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   Volume 1 Numéro 2 Hiver 2001

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La réforme des soins de santé

Au service de la diversité

Aidants naturels non rémunérés

Profession de sage-femme

 

 

 

La privatisation et la santé des femmes au Canada : suivi des répercussions de la réforme des soins de santé

Le Groupe national de coordination sur la réforme des soins de santé et les femmes : Pat Armstrong, Université York, Karen Grant, Réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu (RPSFM) et Université du Manitoba, Jocelyne Bernier, Centre d’excellence pour la santé des femmes – Consortium Université de Montréal (CESAF), Ann Pederson, Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de la Colombie-Britannique (CESFCB), Kay Willson, Centre d’excellence pour la santé des femmes – région des Prairies (CESFP), Carol Amarantunga, Centre d’excellence pour la santé des femmes – région des Maritimes (CESFM) et Madeline Boscoe, Réseau canadien pour la santé des femmes (RCSF)

 

Au cours de la dernière décennie, le système de santé au Canada a fait l’objet d’une restructuration importante. En effet, le système est en constante évolution depuis ses débuts à la fin des années 50, mais l’envergure et l’intensité des « réformes » ont été plus marquées au cours des années 90, lorsque la majorité des gouvernements provinciaux ont lancé des mesures de réforme en matière de soins de santé. Dans chacune des instances où on a mis en œuvre une réforme des soins de santé, ces réformes ont été formulées en termes de crise des coûts croissants. En fait, H. C. Northcott (1993:362) affirme que « la rhétorique de la crise joue sur les émotions et demande des sacrifices exceptionnels—soit des sacrifices qu’on demande à la population vieillissante, au système de santé et aux contribuables » [Traduction].

Si on examine les diverses stratégies de réforme de la santé mises en œuvre par les gouvernements, il est évident qu’elles visent principalement à réduire l’utilisation ou la durée du système de santé par chaque personne, à réduire le coût par unité de soins ou à réduire l’ensemble des coûts des soins de santé. Pour y arriver, on a donc recours à diverses mesures : la chirurgie d’un jour, l’admission différée et le congé anticipé; la désassurance des services et des restrictions sur l’admissibilité aux services assurés; l’imposition de plafonds sur le nombre de services assurés par les médecins qui seront remboursés (par l’entremise de pratiques de facturation restreintes); les fermetures de lits; les réductions du personnel soignant (principalement des infirmières et infirmiers et d’autres travailleuses et travailleurs associés); l’adoption de technologies visant à remplacer du personnel et à améliorer la productivité; et diverses réformes dans le domaine de la gestion et de l’organisation (p. ex., la gestion de la qualité totale et l’amélioration constante de la qualité). En dépit de la mise en œuvre de ces changements, les gouvernements cherchent toujours à maintenir des soins de santé de haute qualité tout en réalisant des économies.

Les réformes des soins de santé ont fait couler beaucoup d’encre, mais les études visant à évaluer les répercussions de ces réformes sur la santé des Canadiennes et des Canadiens et leur accès aux services sont remarquablement limitées quant à leur portée. Jusqu’à maintenant, les travaux du Groupe national de coordination sur la réforme du système de santé et les femmes se sont concentrés sur l’examen des répercussions de la réforme des soins de santé sur les femmes en tant que patientes, aidantes naturelles et décideuses, et sur la coordination de la recherche sur la réforme des soins de santé articulée autour du sexe entre les cinq centres d’excellence.

Le groupe de coordination a entrepris ses travaux en utilisant la privatisation comme une lentille thématique afin de lui permettre de saisir la gamme d’initiatives mises en œuvre dans les stratégies de réforme et dans les projets de recherche sur les femmes. À cette fin, nous avons défini la privatisation dans un vaste contexte social et culturel et non seulement dans le contexte économique. C’està- dire que la privatisation comprend le transfert et la relocalisation de la prestation des services, le travail des soignantes et soignants et les coûts ainsi que l’adoption de méthodes à but lucratif pour la prestation et la gestion des soins de santé.

Nous avons commandé neuf études sur la privatisation. Une étude porte principalement sur le contexte de la réforme des soins de santé et présente les pressions globales et locales qui influent sur le changement (P. Armstrong, 1999). Sept études ont établi des examens sommaires régionaux sur la privatisation afin de saisir la gamme d’initiatives en matière de stratégies de réforme ainsi que dans la recherche sur la santé des femmes. À la suite de ces rapports d’études, et à la lumière de nombreuses lacunes identifiées dans ces examens sommaires, nous avons commandé une étude sur la méthodologie et la recherche (K. R. Grant, 2000). Par ailleurs, un glossaire analytique, portant sur la langue et sur le discours liés à la restructuration et à la réforme du système de santé, est en cours d’élaboration. De plus, un document de vulgarisation (en versions française et anglaise) qui sensibilise davantage aux répercussions de la privatisation des soins de santé sur la santé des femmes au Canada a été publié (Wilson et coll., 2000) et largement diffusé au sein de la collectivité de la santé des femmes dans l’ensemble du pays (une version en direct est disponible à l’adresse http://www.cwhn.ca/indexfr.html). Le groupe de coordination a organisé un dialogue avec des intervenantes et intervenants-clés en soins de santé, soit des chercheuses et chercheurs et des décisionnaires, à Ottawa, en février 2000. De plus, le sénateur Michael Kirby a invité par la suite le groupe de coordination à fournir un témoignage d’expert aux débats du Sénat sur le système de santé.

