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La réforme des soins de santé
1. Que veulent les femmes?
2. La privatisation et la santé des femmes au
Canada : suivi des répercussions de la réforme des soins de santé
Au service de la diversité
3. Les voies marginalisées dans la partie est du
centre-ville de Vancouver : des femmes autochtones parlent de leurs expériences en matière de soins de santé
4. L’examen des soins axés sur la femme dans le
contexte du dépistage du cancer du col utérin chez les groupes ethnoculturels
Aidants naturels non rémunérés
5. Les besoins des aidantes naturelles en matière
de soutien : aperçus d’après des expériences de femmes prodiguant des soins en milieu rural en Nouvelle-Écosse
6. Aidantes naturelles et services de soutien :
acquérir du pouvoir sur sa situation
Profession de sage-femme
7. Les défis d’intégration : perspectives sur le
règlement sur la profession de sage-femme en Colombie-Britannique
8. Les soins prodigués par les sages-femmes :
expériences, espoirs et réflexions de femmes
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Aidantes naturelles et services de soutien : acquérir du pouvoir sur sa situation
Diane Lessard, Lucy Barylak et Dominique Côté, CLSC René-Cassin, Institut de gérontologie sociale du Québec, avec la collaboration de Jean-Claude Martin, Institut de recherche en santé et sécurité au travail, Jean-Pierre Lavoie, Direction de la santé publique, Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre et Louise Bérubé, CLSC René-Cassin, Institut de gérontologie sociale du Québec
Introduction
Cette étude a été entreprise en vue de nous permettre de
mieux comprendre comment fournir un soutien aux aidantes
naturelles non rémunérées. Nous étions particulièrement
intéressés d’en apprendre davantage sur les besoins des
aidantes naturelles, sur leurs attentes en matière de services de
soutien. Cette étude visait également à savoir si les services
offerts actuellement étaient adéquats et à identifier ce qui, des
services, des interventions et des intervenantes et intervenants,
contribue ou non à favoriser la prise en main personnelle des
aidantes naturelles. Pour atteindre ces buts, nous avons
examiné comment les services actuels étaient organisés et
comment ils étaient utilisés par les aidantes naturelles.
Aperçu théorique
Cette étude repose sur le concept de la prise en main
personnelle. On ne « donne » pas la prise en charge, on peut
seulement la favoriser. D’après les ouvrages publiés à ce sujet,
les étapes-clés de la prise en main personnelle comprennent
le développement personnel, l’action politique et la
participation avec les pairs. Par exemple, la pensée critique de
la division sexiste du travail qui établit la prestation de soins
comme étant une tâche féminine constitue un pas vers le
sentiment de prise en charge personnelle. Aux fins de cette
étude, nous avons alors défini le terme de prise en main
personnelle comme étant un « processus social par lequel une
personne accroît son pouvoir, l’emprise ou le contrôle sur sa propre
situation et contribue éventuellement à des changements sociaux
qui permettront d’améliorer ses conditions de vie et celles de ses
pairs ». La participation en groupe est au clur de la prise en
charge personnelle. Les expériences antithétiques sont celles
qui entraînent un sentiment d’impuissance, de dépendance,
d’être pris au piège et l’absence de choix et de contrôle.
Méthodologie
L’étude porte sur le Centre de soutien aux aidants naturels
(CSA) du CLSC René-Cassin à Montréal. Le CSA se
concentre sur l’aidant naturel en lui offrant divers services
dans un cadre souple, lesquels sont intégrés à d’autres
services offerts par le CLSC et adaptés en fonction de la
consultation de l’aidant. Pour mener l’étude, on a recruté
28 participantes chez des femmes qui utilisaient les services
du CSA. Aux fins de comparaison, on a également
interviewé quatre autres aidantes naturelles qui ont utilisé
d’autres services de soutien. Pour mener l’étude, on a utilisé
des méthodes phénoménologiques et quantitatives.
Les aidantes naturelles ont été choisies selon leur lien à la
personne aidée (épouse ou fille), la diversité des services
utilisés et les circonstances familiales. On a recruté les
participantes à l’étude avec l’aide du personnel du CSA ou
du CLSC. Les praticiens ont d’abord communiqué avec les
aidantes naturelles pour leur expliquer les objectifs de l’étude
et obtenir leur consentement pour participer à l’étude. Les
membres de l’équipe de recherche ont ensuite contacté les
femmes pour les interviewer.
Participantes à l’étude
L’échantillon de l’étude comprenait 32 aidantes naturelles
dont 16 étaient des épouses et 16, des filles. L’âge moyen des
épouses était de 73,5 ans et celui des filles, de 55,6 ans. Les
épouses prodiguaient des soins à leur mari tandis que les
filles en prodiguaient à leur mère. La durée moyenne des
soins prodigués par les épouses était de 8 ans et de 6,25 ans
pour les filles.
