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   Volume 2 Numéro 1 Été 2001

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La redéfinition de l’élaboration des politiques

Passer à l’action pour influencer les politiques

Politiques pour femmes en milieu rural

 

 

 

Politiques ascendantes : les services ruraux pour les femmes ayant survécu à la violence

Diane J. Forsdick Martz, directrice du Centre for Rural Studies and Enrichment du St. Peter’s College et Deborah Bryson Sarauer, thérapeute en santé mentale au Central Plains Health District, en Saskatchewan

 

Une femme victime d’abus vivant dans une ferme qui n’a pas de véhicule ni d’argent pour prendre l’autobus n’aura pas vraiment l’occasion de se rendre en ville pour son rendez-vous en counselling ou d’aller demeurer dans un refuge urbain surpeuplé. À Humboldt et dans les environs, où nous avons procédé à l’étude de recherche intitulée La violence domestique et l’expérience des femmes en milieu rural dans le Centre–Est de la Saskatchewan (2000), le seul refuge avec du personnel compétent se trouve à plus de 100 km et un travailleur pour la protection des familles ne vient que lorsqu’on fait des rapports et que les appels à la GRC en dehors des heures de bureau et les fins de semaine sont acheminés à Regina. Jusqu’à ce que l’étude soit effectuée, les Services de santé mentale, le point focal des services pour les femmes ayant survécu à la violence dans la région, se servaient de protocoles de dépistage afin de diagnostiquer des symptômes comme la dépression ou l’anxiété, plutôt que de faire enquête sur les causes sous–jacentes de leur détresse comme la violence. Les 19 femmes vivant en milieu rural qui ont participé à l’étude ont indiqué qu’elles sont demeurées avec des hommes abusifs pendant des années et que leur décision de rester avec cet homme abusif avait été influencée par le manque d’information sur l’abus et par le manque d’accès à des services de soutien adéquats. Ces femmes avaient été victimes de violence psychologique et verbale allant des injures aux menaces de mort, et de violence physique allant d’une bousculade à une volée de coups nécessitant un séjour à l’hôpital. Le silence et le manque de soutien autour d’elles contribuaient à leur faire croire que la violence était normale et que cela était leur faute. En conséquence, lorsqu’elles ont demandé de l’aide aux services de soutien, elles n’ont pas parlé de la violence dont elles étaient victimes.

Une conclusion importante de l’étude est que le dépistage de la violence envers les femmes était une question de chance, une rencontre fortuite avec un travailleur informé et empathique à la violence plutôt que le résultat d’un protocole de service assurant un dépistage et des soins efficaces. Cela ainsi que d’autres conclusions de l’étude liées aux services ont mené à des changements rapides et importants relatifs aux politiques :

  1. Les Services de santé mentale ont institué de nouveaux protocoles de service afin de dépister la violence de manière constante et directe, et afin d’assurer des soins prompts et prioritaires aux femmes victimes de violence.

  2. Partners for Rural Family Support (PRFS) [Partenaires pour le soutien des familles en milieu rural], un comité de lutte contre la violence qui a été le fer de lance de l’étude, a fait une demande pour obtenir du financement pour deux nouveaux services, un avocat pour les femmes et un centre de la famille rurale. Un troisième service, un animateur pour un groupe de soutien pour les enfants ayant été témoins d’actes de violence, sera financé grâce à des dons.

  3. Les organismes et les individus membres de PRFS, y compris des femmes ayant été victimes de violence, sont devenus des éducateurs publics sur la violence faite aux femmes dans la région et donnent encore plus de visibilité à ce problème.

