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   Volume 2 Numéro 1 Été 2001

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La redéfinition de l’élaboration des politiques

Passer à l’action pour influencer les politiques

Politiques pour femmes en milieu rural

 

 

 

Promouvoir la santé des femmes par le biais de la consultation publique

Marléne Dallaire, Le Centre d’excellence pour la santé des femmes – Consortium Université de Montréal

 

La plupart des projets entrepris par le Centre d’excellence pour la santé des femmes—Consortium Université de Montréal (CESAF) visent à atteindre des objectifs pratiques et, dans certains cas, à élaborer des interventions directes afin d’améliorer la santé des trois groupes cibles du centre : le personnel soignant féminin et les aidantes naturelles, les femmes autochtones et les immigrantes¹. Notre objectif est d’améliorer de façon concrète les pratiques et les services, et de promouvoir le renforcement du pouvoir des femmes, ce que la régie régionale s’est en partie engagée à appuyer en organisant un programme de formation pour le personnel des services de soutien qui débutera à l’automne 2001. À la suite d’une longue consultation entre le CESAF et la régie de la santé, le programme informera les infirmières et les travailleurs sociaux des CLSC de l’île de Montréal de la situation particulière des femmes soignantes afin de promouvoir une approche qui fera directement participer le personnel soignant dans la prise de décision.

Lorsque le CESAF et ses partenaires ont entrepris une consultation publique avec la régie régionale de la santé de l’île de Montréal, ils l’ont fait en s’appuyant sur les fruits d’une recherche de cinq ans sur la prestation de soins. Le CESAF et ses partenaires, dont le Regroupement des aidantes et aidants naturel(le)s de Montréal, le Centre de soutien aux personnes soignantes du CLSC René-Cassin et la chercheuse féministe Nancy Guberman ont réalisé un total de huit projets de recherche. Un projet entrepris par le CESAF qui consistait à examiner les documents concernant les politiques des régies régionales de la santé, du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec et des CLSC, indique qu’on a prêté peu d’attention à la situation des personnes soignantes. Ces organismes gouvernementaux ont adopté un modèle utilitaire—soutenir les personnes soignantes seulement dans le but de prendre les devants face à l’épuisement professionnel et de maintenir leur présence au travail. On peut offrir des soins de relève ou un soutien financier, mais ce modèle est limité et ne tient pas compte de la dimension émotionnelle de la prestation de soins. Le gouvernement est en train de transférer la responsabilité des soins aux familles, mais notre étude indique que les ressources qu’il alloue aux soins à domicile sont carrément inadéquates.

Le manque de ressources se fait encore plus ressentir lorsqu’on fait face à des problèmes de taille. Toutes les femmes soignantes ayant participé à une étude du CESAF avaient une perception négative de leur propre santé. Elles ont parlé de surcharge de travail, de stress, d’isolement et de dislocation dans tous les aspects de leur vie. Les personnes soignantes ont en commun un besoin de sursis, de soutien moral, d’information sur la santé et de soutien financier, mais comme deux autres études l’ont démontré, leurs besoins varient également. Les filles qui prennent soin d’un membre de leur famille sont encore plus à risque que les épouses, car elles sont perçues comme des « ressources » non rémunérées par les services sociaux et les services de santé, il y a donc encore moins de solutions adaptées à leurs besoins. Dans le cadre d’une analyse des études, nous avons trouvé que les nouveaux immigrants sont confrontés à des risques uniques. Même si le fait de prendre soin d’un membre de la famille qui est malade ou à charge est similaire pour des familles vivant dans différentes collectivités, la difficulté à concilier plusieurs responsabilités et tâches ralentit le processus d’intégration des nouveaux immigrants dans la collectivité d’accueil.

Les personnes soignantes développent leurs propres stratégies afin de vivre avec les difficultés propres aux soins qu’elles prodiguent. Il peut s’agir de pratiques religieuses ou spirituelles ou de contacts avec des groupes ou un réseau de soutien de manière improvisée. La nature souvent individuelle de ces stratégies peut toutefois provoquer certains types de problèmes comme un déséquilibre entre le pouvoir des hommes et des femmes au sein de la famille, entre les conjoints ou entre les filles et les parents, par exemple, lorsque la femme ou la fille est la personne soignante. Le problème se pose plus souvent en situation d’isolement.

