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   Volume 1 Numéro 1 Automne 2000

Table des matières/

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La santé de la population

Les services de santé

La réforme des soins de santé

Les femmes de différentes communautés

 

 

 

Les soignantes en régions rurales : les répercussions de la réforme de la santé sur les femmes qui prodiguent des soins dans leur entourage

Bonnie Blakley et JoAnn Jaffe, département de sociologie et sciences sociales, University of Regina

 

Les soins de santé dans les régions rurales de la Saskatchewan sont en évolution. Dans bon nombre de collectivités, on constate la disparition des hôpitaux, des établissements de soins de longue durée et, dans certains cas, des services de soins primaires. On assiste également à la désinstitutionnalisation des malades chroniques et des personnes handicapées. Les services de relève ou d’ergothérapie sont rares et, de plus en plus souvent, centralisés et difficiles d’accès. Le nombre de personnes qui prodiguent des soins non officiels ne cesse de grandir, tandis qu’augmente l’incertitude à l’égard du régime d’assurancemaladie et de la restructuration des services de santé.

Les décisionnaires ne cessent de modifier le réseau de la santé, bien que l’on ne connaisse guère les répercussions de ces changements sur les soignantes en milieu rural. Les politiques sembleraient être fondées sur des mythes et des hypothèses à l’égard des femmes, des familles et des collectivités rurales.

La présente étude posait donc quatre questions :

  1. Quelles sont les répercussions de la réforme de la santé sur le bien-être financier, social, psychologique et physique des soignantes dans les collectivités rurales?

  2. L’absence ou la présence de soutiens sociaux officiels ou informels influent-elles sur les conséquences de la réforme de la santé que ressentent les soignantes en milieu rural?

  3. Des facteurs tels que le revenu, l’éducation, la situation sociale et l’emploi influent-ils sur les difficultés que connaissent les soignantes en milieu rural?

  4. Quels types de soutiens officiels et non officiels les soignantes en milieu rural veulent-elles, et comment peut-on répondre à leurs besoins par la modification de politiques et la participation communautaire?

L’étude a porté sur le district de santé North Valley, dans le centre-est de la Saskatchewan, en raison de sa proximité de Regina, du fait que cette région est bien définie, et que les soignantes qui y vivent ont accès au même nombre et aux mêmes types de services de santé. La région comprend des petites collectivités et, de ce fait, est qualifiée de rurale. La population de 14 992 habitants a décliné légèrement à la fin des années 90. Nous avons interviewé 53 femmes individuellement entre juin et octobre 1998 au moyen d’un questionnaire structuré. La plupart des entretiens avaient lieu au domicile de la personne. Six entretiens se sont déroulés dans un restaurant choisi par la soignante. La durée de l’entretien variait : de 45 minutes à 4 heures.

Conclusions principales
1. Les femmes affirment qu’elles sont en moins bonne santé depuis qu’elles ont assumé le rôle de soignante. Les deux tiers des soignantes interrogées estiment être en bonne santé. Près de la moitié d’entre elles affirment toutefois qu’elles sont en moins bonne santé depuis qu’elles agissent comme soignante. Il est intéressant de noter que c’est également le cas de certaines des femmes qui se disent en bonne santé. Celles-ci affirment, en effet, souffrir plus souvent de maux de têtes causés par le stress, de douleurs chroniques au dos, de dépression et d’épuisement affectif et physique depuis qu’elles agissent comme soignantes. Comme les soignantes ont tendance à s’occuper de plus de une personne durant leur vie, et ce, pendant des périodes prolongées, on peut s’attendre à ce que ces personnes développent de plus en plus de maladies liées au stress.

2. L’expérience des soignantes qui font appel aux services de santé du district et aux services d’appoint varie beaucoup. Les soignantes connaissent une large gamme de services de santé dans leur district pouvant leur offrir un soutien communautaire, mais elles sont peu nombreuses à utiliser plus de un de ces services. Elles sont d’avis qu’il serait préférable de mettre à leur disposition un plus grand nombre de prestataires de soins à domicile et de veiller à ce que ces personnes soient mieux renseignées, plutôt que d’offrir un si grand nombre de services différents. Vingt-cinq soignantes estiment que les soutiens communautaires devraient être axés sur le maintien des services hospitaliers et cliniques, tandis que 24 d’entre elles croient qu’ils devraient plutôt être centrés sur la création de foyers de groupes et de soins. Bien que certaines affirment que les services de soins à domicile sont « excellents tels qu’ils sont », d’autres les jugent « inutiles » et n’y feraient jamais appel.