  4. Les organismes de PRFS tentent de mieux collaborer afin de faciliter le dépistage précoce de la violence.

Nouveaux protocoles de service

Les femmes ayant participé à l’étude s’entendent pour dire que le counselling est de loin le besoin le plus pressant, alors que la confusion entourant le mandat des Services de santé mentale (SSM) et les longs délais avant d’obtenir un rendezvous, jusqu’à deux mois dans certains cas, étaient courants. Les conseillers des SSM, de même que la police, le clergé, les médecins et les travailleurs sociaux ne reconnaissaient pas les signes de violence ou ne demandaient pas directement aux femmes si elles avaient été victimes de violence. « On avait l’habitude de ne voir les femmes qu’à travers leurs symptômes », indique Deborah Bryson Sarauer, une travailleuse sociale des SSM et membre du groupe de chercheurs dans le cadre de l’étude de recherche. « Nous enseignions aux femmes à gérer leur anxiété en faisant des exercices de respiration, par exemple, mais nous n’enquêtions pas sur les causes possibles. » Depuis l’étude les SSM tiennent compte de l’individu dans son contexte familial et dans sa situation globale. « Nous avons une vision du monde différente », explique Mme Bryson Sarauer. « Nous ne sommes plus les experts, les femmes le sont. » Avant même que la recherche soit terminée, les SSM ont institué de nouveaux protocoles de service :

  1. On parle de la violence aux clients lorsqu’ils appellent, surtout s’ils demandent à suivre une thérapie de couple.

  2. Si les participants révèlent l’existence de violence lors de la thérapie de couple, on met tout de suite fin à la thérapie, on discute de la sécurité de la femme et on demande à l’abuseur s’il veut aborder son problème. (Le programme Alternatives de Saskatoon est la seule ressource pour les hommes violents.)

  3. Les femmes qui ont survécu à la violence ne doivent pas attendre afin d’obtenir un rendez–vous en counselling.

  4. Les travailleurs se servent désormais d’un code de critères administratifs afin de désigner les « personnes ayant survécu à la violence familiale » comme raison principale pour laquelle un client demande de l’aide plutôt que d’une maladie mentale du DSM–IV.

  5. Le personnel des SSM reconnaît que les cas de violence envers les femmes prennent plus de temps. On fournit du soutien aux travailleurs dans ce domaine lors des rencontres du personnel et par le biais d’une supervision clinique et administrative.

Nouveaux services

Une femme dans le processus de quitter une relation de violence fait face à un stress considérable. Elle est confrontée à de nouveaux renseignements complexes et à des procédures légales et des services sociaux qui ne lui sont pas familiers. Les participantes à l’étude ont suggéré qu’un avocat pourrait grandement aider les femmes en les guidant dans le processus les amenant à quitter leur partenaire. Le PRFS a fait une demande pour obtenir un avocat pour les femmes dans la région afin de combler ce besoin. L’idée d’un centre de soutien pour les familles en milieu rural, où les femmes et les familles pourraient obtenir des renseignements et avoir quelqu’un à qui parler de violence, d’éducation des enfants, de santé et d’autres inquiétudes qu’ont les familles vivant en milieu rural, a émergé de l’étude. Le PRFS a fait une demande de financement afin de mettre en place ces deux services, mais ne sait pas encore si l’une ou l’autre des demandes sera acceptée.

La plupart des enfants des femmes ayant participé à l’étude ont été témoins de la violence faite à leur mère et la plupart d’entre eux avaient été victimes de violence verbale. Les enfants d’âge scolaire avaient accès à du conselling à l’école, mais les femmes ont identifié une lacune importante de programmation pour les enfants d’âge préscolaire. Les mères avaient de la difficulté à trouver de l’information sur la violence dans les livres sur l’éducation des enfants afin de les aider à aborder les problèmes de comportement de leurs enfants. Grâce à un don d’un organisme de bienfaisance, le PRFS embauchera des animateurs qui travailleront auprès des enfants des niveaux élémentaire et secondaire ayant été témoins de la violence. À ce jour, nous n’avons obtenu aucun financement pour aider les enfants d’âge préscolaire.

