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   Volume 2 Numéro 1 Été 2001

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La redéfinition de l’élaboration des politiques

Passer à l’action pour influencer les politiques

Politiques pour femmes en milieu rural

 

 

 

La souris qui rugissait : comment utiliser les principes du militantisme féministe pour influencer les politiques

Nancy Poole, Centre pour l’excellence de la santé des femmes de la C.-B.

 

Vers la fin des années soixante-dix, la féministe américaine loufoque Flo Kennedy a donné des conseils aux militantes féministes à propos de la stratégie. Elle a dit que ce serait toujours plus problématique pour les gens au pouvoir de faire face à 10 000 souris dans une pièce qu’à un seul lion rugissant. L’image des souris sans entraves peut être une source d’inspiration pour celles et ceux qui cherchent à diriger leurs recherches et à mettre en oeuvre les conclusions de leurs recherches afin de changer le modèle des politiques relatives à la santé des femmes. Dans cet article à propos de la recherche sur les femmes enceintes ou maternantes qui consomment de l’alcool, du tabac ou d’autres drogues, les « souris » comprennent les prestataires de services dans les collectivités, celles et ceux qui défendent la cause au gouvernement, les femmes qui consomment de l’alcool ou des drogues ainsi que les chercheurs du Centre pour l’excellence de la santé des femmes de la Colombie- Britannique (CESFCB). Le « rugissement » ne vient pas d’un seul lion, mais de plusieurs intervenants se servant de tactiques d’organisation féministes et de méthodes de recherche reposant sur la collectivité afin d’influencer les politiques en matière de santé.

Au cours des cinq dernières années, les chercheurs du CESFCB ont travaillé sur quatre projets de recherche de ce genre concernant les politiques sur les femmes enceintes ou maternantes qui consomment de l’alcool, du tabac ou d’autres drogues. Le premier projet a vu le jour à la suite des actions en justice entreprises par les Services à l’enfant et à la famille de Winnipeg contre M me G, une Autochtone qui inhalait des solvants pendant sa grossesse, pour qu’elle subisse un traitement. Alors que le litige passait à la Cour suprême, nous avons lancé un processus visant à créer un consensus entre les personnes qui travaillent dans le domaine de la prévention de l’abus d’alcool ou d’autres drogues et du syndrome d’intoxication foetale à l’alcool et de la santé des femmes. Nos objectifs étaient d’ouvrir le dialogue, de s’affranchir d’une approche fermée, punitive et unidimensionnelle par rapport à ce problème, et de servir des suggestions de différents intervenants afin de guider l’orientation de la recherche.

Grâce à une subvention d’amorçage du CESFCB, nous avons étudié les actions en justice entreprises contre des femmes qui consomment de l’alcool ou d’autres drogues durant leur grossesse. Nous avons examiné la littérature à propos de l’impact du traitement involontaire, des obstacles au traitement rencontrés par des femmes enceintes ou qui élèvent des enfants ainsi que des approches alternatives. Nous avons élaboré un dossier de presse et avons organisé une conférence de presse coïncidant avec la décision de la Cour suprême. Les femmes qui ont fait partie du processus visant à créer un consensus en C.-B. et qui travaillaient pour le gouvernement ont fait circuler des centaines de dossiers de presse pour les décideurs afin de les informer et de les inviter à discuter, entre autorités régionales en matière de santé, de la façon dont les systèmes de services sociaux et de santé peuvent soutenir les femmes vivant une situation comme celle de Mme G plutôt que de les punir.

Ces tactiques nous ont permis d’élaborer avec succès un contexte qui découragerait les actions punitives en justice contre les mères dans cette province. Nous avons contribué à redéfinir le débat entourant le cas de la Cour suprême et à faire valoir aux intervenants les mérites du soutien non coercitif et empreint de compassion lors de la grossesse afin de prévenir les déficiences liées à la consommation d’alcool ou de drogues lors de la grossesse.

Le cas de Mme G nous a amenés à nous pencher sur ce qui constitue un obstacle au traitement pour les femmes enceintes ou qui élèvent des enfants. Une fois de plus, nous avons fait participer des personnes pouvant en tirer profit et faire pression sur le processus de recherche pour changer les politiques. Les prestataires de services communautaires en matière d’alcool et de drogues de Prince George et de Vancouver nous ont aidés à élaborer les questions de la recherche, à l’effectuer et à en faire connaître les résultats. Le rapport des résultats : Les appréhensions : obstacles au traitement des femmes enceintes consommant de l’alcool ou d’autres drogues, met en évidence un obstacle-clé au traitement : les femmes craignent que leurs enfants soient appréhendés si elles avouent avoir des problèmes de toxicomanie. Puisqu’elle se fonde sur les problèmes de politique urgents auxquels font face les mères consommant de l’alcool ou d’autres drogues et les prestataires de service dans les collectivités, on se sert de cette recherche afin de guider la prise de décision dans plusieurs contextes. Par exemple, l’unité de la Stratégie canadienne antidrogue de Santé Canada s’est servi de notre rapport comme fondement pour les discussions qui ont eu lieu en mars 2001 avec les prestataires de services périnataux et de dépendance qui participent à la formation d’autres professionnels de la protection de l’enfance qui sont en mesure de soutenir l’accès aux soins pour les femmes. Les résultats de cette recherche ont également servi au groupe de travail sur les politiques en matière de dépendances. En conséquence, le rapport de ce groupe, Weaving Threads Together: A New Approach to Address addictions in BC (mars 2001) [Recollons les morceaux : une nouvelle approche pour aborder l’accoutumance en C.-B.], recommande l’utilisation de stratégies spécialisées afin de faire en sorte que les femmes aient accès aux services dont elles ont besoin.

