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   Volume 2 Numéro 2 Automne 2001

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Améliorer l'état de santé

Élaborer une bonne politique en matière de santé publique

Renforcer les mesures communautaires et personnelles

 

 

 

Les effets de l’isolement social et de la solitude sur la santé des femmes plus âgées

Madelyn Hall et Betty Havens, Département des sciences de la santé communautaire, Université du Manitoba, Centre d’excellence pour la santé des femmes—région des Prairies

 

Les femmes sont plus susceptibles de souffrir de solitude en partie parce que leur longévité moyenne est plus grande que celle des hommes : elles perdent souvent leur conjoint, des amis et des membres de leur famille qui leur procuraient le soutien social et émotionnel qui est important pour leur santé et leur bien-être. Bon nombre de femmes plus âgées sont atteintes de plusieurs problèmes de santé chroniques qui peuvent limiter leur mobilité et restreindre davantage leur capacité de socialiser. Des études ont démontré des liens entre la solitude, un mauvais état de santé et le bien-être¹. Ainsi, certaines ont permis de conclure que les personnes plus âgées qui se sentent très seules risquent davantage d’être placées dans des maisons de soins infirmiers². Elles n’ont toutefois pas établi si la solitude découle d’une diminution du nombre de contacts avec d’autres personnes en raison d’une mauvaise santé ou si cette diminution de contacts et la possibilité de solitude précèdent un mauvais état santé.

Notre étude auprès de Manitobaines et Manitobains plus âgés a été menée dans le cadre de la santé de la population. Selon cette perspective, l’isolement et la solitude constituent des déterminants de la santé. C’est-à-dire que ces facteurs peuvent influer sur l’état de santé et le bien-être, sur l’accès aux soins de santé et sur l’efficacité et les résultats des soins donnés. L’expression « isolement social » est une mesure objective de l’interaction sociale, alors que la « solitude sociale » est considérée comme une expression subjective du mécontentement résultant d’un moins grand nombre de contacts sociaux.

Nous avons collaboré avec cinq organismes communautaires pour atteindre les objectifs suivants : (1) examiner les différences entre les sexes à l’égard de l’isolement social et de la solitude chez les hommes et les femmes plus âgés dans une population représentative; (2) identifier les liens entre l’isolement social, la solitude sociale et la santé et le bien-être des femmes plus âgées; (3) élaborer des recommandations en matière de politiques et de programmes en vue de résoudre les situations d’isolement social et de solitude sociale.

Nous avons atteints les deux premiers objectifs en analysant des données recueillies à l’aide de l’étude intitulée Aging in Manitoba Study (AIM), qui contient des mesures de l’isolement social et de la solitude sociale ainsi que des données sociodémographiques et relatives à l’utilisation des soins de santé pour les adultes plus âgés. Il s’agit d’une étude à long terme menée selon des phases, depuis 1971. La phase de 1996, qui a servi à notre étude, portait sur 1 868 hommes et femmes âgés d’au moins 72 ans. Quarante pour cent de l’échantillon était constitué d’hommes et soixante pour cent de femmes, ce qui représente la distribution typique de ce groupe d’âge, au Manitoba, à ce moment-là. Les personnes vivant dans une maison de soins infirmiers représentaient 13,6 p. 100 de l’échantillon.

À l’aide d’une analyse bidimentionnelle des données de l’étude AIM³, on a examiné quinze éléments qui indiquaient la présence de l’isolement. L’échelle de solitude utilisée dans notre étude est inspirée de la Loneliness Scale élaborée par des chercheurs des Pays-Bas et de deux questions portant chacune sur un aspect particulier de la solitude des études sur le vieillissement 4 NESTOR, des Pays-Bas.

Nos recherches ont démontré que l’on pouvait décrire les femmes dans l’échantillon comme davantage isolées que les hommes sur le plan social, étant donné qu’une plus grande partie des femmes étaient veuves (3:1) et vivaient seules (2:1). Les résultats des analyses du deuxième objectif ont démontré que la solitude sociale était également plus fréquente chez les femmes vivant seules, qui avaient moins de contacts avec d’autres personnes et qui pensaient être en mauvaise santé. Ces situations ont un effet cumulatif : une veuve vivant seule fréquente moins de gens et, estimant que sa santé n’est pas bonne, serait presque six fois plus susceptible de se sentir seule qu’un homme marié vivant avec son épouse, rencontrant habituellement beaucoup de gens et en bonne santé. Bien que notre recherche n’ait pas confirmé que le fait d’être une femme était en soi un facteur important influant sur la solitude, les analyses indiquent que les femmes dans l’échantillon étaient plus susceptibles que les hommes de se sentir seules parce qu’un plus grand nombre d’entre elles vivaient seules et étaient veuves.

