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   Volume 2 Numéro 2 Automne 2001

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Améliorer l'état de santé

Élaborer une bonne politique en matière de santé publique

Renforcer les mesures communautaires et personnelles

 

 

 

Pourquoi sommes-nous en santé ou pas?

 

Il existe une manière de savoir pourquoi nous sommes en santé ou pourquoi nous ne le sommes pas : l’utilisation de l’approche des déterminants de la santé, partie intégrante des recherches effectuées dans les Centres d’excellence pour la santé des femmes. Cette approche offre des moyens d’examiner la santé dans le contexte de la vie de tous les jours par la reconnaissance de la complexité de l’action réciproque des conditions sociales, politiques, environnementales et économiques liées à la production de la santé. Ce numéro du Bulletin de recherche met en relief certaines activités récentes des Centres sur les liens existant entre la santé des femmes et leur situation sociale et économique.

Avec la parution, en 1974, du désormais célèbre rapport Lalonde, Nouvelles perspectives de la santé des Canadiens¹, le Canada est devenu le premier gouvernement national à exprimer l’importance de facteurs, au-delà du système de soins de santé, qui favorisent ou amoindrissent la santé. Bien que le rapport Lalonde ait nommé quatre facteurs déterminants de la santé (la biologie humaine, l’environnement, le mode de vie et les organismes de soins de santé), Santé Canada reconnaît aujourd’hui 12 déterminants : le niveau de revenu et le statut social, l’emploi, l’éducation, les environnements sociaux, les environnements physiques, le développement de la petite enfance, les habitudes de santé et la capacité d’adaptation personnelle, les services de santé, les réseaux de soutien social, le patrimoine biologique et génétique, le sexe et la culture. De manière significative, le sexe paraît deux fois dans cette liste (relativement à l’opposition homme-femme et au patrimoine biologique et génétique) comme un déterminant de la santé et l’accent sur le mode de vie a été réduit².

Le pouvoir d’une liste comme celle-ci nous rappelle qu’il faut reconnaître les limites quant à considérer les services de santé et le patrimoine biophysique comme isolés du reste des aspects liés à la vie. N’importe quelle liste risque pourtant d’omettre certains aspects de la vie des femmes. Par exemple, on n’a pas encore établi l’expérience de migration comme un déterminant de la santé, bien que de plus en plus de signes montrent l’importance de ce facteur par rapport à la santé et la maladie³. Cette question du Bulletin de recherche fait ressortir deux études dans lesquelles on considère cette expérience comme un déterminant.

Certains aspects de recherche présentés sur cette question peuvent également montrer le besoin de toujours considérer l’interaction de multiples facteurs. À n’en pas douter, il est difficile d’étudier un seul déterminant en raison de la complexité de la santé des femmes dans son contexte quotidien. Un projet qui se penche sur les besoins en matière de santé des femmes handicapées d’âge mûr, par exemple, suggère qu’une femme handicapée d’âge mûr peut éprouver des difficultés, sur le plan financier, à accéder à des programmes d’exercice puisque l’équipement d’exercice adapté à ses besoins physiques est rare, les contacts et le support social sont difficiles à trouver et il n’existe pas de renseignements exacts concernant l’interaction entre un handicap et la ménopause. Tous ces facteurs interagissent et peuvent porter atteinte à la santé d’une femme d’âge mûr.

D’autres articles dans ce numéro illustrent comment l’isolement social, la restructuration économique, l’homophobie, la géographie, la pauvreté, les politiques en matière de santé publique et de faibles capacités langagières peuvent saper le bien-être des femmes. En revanche, de nombreux articles suggèrent que des mesures collectives, l’enrichissement personnel, les relations sociales, de solides politiques en matière de santé publique et un environnement physique favorisant la santé peuvent contribuer à maintenir et à promouvoir la bonne santé. Par conséquent, le message véhiculé dans ce numéro est que même si nous avons besoin d’en comprendre davantage sur ce qui rend les femmes malades, nous devons aussi nous demander pourquoi les femmes sont en santé.

Une des forces de cette approche des déterminants de la santé est qu’elle montre que plusieurs de ces facteurs sont modifiables—avec suffisamment de mesures individuelles et collectives. Toutefois, un risque émanant de cette interprétation pourrait se présenter : en demandant la responsabilité individuelle, nous forçons la note et nous augmentons le fardeau de la personne concernée en la tenant responsable de ses maladies. Les stratégies de promotion de la santé brièvement exposées dans la Charte d’Ottawa offrent les mêmes mesures de protection contre cet état de fait en proposant des moyens d’appuyer des mesures à la fois individuelles et collectives en élaborant de saines politiques publiques, en créant des environnements favorables, en renforçant des mesures collectives et en réorientant les services de santé vers la prévention 4 .

Alors que nous continuons à faire face à la réalité de la réforme de la santé—nous en avons eu un exemple plus récemment dans la Commission Romanow sur l’avenir des soins de santé au Canada—il est plus important que jamais de savoir pourquoi nous sommes en santé ou pas 5 . Nous avons toujours besoin d’autres témoignages afin de s’assurer que nous innovons le plus possible, là où c’est nécessaire. Cela signifie que nous ne devons pas nous contenter de comprendre des états médicaux graves et la façon d’organiser les services de santé de façon optimale, mais il nous faut aussi comprendre ce qui améliore ou menace la santé à l’extérieur des hôpitaux.

Ann Pederson
Directrice des politiques et de la recherche
Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de la Colombie-Britannique
ann.pederson@bccewh.bc.ca


NOTES
¹ Marc Lalonde, Nouvelles perspectives de la santé des Canadiens, Ottawa, ministre des Approvisionnements et Services, 1974.

² Santé Canada, Stratégie pour la santé des femmes de Santé Canada, Ottawa, ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux du Canada, 1999.

³ S. Abdool et B. Vissandjée, An Inventory of Conceptual Frameworks and Women’s Health Indicators, Montréal, Consortium Université de Montréal, 2001.

4 Organisation mondiale de la santé, « Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé » dans La revue canadienne de santé publique, 1986, no 77, p. 425-430.

5 Commission Romanow sur l’avenir des soins de santé au Canada. La diffusion du rapport provisoire de la Commission est prévue en janvier 2002 et son rapport final est prévu en novembre 2002. Référence Web : www.healthcarecommission.ca.



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