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La santé de la population
1. En matière de santé, le sexe fait-il une différence?
2. Le sexe, le travail et la santé : une analyse de l’Enquête nationale sur la santé de la population (1994)
3. La santé des femmes dans les provinces de
l’Atlantique : données statistiques
Les services de santé
4. L’utilisation des services de santé et le sexe : étude pilote fondée sur des bases de données regroupées sur la santé de la Colombie-Britannique
5. Établissement des coûts : étude nationale fondée sur les sexes
La réforme des soins de santé
6. Régionaliser les services de santé aux mères en Colombie-Britannique. Est-ce la bonne voie ?
7. Les femmes invisibles : le sexe et la planification
en santé au Manitoba et en Saskatchewan et des modèles pour le progrès
8. Les soignantes en régions rurales : les
répercussions de la réforme de la santé sur les femmes qui prodiguent des soins dans leur
entourage
9. Les femmes âgées et les femmes handicapées qui
reçoivent des soins à domicile : laissées pour compte par les politiques en soins prolongés
Les femmes de différentes communautés
10. Expérience des immigrantes et des réfugiées avec
le réseau québécois de la santé
11. Hearing Voices: Étude sur les soins de santé
mentale prodigués aux femmes
12. Mieux comprendre l’expérience des jeunes
femmes d’une localité de la Nouvelle-Écosse qui cherchent des services de santé et d’éducation
sexuelles
13. Voices and Faces: Étude qualitative sur un groupe de soutien par audioconférence pour les femmes des régions rurales qui ont le cancer du sein
14. Les Centres d’excellence pour la santé des femmes - Renseigements
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Les femmes âgées et les femmes handicapées qui
reçoivent des soins à domicile : laissées pour compte par les politiques en soins prolongés
Jane Aronson, département de sociologie, McMaster University
L’étude explore les opinions et les aspirations des femmes
âgées frêles et des jeunes femmes handicapées qui ont besoin
de soins à domicile en Ontario. Les débats actuels sur les
politiques en matière de soins de longue durée ne tiennent
guère compte de ces femmes ni de leurs connaissances à
l’égard du réseau de soins à domicile; au contraire, ces
discours sont dominés par les impératifs d’ordre financier des
gouvernements qui cherchent des moyens de gérer ces
services efficacement et d’en faire disparaître les coûts de
leurs budgets.
Depuis toujours, les soins à domicile au Canada sont mal
financés et fragmentés. Ils ne sont visés par aucune norme
pancanadienne, de sorte que, au fil des ans, les
gouvernements provinciaux ont créé divers mélanges de
services à domicile publics, bénévoles et à but lucratif. En
Ontario, où se déroule l’étude, l’engagement du
gouvernement actuel envers la réduction des coûts et la
privatisation de tous les programmes touchant la santé et les
services sociaux a transformé les soins à domicile en un
réseau mal financé de « concurrence contrôlée » qui favorise
l’entrée sur le marché des prestataires de soins à but lucratif.
Afin d’étudier le vécu des femmes dans ce domaine de
services turbulent et mal financé, nous avons adopté une
démarche longitudinale (de 3 ans) et qualitative : elle est
longitudinale de manière à permettre à l’équipe de cerner et
de comprendre les changements survenus dans l’état de santé
et la condition sociale des bénéficiaires de services et dans le
milieu des soins à domicile; elle est qualitative afin
d’accorder la priorité à l’optique des femmes (comment elles
définissent leur condition, leurs préoccupations et leurs aspirations). Depuis le début de l’étude, il y a 18 mois, on a
constitué un échantillon de 25 femmes qui reçoivent des
soins à domicile de façon continue. Elles ont été trouvées par
le biais de groupes communautaires qui sont partenaires de
l’étude (le Older Women’s Network et la Corporation
Canadienne des Retraités Intéressés, par exemple) et par le
biais d’autres organismes communautaires et d’intervention.
Les participantes sont âgées de 35 à 96 ans; elles souffrent
d’une vaste gamme de troubles chroniques et de handicaps.
Elles présentent aussi un large éventail de témoignages liés à
la durée des services, à la culture et à la situation familiale.
Presque la moitié de ces femmes sont pauvres.
Les entretiens ont lieu à intervalles réguliers (tous les 4 à 6
mois), et on invite les participantes à parler de leur état de
santé et de leur condition sociale, ainsi que des services et de
l’aide qu’elles reçoivent à domicile. Les entretiens sont
enregistrés, puis transcrits, avec leur permission. Le vécu de
ces femmes au sein du nouveau « marché » de soins à
domicile est source de certaines de leurs principales
préoccupations. En voici un résumé.
L’instabilité et la discontinuité
Plusieurs participantes constatent une évolution rapide et
problématique au sein des organismes qui leur fournissent
des soins et, ce qui est encore plus important, un roulement
du personnel de ces organismes. Elles témoignent de la
tension et des difficultés associées au fait de devoir se fier à
des infirmières et des soignantes inconnues pour certaines
tâches intimes et complexes qui exigent une connaissance
certaine de leur situation particulière. La continuité et la
prévisibilité sont des défis depuis toujours pour les
responsables des soins à domicile, car la qualité des soins
dépend de l’attention aux détails et aux démarches
quotidiennes, de même que des relations de confiance sur
lesquelles ces soins sont fondés. Le réseau axé sur la
« concurrence contrôlée » qu’a instauré l’Ontario a aggravé
ce problème puisqu’il favorise, à dessein, la multiplication
des prestataires de services et que leurs contrats sont révisés
et modifiés régulièrement. En outre, la situation du
personnel est de plus en plus bouleversée et incertaine, ce
qui entraîne la déstabilisation et la discontinuité des
relations avec les clientes et les clients.