Il est clair que les ressources personnelles des femmes ne peuvent pas remplacer l’engagement collectif par rapport à la prestation de soins, mais la restructuration du système de santé comme elle s’effectue présentement au Québec ne présage rien de bon pour les responsabilités collectives. Au printemps 1998, lorsque la régie régionale de la santé de l’île de Montréal a proposé d’améliorer les services de santé, le CESAF et ses partenaires ont pris part à la consultation publique. Lors de notre exposé, nous avons indiqué « qu’on accorde peu de place aux femmes soignantes, aux immigrantes et aux femmes autochtones dans la proposition de la régie régionale, même si leurs conditions de vie et leur santé nécessitent une attention particulière² ». La présentation du plan révisé³ de la régie régionale tenait compte de notre point de vue lorsqu’il indiquait « qu’il est souhaitable de faire des références spécifiques au sexe féminin dans tous les programmes et les services ». Cependant, le plan n’a pas identifié de mesures concrètes afin de tenir compte du sexe féminin et n’a pas recommandé de stratégies afin d’améliorer les conditions de vie des femmes soignantes. Le CESAF a demandé à rencontrer le comité chargé du suivi.

En juin 1999, le CESAF et les partenaires qui se sont montrés intéressés par le milieu de recherche, le secteur communautaire et par le réseau de la santé ont présenté un document commun contenant sept recommandations au comité ainsi que des suggestions concrètes pour leur mise en oeuvre 4 . Hormis les résultats des projets de recherche, le document reposait sur une consultation entre les associations de personnes soignantes de partout dans la province. (En novembre 1998, 250 personnes ont participé à une rencontre d’une journée sur la situation des aidantes naturelles qui était organisée par le Regroupement des aidantes et des aidants naturel(le)s de Montréal et financée par le CESAF.) Parce que les régies régionales de la santé sont du ressort du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, nos recommandations étaient explicitement conformes au plan ministériel sur la condition de la femme. Le plan porte sur la nécessité d’évaluer l’impact de la réforme des soins de santé sur les femmes, surtout en tant que personnes soignantes rémunérées et non rémunérées, mais la régie régionale de la santé de Montréal n’a pas tenu compte de cette directive.

Un groupe de travail restreint composé de gestionnaires des régies de la santé et de représentants du CESAF a été mis sur pied afin d’examiner la faisabilité de la mise en place à court terme des recommandations. Après avoir discuté avec les services concernés et après un long processus consultatif avec le CESAF, la régie de la santé est maintenant prête à mettre en oeuvre une des mesures proposées—un programme de formation pour le personnel des services de soutien à domicile des CLSC. Le programme débutera à l’automne 2001 et formera le personnel, y compris les infirmières, les travailleurs sociaux et les auxiliaires familiaux des centres à faire participer les personnes soignantes aux décisions concernant les plans de service, à aider les personnes soignantes à évaluer leur capacité à prodiguer des soins et à déterminer si elles consistent à prodiguer des soins et à apprendre à reconnaître et à respecter leurs limites en tant que personne soignante. La régie de la santé rendra le programme accessible aux 29 CLSC. Nous espérons que chaque centre l’offrira à son personnel.

Se lancer dans le domaine de la consultation publique nécessitait de la vigilance et le soutien de plusieurs partenaires du CESAF ainsi que de plusieurs organismes de pression. Cette coalition de groupes, les études de recherche effectuées par le CESAF et la consultation avec les organismes de personnes soignantes ont fourni les moyens nécessaires afin d’influencer la politique publique à l’avantage des femmes.

Notes
¹Pour un résumé des travaux du CESAF : Dallaire, Geneviève (2000). Achievements and Challenges of Knowledge Generation, 1997-2000. Montréal : CESAF, 28 p.

²Dallaire, Marlène (1998). Avis sur l’organisation des services de santé et des services sociaux sur l’île de Montréal 1998-2001. Montréal : CESAF, 14 p.

³Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre (!998). Plan d’amélioration des services de santé et des services sociaux 1998-2002. Le défi de l’accès. Montréal : RRSSSM-C, 124 p.

4 Bernier, Jocelyne (1999). Recommandations concernant l’impact des transformations du système de santé sur les femmes aidantes. Montréal : CESAF, 23 p.


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