Éducation du public

La diffusion des conclusions de la recherche par les médias a causé une importante augmentation des demandes pour des discours publics sur la violence faite aux femmes. Une femme ayant survécu à la violence est présentement en train d’écrire un article pour son journal local, des chercheurs et des participants ont fait des exposés publics devant la Saskatchewan Medical Association, la faculté de médecine de la University of Saskatchewan, la conférence du Saskatchewan Women’s Secretariat, les services de soins à domicile et des infirmières prodiguant des soins à domicile dans un collège communautaire et devant les médias. Les médias locaux et nationaux ont parlé de l’étude, dont le journal local, The Humboldt Journal, qui a publié les 13 recommandations de l’étude, et le journal agricole national,The Western Producer, qui a publié un article intitulé « Work continues after rural abuse study » [Le travail se poursuit après l’étude sur la violence en milieu rural] et qui s’est concentré sur les demandes de financement pour le centre de la famille en milieu rural et l’avocat pour les femmes. Le journal catholique, The Prairie Messenger, a publié deux articles à propos de l’étude, dont un qui montrait l’importance de parler de la violence familiale dans le cadre du programme d’études secondaires. La radio locale et nationale de CBC en a aussi parlé. « Avec toute cette attention portée sur la violence faite aux femmes, ce qui est vraiment étonnant, c’est que personne dans la collectivité n’a nié l’existence de ce problème », indique Mme Bryson Sarauer.

Un modèle de collaboration

Diane Martz, membre du groupe de chercheurs de l’étude, explique que « dès le départ, nous voulions que la recherche soit active. Je cherchais un modèle qui rassemblerait tous les organismes qui pourraient potentiellement interagir avec une femme ayant survécu à la violence afin d’élaborer des protocoles et d’agir ensemble ». Ce modèle s’est manifesté dans le PRFS. Même si ce dernier existait avant qu’on effectue la recherche, il est devenu un véhicule pour la collaboration intersectorielle recommandée par l’étude, et est passé d’un comité à un organisme à but non lucratif, en attirant plus d’organismes et d’individus. Maintenant, 50 p. 100 de ses membres sont des femmes ayant survécu à la violence. L’étude de recherche a facilité la collaboration au sein du PRFS et entre les organismes de première ligne. Un processus d’accréditation provincial, qui a eu lieu en même temps, a fourni des occasions pour discuter de la violence faite aux femmes et des lacunes dans les services. Cette collaboration accrue pourra améliorer le dépistage précoce de la violence. Les Services de santé mentale, par exemple, travaillent maintenant de concert avec un éducateur en santé dentaire pour vérifier les preuves de violence et de négligence à partir des dents des enfants. Des exposés lors des cours prénataux sur les changements dans la famille, dont la possibilité de violence lorsque le bébé vient au monde, des consultations entre les services de soins à domicile et une infirmière en santé publique, améliorent l’ampleur de la prévention et du dépistage de la violence. « Dans les collectivités rurales où les services sont si rares, dit Mme Bryson Sarauer, c’est encore plus important pour nous de travailler ensemble afin d’avoir un impact. »

En mettant en pratique les connaissances que les participantes ont durement acquises et en s’appuyant sur les forces des collectivités rurales très unies, les Services de santé mentale et le PRFS élaborent des politiques ascendantes afin de mieux dépister, prévenir et traiter la violence faite aux femmes. On a toujours besoin d’offrir un niveau plus élevé de soutien aux femmes ayant survécu à la violence et cela demeure un problème. Les services sociaux, les districts de santé et les services d’aide juridique dans le Centre–Est de la Saskatchewan ont tous différentes limites territoriales, ce qui force les femmes à parcourir de 200 à 300 km afin d’accéder aux services. « À la ville, les services sont centralisés, indique Diane Martz, et il y a plus d’organismes vers lesquels nous pouvons diriger les femmes, ce qui comble les lacunes et s’occupe des débordements. Les Services de santé mentale de Humboldt sont un organisme rural, explique Mme Bryson Sarauer, ce qui signifie que nous avons des fonctions très larges mais peu de personnel. » Mmes Martz et Bryson Sarauer s’entendent pour dire que les stratégies qui sont ressorties de leur étude de recherche font une différence, mais que le problème de la violence faite aux femmes en milieu rural continuera de nécessiter des innovations en matière de services en milieu rural, de même qu’une réforme à la grandeur de la région.

Pour obtenir un exemplaire du rapport complet, rendez-vous au site de la Provincial Association of Transition Houses en Saskatchewan au www.hotpeachpages.org/paths/paths.html ou communiquez avec :
Centre d’excellence pour la santé des femmes – région des Prairies
56 The Promenade,  Winnipeg (Manitoba)  Canada  R3B 3H9
Tél. : (204) 982-6630  Télec. : (204) 982-6637
Site Web : www.pwhce.ca   Courrier éléctronique : pwhce@uwinnipeg.ca


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