En ce qui concerne l’utilisation des services du CLSC, les
épouses fréquentaient le centre d’accueil aussi souvent que
les filles. Les épouses avaient toutefois plus tendance que les
filles à fréquenter le Foyer pour socialiser et assister à des
conférences.
Les aidantes naturelles utilisaient aussi d’autres services de
soins à domicile tant des secteurs privé que public. Une
épouse et six filles ont obtenu du répit par l’entremise de
services d’aide à domicile du CLSC. Six épouses et sept filles
ont eu recours à des services privés d’aide à domicile pour
leur membre de famille. Cinq épouses et 14 filles ont obtenu de l’aide pour les bains fournie par le CLSC. Sept épouses et neuf filles ont eu recours à des services privés d’aide à
domicile pour effectuer des tâches ménagères.
Besoins et attentes des aidantes naturelles
L’étude visait d’abord à mieux saisir les besoins et les attentes
des aidantes naturelles en matière de prestation de services.
Les aidantes naturelles ont précisé qu’elles avaient besoin
davantage de répit; de soutien moral (auquel on accorde
souvent moins d’importance en vue d’obtenir un soutien
pratique ou matériel); de renseignements concernant la
maladie de la personne aidée, surtout au début du processus
de prestation de soins; d’aide pour les tâches ménagères, le
transport et l’accompagnement de la personne aidée,
l’hygiène personnelle de la personne aidée et les activités
quotidiennes; d’aide financière en vue d’embaucher du
personnel de soins à domicile afin de passer du temps avec la
personne aidée, de faire des tâches domestiques, de payer les
médicaments, de fournir un moyen de transport et
d’accompagner la personne aidée; et de reconnaissance et de
soutien pour la défense de leurs droits légaux (certaines
aidantes naturelles doivent se battre pour obtenir des services
ou s’opposer à des décisions juridiques qui concernent leur
famille ou elles-mêmes).
Les attentes des aidantes naturelles variaient selon les besoins
de la personne aidée et l’urgence perçue pour les combler.
Les attentes des aidantes se transformaient aussi au cours
même de l’utilisation des services et dépendaient de ce qui
est considéré comme le seuil minimal de réponses aux
besoins ou questions. Les aidantes se préoccupaient
également de leur propre intégration sociale, de leur valeur
sociale perçue, et de leur capacité à valoriser leur propre
potentiel. Elles voulaient être en mesure de se préparer pour
l’avenir et essayaient d’y arriver en cherchant de
l’information pour savoir à quoi s’attendre et prendre les
mesures nécessaires.
Favoriser la prise en main
personnelle des aidantes
Afin d’améliorer le soutien offert aux aidantes naturelles,
l’étude visait à comprendre comment les services disponibles
étaient organisés et utilisés. Comme les aidantes naturelles
avaient accès à une gamme de services et pouvaient les
combiner, elles ont ainsi pu satisfaire divers de leurs besoins.
Cependant, la combinaison des services est possible
seulement lorsque les services sont offerts par diverses
sources, comme c’est probablement le cas des services de
répit. Ainsi, les services proposés ou disponibles ne
conviennent pas toujours à certaines aidantes. La
coordination des services peut devenir une activité en soi.
Toutefois, la flexibilité, quant à l’organisation des services,
augmente le contrôle sur la planification des activités
quotidiennes, rendant ainsi la tâche plus facile aux aidantes
lorsqu’il s’agit de répondre à leurs besoins personnels.
Le troisième objectif de l’étude visait à identifier ce qui, des
services, des interventions et des intervenantes et
intervenants, favorise la prise en main personnelle des
aidantes naturelles. Nous avons constaté que bon nombre de
facteurs augmentaient le sentiment de prise en main des
aidantes naturelles, y compris le répit, savoir qu’elles peuvent
compter sur quelqu’un, le sentiment de pouvoir exprimer
librement leurs idées et leurs préoccupations et comprendre
la maladie du membre de la famille auquel elles prodiguent
des soins. Par exemple, le répit ou le temps libre favorisaient
la prise en main de certaines, leur laissant ainsi quelques
heures par semaine pour se détendre ou pour faire les courses
essentielles. De plus, le fait de savoir qu’elles pouvaient
compter sur quelqu’un pour recevoir du soutien a joué un
rôle important pour leur donner un sentiment de maîtrise
personnelle. Le fait de pouvoir s’exprimer librement, en
sachant qu’elles avaient quelqu’un à qui se confier qui
légitimise leurs sentiments, a également dégagé les aidantes
du fardeau du jugement face aux normes sociales. Il
importait également aux aidantes de comprendre la maladie
de l’aidé, ce qui nécessite l’accès à l’information, autant en
termes de diffusion que de leur propre compréhension. En
effet, en comprenant mieux la maladie de l’aidé, les aidantes
pouvaient mieux répondre au cours de la maladie et jouir
d’une meilleure qualité de vie.