Le rationnement des services
Au sein du nouveau réseau ontarien de soins à domicile, les
gestionnaires de cas responsables de chaque client évaluent les
besoins et coordonnent une gamme de services offerts par un
mélange de prestataires à but lucratif et sans but lucratif avec
lesquels leur Centre d’accès aux soins communautaires a
conclu une entente. D’après le témoignage des participantes,
leurs échanges avec le ou la gestionnaire de cas sont marqués
par le rétrécissement des définitions de l’admissibilité aux
soins et à l’aide à domicile. Bon nombre d’entre elles font état
de la réduction du nombre d’heures de soins auxquelles elles
ont droit et de la redéfinition des tâches qu’effectuent les
prestataires. Plus particulièrement, leurs témoignages font
ressortir une tendance vers la prestation de soins qui se
limitent à répondre aux besoins personnels ou médicaux et le
retrait de services d’aide aux tâches ménagères et aux soutiens
sociaux. Ces changements témoignent d’une redéfinition
dramatique des droits de la population à l’aide publique et de
la réorientation implicite des services à domicile vers une
gamme étroite de soins médicaux et urgents plutôt que de
services d’appoint sociaux et à long terme. Or, ces
changements ne font l’objet d’aucun débat public et ne sont
guère reconnus puisqu’ils s’actualisent à huis clos, dans le
domicile privé des bénéficiaires de soins.
La privatisation : le transfert des soins et des dépenses
À mesure que l’on réduit les soins à domicile financés par
l’État ou que les bénéficiaires les jugent peu fiables, les
participantes doivent chercher d’autres sources d’aide. Ainsi,
les soins, et les coûts qui y sont associés, sont transférés au
secteur privé. Certaines participantes ont demandé de l’aide
à des membres de leur famille, démarche qui s’accompagne
souvent de la crainte d’être perçue comme un fardeau et
d’être redevable à ces personnes. D’ailleurs, cela n’est pas une
option pour celles qui n’ont aucun membre de famille vers
qui se tourner. Les participantes qui ont les moyens d’acheter
des services additionnels de prestataires privés le font.
Certaines en sont satisfaites mais, dans certains cas, elles
affirment que le personnel n’est pas constant et qu’il manque
de préparation (les critiques répliqueraient que ces
expériences démontrent la détérioration des conditions de
travail dans le domaine de soins à domicile et, par
conséquent, la difficulté qu’ont les organismes à recruter et à
conserver leur personnel). Dans certains cas, on fait appel à
d’autres sources encore moins bien connues : à l’économie
parallèle (exemples : des ménagères, des soignantes, des
compagnes, des prestataires de soins rémunérés, qui
remplissent le vide laissé par la disparition graduelle des
services publics); aux femmes âgées et handicapées (les
clientes) qui tentent, souvent à leurs risques et périls, de
s’occuper d’elles-mêmes et de leur domicile; ou, à personne,
c’est-à-dire que ces femmes ne bénéficient d’aucune aide. Les analyses futures devront mettre en lumière ces conséquences
cachées du rationnement des soins à domicile et explorer les
effets qu’elles ont sur les femmes de différents milieux sociaux.
L’insécurité accrue
Il n’est guère étonnant que cet état de choses provoque
l’insécurité et l’angoisse chez les bénéficiaires de soins à
domicile. Les participantes à l’étude souffrent de troubles et
de handicaps imprévisibles ou dégénératifs; en même temps,
elles sont aux prises avec l’instabilité des soins à domicile et
avec un climat politique qui leur retire leur droit à des services
financés par l’État. La description que font de nombreuses
participantes de leur situation met en lumière leur perte
d’identité et d’estime de soi et leur crainte de l’avenir. Leurs
témoignages font également ressortir leur résistance et leurs
luttes : l’ingéniosité dont elles font preuve quotidiennement
pour demeurer dans leur domicile, les alliances novatrices
qu’elles créent avec des prestataires de soins officiels qui
cherchent à élargir et à personnaliser leurs services en réponse
aux besoins de leurs clientes et clients, et, dans quelques cas,
l’expression publique de leur indignation par la participation
à des organismes de défense, à des campagnes de lettres, etc.
Nous approfondirons ces questions ainsi que d’autres thèmes
et sources de tension à mesure que progressera l’étude. Les
résultats seront diffusés aussi largement que possible aux
groupes communautaires intéressés, aux médias, aux
décisionnaires à différents paliers gouvernementaux de
même qu’aux milieux universitaires.
Cette étude de longue durée bénéficie du soutien de RPSFM
et du Conseil de recherches en sciences humaines.
Pour de plus amples renseignements :
Le Réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu,
Centre for Health Studies
Université York
4700, rue Keele
214, chemin York
Toronto (Ontario), Canada M3J 1P3
Tél. : (416) 736-5941 Téléc. : (416) 736-5986
Site Web : www.yorku.ca/research/nnewh Courrier éléctronique : nnewh@yorku.ca
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