d’un accouchement survenu avant la création du Conseil de santé local. Ces deux répondantes conviennent que le déclin du service découle en partie du programme de congé d’hôpital précoce des nouvelles mères, qui vise à réduire les coûts en renvoyant ces dernières et leur bébé à la maison dans les 48 heures suivant l’accouchement. Les répondantes craignent que le stress chez les nouvelles mères n’ait augmenté, et qu’un nombre accru de nouveaux-nés ne souffrent de déshydratation et ne soient réadmis à l’hôpital en raison d’un allaitement inadéquat. D’après ces répondantes, les infirmières dans les hôpitaux ont de moins en moins de temps à consacrer aux conseils aux nouvelles mères sur l’art d’allaiter et à s’occuper du nouveau-né. Les participantes aux deux groupes de discussion étaient généralement d’accord, ce qui laisse croire que la qualité des soins de maternité au palier local est en régression. Les clientes des services de maternité déplorent également que la régionalisation n’ait pas réussi à corriger la pénurie de médecins à l’extérieur des régions urbaines, en dépit de la surabondance de médecins par personne dans cette province. Elles témoignent du traumatisme associé au fait de devoir quitter sa collectivité pour accoucher, ce qui les éloigne de leurs précieux réseaux de soutien. Bien que les répondantes se réjouissent du fait que le métier de sage-femme soit désormais légal et que ces services soient financés par le ministère de la santé provincial, elles doutent qu’ils soient accessibles à l’extérieur des régions urbaines dans un proche avenir. Elles affirment ne connaître aucune sage-femme dans leur collectivité ni dans la région environnante. Elles rajoutent que, à l’instar des médecins, la plupart des sagesfemmes qui sont reconnues par le réseau de santé de la Colombie-Britannique exercent dans les régions métropolitaines de Vancouver ou de Victoria. Les régions privilégiées de la province recrutent des sages-femmes pour répondre à la surabondance de services d’omnipraticiens et d’obstétriciens qui, eux aussi, offrent des soins de maternité. Compte tenu de cette situation, les répondantes se disent inquiètes face à la retraite prochaine de l’un des deux obstétriciens de leur hôpital local et face au départ de l’autre, à qui on a offert un meilleur poste. Chez les représentants du gouvernement et les professionnels de la santé à qui on a demandé si la régionalisation avait atteint les objectifs visés, les avis étaient partagés. La plupart estime que la régionalisation ouvre la voie à la revitalisation des services de santé par le biais de politiques sur la santé novatrices et de la possibilité accrue qu’ont les gens des localités de faire évoluer la situation. Les répondants ont également souligné que, comme les conseils de santé régionaux se composent de membres de la collectivité, la population locale pourra faire entendre ses préoccupations. Par ailleurs, les autorités en matière de santé pourront faire preuve d’innovation dans l’élaboration de politiques et de services de santé adaptés à chaque région. Un répondant a fait valoir que cela pourrait aussi augmenter la transparence du réseau de la santé; une autre a affirmé que le nouveau réseau régional pourrait niveler le système hiérarchique du Ministry of Health. Il reste que la décentralisation des services de santé soulève des problèmes à chaque palier. Les représentants du gouvernement et les professionnels de la santé que nous avons interviewés ont exprimé certaines inquiétudes : 1) la disparition possible d’importants programmes de prévention; 2) les communications difficiles entre les régions et la province; 3) le risque que l’accès des femmes marginalisées ne diminue; 4) le coût entraîné par l’élargissement de l’administration des services de santé; 5) l’influence possible de la politique et du favoritisme sur le recrutement et la prise de décisions dans les régions; 6) la nécessité de surveiller les conseils de santé afin de vérifier s’ils atteignent vraiment les objectifs des consommateurs et répondent à leurs besoins; 7) le refus des médecins de renégocier les modalités de rémunération. Cette étude donne un aperçu des répercussions des changements de politiques aux paliers provincial et local sur les clientes des services de maternité. Par ailleurs, elle démontre que les conseillers en politiques et les professionnels de la santé s’inquiètent, eux aussi, des conséquences à long terme de bon nombre des changements en cours. Il est urgent d’effectuer d’autres recherches sur les conséquences de la régionalisation sur les services de santé de base, y compris les soins de maternité, afin d’assurer l’adoption de politiques et de pratiques qui répondent aux besoins des collectivités visées et de prévenir l’érosion de l’accès à des soins de maternité de qualité. Des études sur les conséquences de la régionalisation dans d’autres provinces appuieraient bien cette étude préliminaire. Pour de plus amples renseignements : |
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