Les prestataires de soins sont vulnérables au sentiment selon
lequel il n’existe pas de limite acceptable à leur prestation de
soins. La déconstruction active des normes sociales sur la
prestation de soins et leurs liens aux rôles assignés à chacun
des sexes contribuent à assurer la légitimité des efforts des
femmes en vue de satisfaire certains de leurs propres besoins
et ceux de la personne soignée. Pour les aidantes, le fait d’être
appréciées par les autres et de se sentir utiles constitue une
expérience favorisant leur prise en main personnelle.
Nous avons constaté que les aidantes naturelles apprécient être
guidées et dirigées. En effet, le soutien pour les aider à se
retrouver dans le système de santé constitue un geste
important de soutien et réduit leur inquiétude et leur charge
de travail. Ainsi, le fait de pouvoir obtenir des services
appropriés et flexibles favorise la prise en main personnelle, car de tels services permettent aux aidantes naturelles d’obtenir
des soins individualisés en fonction de leurs besoins.
Les liens de solidarité, de réciprocité et d’amitié établis au sein
des groupes de soutien, surtout dans les groupes de soutien à
long terme, ont favorisé la prise en main personnelle, car les
aidantes naturelles pouvaient partager entre elles des
renseignements et des connaissances pratiques. On a
d’ailleurs mentionné que l’aide mutuelle et les sentiments de
solidarité constituaient des facteurs qui amélioraient l’image
de soi et le sentiment de compétence. Pour les aidantes, le fait
de prendre des mesures sociales pour changer les conditions
de toutes les aidantes et pour mieux maîtriser les ressources a
également favorisé la prise en main personnelle.
Les facteurs qui entravent la prise en main personnelle
comprenaient le manque de reconnaissance des besoins des
aidantes naturelles, en raison d’un manque de compréhension
de la prestation de soins par les aidantes ou d’un conflit
d’opinions ou de valeurs. Le système de soins, par exemple, ne
reconnaît pas le travail des aidantes naturelles comme une
option de rechange à l’hébergement. Un autre facteur qui
décourageait la prise en main personnelle était la dévaluation
des compétences des aidantes naturelles dans des situations où
elles devaient fournir de l’information sur la personne aidée et
qu’elles ne pouvaient pas se faire comprendre. Des
confrontations à des services technocratiques ont également
eu tendance à réduire la participation des aidantes et leur
pouvoir de choisir les services qui leur conviendraient le
mieux. Des difficultés à obtenir des services adéquats peuvent
également engendrer un sentiment d’impuissance chez les
aidantes. En particulier, les services temporaires, souvent
coupés, ou les services pour lesquels il y avait des listes
d’attente décourageaient les aidantes.
Recommandations
D’après les résultats de l’étude, nous faisons les
recommandations suivantes :
- Que des programmes destinés aux décisionnaires et aux
divers intervenantes et intervenants sur la problématique
de l’aide informelle soit mis sur pied et poursuivis d’une
façon continue.
- Qu’au niveau universitaire, une formation et une
éducation appropriées soient données aux étudiantes et
étudiants des disciplines appelées à intervenir auprès des
personnes dépendantes et aidantes.
- Que les intervenantes et intervenants jouent un rôle
spécifique tant comme personnes-ressources que
personnes organisatrices des services à l’intention des
aidantes et aidants.
- Que le dossier propre de l’aidante ou aidant soit conservé
séparément de celui de la personne aidée. Les aidantes et
aidants devraient participer à l’identification de leurs
besoins.
- Que la prestation des services tienne compte du sexe, de
l’âge, du statut socio-économique, des attentes culturelles
et du lien entre la personne aidante et la personne aidée.
- Qu’une variété de types de groupes de soutien
(combinant l’information, la thérapie, les loisirs, l’autoassistance
et l’entraide) soit offerte pour répondre aux
divers besoins des aidantes et aidants.
- Qu’une base minimale de services de soutien soit assurée
dans tous les centres de services communautaires et les
centres de services sociaux dans une perspective intégrée,
de sorte que les aidantes et aidants aient accès aux services
de soutien du territoire de leur parent, même s’ils
demeurent ailleurs.
- Qu’une étude comparative sur la prestation de services de
soins à domicile des secteurs public et privé soit effectuée.
- Dans la mesure du possible, que le même personnel de
soutien public ne se retire pas des cas pour favoriser la
continuité.
Pour obtenir une copie du rapport intégral, veuillez communiquer avec :
Centre d’excellence pour la santè
des femmes Consortium Universitè de Montrèal
Pour obtenir des copies de leurs publications, prière de contacter :
Rèseau canadien pour la santè des femmes
419, avenue Graham, bureau 203, Winnipeg (Manitoba) Canada R3C 0M3
Tèl. : (204) 942-5500 Tèlèc. : (204) 989-2355
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