L’ensemble impressionnant de travaux, qui seront publiés et réunis dans un livre plus tard cette année par Garamond, en dit long sur la situation de la recherche canadienne sur la réforme des soins de santé. Il en ressort entre autres les points suivants :

  1. Il existe des lacunes importantes dans la recherche sur la réforme en matière de soins de santé.

  2. Les travaux de recherche dont on dispose ont tendance à privilégier les données quantitatives, même lorsque les mesures utilisées sont incorrectes ou incomplètes (p. ex., les indicateurs traditionnels axés sur les sciences médicales et biologiques tels que la mortalité, la morbidité, et le recours aux soins de santé sont souvent utilisés). Ces travaux ne permettent toutefois pas de rejoindre la gamme complète des expériences et des répercussions de la réforme des soins de santé.

  3. Très peu d’études tiennent compte des sexes. En général, on ignore le sexe et on traite les expériences des femmes et des hommes comme si elles étaient semblables, même en l’absence de preuves pour appuyer une telle allégation.

  4. Lorsque les chercheuses et chercheurs se concentrent sur la privatisation des soins, ils la traitent principalement comme un concept économique, sans tenir compte des répercussions importantes possibles au plan social de la privatisation sur les personnes soignées et sur les personnes soignantes dont bon nombre d’entre elles sont des femmes.

  5. Même si nous mettions l’accent sur la privatisation, nos recherches ont inévitablement révélé que la « qualité des soins » constituait une préoccupation centrale, bien que mal comprise, qui mérite un examen plus détaillé.

Notre travail s’étend maintenant à l’examen de la définition et de la mesure de la qualité des soins, visant à mettre en rapport des études des centres sur les soins à domicile et à approfondir les modèles de soins primaires pour les femmes à l’échelle nationale.

L’un des aspects les plus passionnants de cette étude, c’est qu’elle comprend la collaboration entre des personnes œuvrant dans les universités, les collectivités et les politiques. Cette étude constitue donc une occasion d’établir des alliances entre les universités et les collectivités dans le domaine de la recherche et de créer un lien direct entre les chercheuses et chercheurs et les fonctionnaires en matière de processus de transfert du savoir et de mise en œuvre.

On peut se procurer des exemplaires de chaque examen sommaire auprès des centres d’excellence. Le rapport sur l’Alberta est disponible par l’entremise du Centre d’excellence pour la santé des femmes—région des Prairies, et le rapport sur la privatisation à Terre-Neuve l’est auprès du Réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu (RPSFM). Les autres documents sont disponibles auprès de la source indiquée ci-dessous. De plus, la plupart des documents sont disponibles dans les deux langues officielles.


Études commandées

ARMSTRONG, P. (1999). Un contexte pour la réforme du système de santé, atelier sur la réforme du système de la santé, Montebello, Québec.

ARMSTRONG, P. ET H. ARMSTRONG (1999). Les femmes, la privatisation et la réforme des soins de santé : le cas de l’Ontario, Toronto, RPSFM.

BERNIER, J. ET M. DALLAIRE (2000). Le prix de la réforme du système de santé pour les femmes. La situation au Québec, Montréal, CESAF.

BOTTING, I., NEIS, B., KEALEY, L. ET S. SOLBERG (2000). Health Care Restructuring and Privatization From Women’s Perspective in Newfoundland and Labrador, Toronto, RPSFM.

FULLER, C. (1999). Les femmes et les changements dans le système des soins de santé : un rôle nouveau ou modifié? Vancouver, CESFCB.

GUREVICK, M. (1999). Privatisation et réforme de la santé dans la perspective des femmes : recherche, politique et interventions. Halifax, CESFM.

GRANT, K. R. (2000). Existe-t-il une solution à ce chaos? Étude de la réforme de la santé en tenant compte de l’importance des femmes, Ottawa, Groupe national de coordination sur la réforme du système de santé et les femmes.

HOWARD, J. ET K. WILLSON (1999). Les chaînons manquants : les effets de la privatisation des soins de santé sur les femmes du Manitoba et de la Saskatchewan, Winnipeg, CESFP.

KEDDY, B. (2000). La réforme des soins de santé et ses répercussions sur les infirmières de la Nouvelle-Écosse et de la Colombie-Britannique : la dépendance à l’égard du marché et l’exploitation du travail des infirmières, Halifax, CESFM.

SCOTT, C. M., HORNE, T. ETW. E. THURSTON (2000). L’impact différentiel de la privatisation des soins de santé sur les femmes de l’Alberta, Winnipeg, CESFP.

Document consulté

NORTHCOTT, H. C. (1993). « The Politics of Fiscal Austerity and Threats to Medicare », Health and Canadian Society, vol. 1, p. 347-366.



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