À l’aide des données d’utilisation des soins de santé, nous avons également constaté qu’un taux plus élevé de solitude était plus probable chez les femmes qui sont admises plus souvent à l’hôpital, qui y séjournent plus longtemps, qui visitent plus souvent leur médecin, qui font davantage de demande de remboursement de médicaments et qui utilisent les services de soins à domicile. L’ensemble de données de l’AIM inclut également l’utilisation des soins de santé pendant l’année précédant et suivant l’entrevue. Ces mesures nous ont permis de déterminer si la solitude et l’isolement social en 1996 pouvaient nous donner une indication sur l’utilisation des services un an plus tard. Des analyses des données ont démontré que les contacts sociaux et la solitude constituaient deux variables explicatives importantes concernant l’utilisation des soins à domicile lorsqu’elles étaient ajustées en fonction de l’âge et du sexe. Les femmes dans notre échantillon, qui se sentaient seules ou qui avaient peu de contacts sociaux, étaient une fois et demie plus susceptibles d’avoir recours aux soins à domicile un an après l’entrevue.

Les données préliminaires ont été présentées lors de séances publiques partout au Manitoba. Les participants, y compris des professionnels de la santé et des personnes âgées, ont affirmé que nos conclusions correspondaient à leurs propres expériences et connaissances. Ils ont également ajouté que ceux et celles qui sont en mauvaise santé n’ont pas beaucoup d’enthousiasme à socialiser, et que ceux et celles qui sont isolés sur le plan social pourraient être davantage susceptibles de voir leur état de santé diminuer parce qu’ils risquent d’être moins actifs, de moins bien s’alimenter, d’être moins stimulés mentalement et d’être moins conscients de leur état de santé.

Vous trouverez le résumé du présent rapport (projet numéro 6, 1999) à l’adresse suivante : www.pwhce.ca/isol.htm (en anglais seulement). Cette page comprend également l’adresse où vous pouvez écrire pour obtenir une copie du rapport complet.

Centre d’excellence pour la santé des femmes – région des Prairies
56 The Promenade, Winnipeg (Manitoba), R3B 3H9
Tél. : (204) 982-6630   Télec. : (204) 982-6637
Site Web : www.pwhce.ca  Courrier éléctronique : pwhce@uwinnipeg.ca


NOTES
¹ G. K. Auslander et H. Litwin, "Social networks, social support, and self-ratings of health among the elderly" dans Journal of Aging and Health 1995, vol. 3, no 4, p. 493-510. E. Duggan et V. R. Kivett, "The importance of emotional and social isolation to loneliness among the very old rural adults" dans The Gerontologist 1994, vol. 34, no 3, p. 340-346. K. L. Frederick, Lonely Amidst Care: Patterns and Consequences of Loneliness and Social Isolation for Poor, Frail Home Care Clients and Potential Solutions, rapport préparé pour le Boston Senior Home Care, Boston, 1991. L. C. Mullins, R. Smith, R. Colquitt et M. Mushel, "An examination of the effects of self-rated and objective indicators of health condition and economic condition on the loneliness of older persons" dans Journal of Applied Gerontology, 1996, vol. 15, no 1, p. 23-37. J. C. Woodward, The Solitude of Loneliness, Lexington, Massachusetts, Lexington Books, DC Heath & Co., 1988.

² D. W. Russell, C. E. Cutrona et R. B. Wallace, "Loneliness and nursing home admission among rural older adults" dans Psychology and Aging, 1997, vol. 12, no 4, p. 574-589. K. L. Frederick, N. Koedoot et A. Hommel, "Case management and incentives for the elderly: findings from the Rotterdam experiment" dans Coolen JAI (éd.), Changing Care for the Elderly in the Netherlands: Experience and Research Findings from Policy Experiments, Assen, Pays-Bas, Van Gorcum, 1993, p. 71-89. G. C.Wenger, The Supportive Network: Coping with Old Age, Londres, George Allen and Unwin, 1984.

³ B. Havens, Social Isolation: 12 Years Later, Rapport de recherche présenté au 14e Congrès international de gérontologie, Acapulco, Mexique, 1989.

4 J. De Jong-Gierveld, "Developing and testing a model of loneliness" dans Journal of Personality and Social Psychology, 1987, vol. 53, p. 119-128. J. De Jong-Gierveld et T. Van Tilburg, Manual of the Loneliness Scale, Amsterdam, Vrije Universiteit, 1999.



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