Les gens qui défendent les soins de santé des femmes autochtones en C.-B. ont confirmé et amélioré nos résultats en expliquant de quelle façon les femmes des Premières nations et les femmes métisses sont confrontées à ces obstacles et à ce soutien au traitement. Le bulletin du printemps 2001 du Bureau pour la santé des femmes du ministère de la Santé de la C.-B. était consacré à la discussion de la façon d’améliorer l’accès au traitement pour les femmes autochtones et la qualité de celui-ci¹.

Dans le troisième projet de recherche, les chercheurs du CESFCB ont travaillé de concert avec le Sheway Project afin d’évaluer son approche innovatrice de réduction des préjudices pour améliorer l’accès aux soins des mères toxicomanes. Sheway est un programme mis en oeuvre dans la partie est du centre-ville de Vancouver qui offre un soutien aux femmes enceintes ou aux mères qui consomment de l’alcool ou d’autres drogues. Notre recherche montre que lorsque les soins aux femmes enceintes se concentrent sur des facteurs plus larges de la santé des femmes comme la nutrition, le logement, le soutien financier et la diminution de la violence plutôt que principalement sur l’abus d’alcool ou d’autres drogues, on peut parvenir à des résultats positifs pour la santé des femmes et pour la prévention du syndrome d’intoxication foetale à l’alcool. Plusieurs développements indiquent que le travail avec Sheway a un impact sur les politiques. La commission pour les enfants de la C.-B. a incorporé nos résultats dans ses recommandations auprès du gouvernement de la C.-B. par rapport à la prévention du syndrome d’intoxication foetale à l’alcool. On considère que les déterminants sociaux du projet Sheway au plan de la santé et que son approche en matière de diminution de la violence constituent une « meilleure pratique » pour les programmes financés à l’échelle nationale par le Programme de nutrition prénatale de Santé Canada. Le Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies en fait d’ailleurs la promotion dans son centre de documentation sur le syndrome de l’intoxication foetale à l’alcool. Plusieurs décideurs d’autres provinces, qui travaillent à l’amélioration des stratégies en matière de prestation de services pour les femmes très à risque, enceintes ou toxicomanes, ont commandé le rapport de recherche. Afin de répondre aux besoins des prestataires de programmes fondés sur la collectivité et des autres, le CESFBC voulait que les résultats soient accessibles et faciles d’utilisation. Une version abrégée de quatre pages a été publiée et est également disponible dans le Web (www.bccewh.bc.ca). Quatre éditions de la version abrégée du rapport ont été publiées parce que beaucoup de gens veulent la distribuer lors de rencontres, de sessions de formation et de conférences.

En 2000, une équipe multidisciplinaire de chercheurs du centre était financée par le Bureau de la coordonnatrice de la Situation de la femme afin d’entreprendre l’analyse des discours politiques sur le maternage sous la contrainte dans trois situations : les mères ayant une relation intime abusive, qui ont des problèmes d’alcool ou de drogues ou qui souffrent d’une maladie mentale. Les résultats préliminaires indiquent que les décideurs officiels en matière de politiques et les médias jugent plus sévèrement les femmes toxicomanes que les femmes aux prises avec une relation personnelle abusive ou que celles qui ont des troubles de santé mentale. Cela semble être dû au fait que l’on estime que les femmes qui consomment de l’alcool ou des drogues pendant leur grossesse en font le choix tandis que les femmes qui font abuser d’elles par leur partenaire ou qui ont des troubles de santé mentale ne sont pas responsables de leur situation. Cette étude confirme que les défendeurs des droits des femmes en matière de santé, qui appuient une approche de réduction des préjudices en matière de politiques et de pratiques pour les femmes toxicomanes, ont tout un défi à relever. Trouver des façons de contrer les politiques dominantes et l’attitude des médias envers les femmes toxicomanes représente un défi de taille, mais auquel notre série de projets sur les obstacles au traitement et nos approches réussies nous ont préparé.

En 2001, influencer la politique n’est toujours pas une mince affaire pour les chercheurs sur la santé des femmes. Mais les principes du militantisme féministe continuent de nous offrir des stratégies pour mettre en oeuvre des pratiques de recherche inclusives, la défense publique de la cause et des changements dans les politiques. Souris ou lion? Restons-en à la souris rugissante.

NOTES
¹ Pour obtenir un exemplaire (en anglais) du bulletin de février 2001, vol. 4, no 1, communiquez avec le Bureau pour la santé des femmes, ministère de la Santé, 5-1, 1515 Blanshard St., Victoria (C.-B.), V8W 3C8, Tél. : (250) 952-2256, Télec. : (250) 952-2799.


Centre d’excellence pour la santé des femmes de la région de la Colombie-Britannique
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