3. Les remarques que font les soignantes à l’égard de leur état de santé sont directement reliées au soutien qu’elles reçoivent de leur famille et à leur situation d’emploi. Les soignantes qui se disent en mauvaise santé sont portées à dire que leur état de santé s’est détérioré depuis qu’elles prodiguent des soins. Il est toutefois remarquable que l’âge et le revenu ne soient pas reliés à cette observation, bien que les jeunes soignantes en bonne santé soient plus portées à témoigner d’une détérioration. Les femmes plus instruites seraient davantage portées à se dire en bonne santé, mais aussi à constater une détérioration depuis qu’elles sont soignantes. Le soutien apporté par la famille et le fait d’avoir un emploi à l’extérieur du foyer sont les facteurs qui influent le plus sur le fait que ces femmes se considèrent en bonne santé et sur la stabilité de leur état de santé. En effet, celles qui travaillent à l’extérieur du foyer sont davantage portées à se dire en bonne santé et moins portées à affirmer que leur état de santé a souffert de leurs activités de soignante auprès d’un membre de leur famille. En revanche, celles qui ne travaillent pas à l’extérieur du foyer sont plus nombreuses à se dire en mauvaise santé et à accuser une détérioration. Un grand nombre de femmes qui estiment être en mauvaise santé ne bénéficient d’aucune aide des membres de leur famille dans leurs tâches de soignante, tandis que celles qui reçoivent de l’aide sont plus portées à se dire en bonne santé et moins portées à dire que leur santé se détériore.

4. Les soignantes ont besoin de soutiens officiels et non officiels. Les soignantes estiment que, si elles bénéficiaient d’un bon soutien de leur collectivité et des membres de leur famille, cela faciliterait grandement leur tâche. Pourtant, 30 p. 100 des soignantes affirment que rien ne pourrait faciliter leur tâche. Vingt-six soignantes disent que les membres de leur famille les secondent dans leurs tâches, tandis que vingt-sept d’entres elles ne reçoivent aucune aide. Les soignantes plus âgées sont plus nombreuses à dire qu’aucun membre de leur famille ne les aide. Les soignantes qui ne reçoivent aucune aide de la famille s’occupent habituellement de personnes très âgées.

Bien des soignantes en milieu rural se retrouvent dans une situation délicate. Elles doivent composer avec la restructuration du réseau de santé ainsi qu’avec la transformation de leur collectivité. D’après les résultats de l’étude, ces changements se répercutent sur la vie sociale, le travail et la santé de ces femmes. En bref, ces femmes affirment que les exigences liées à leur rôle de soignante en milieu rural limitent leur vie sociale, empiètent sur leur vie professionnelle et se répercutent de façon négative sur leur état de santé.

Les impératifs politiques suivants ressortent de l’étude :

  1. Reconnaître que les soignantes en milieu rural ont besoin de soutiens sociaux et affectifs;

  2. Reconnaître que les soignantes ne bénéficient pas toujours de l’aide des membres de la famille;

  3. Améliorer l’accès aux services communautaires;

  4. Financer adéquatement les services d’appoint et les soins en établissement dans les collectivités rurales;

  5. Diffuser l’information sur les services existants;

  6. Reconnaître que les soignantes en milieu rural sont généralement assez âgées et souffrent, elles aussi, de problèmes de santé;

  7. Reconnaître qu’agir à titre de soignante constitue un travail et le rémunérer.


Pour de plus amples renseignements :
Le Centre d’excellence pour la santé des femmes – région des Prairies,
Université de Winnipeg – pièce 2C11A
515, avenue Portage, Winnipeg (Manitoba), Canada R3B 2E9
Tél. : (204) 786-9048  Téléc. : (204) 774-4134
Site Web : www.pwhce.ca   Courrier éléctronique : pwhce@uwinnipeg.ca



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