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   Volume 2 Numéro 2 Automne 2001

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Améliorer l'état de santé

Élaborer une bonne politique en matière de santé publique

Renforcer les mesures communautaires et personnelles

 

 

 

L’immigration et les risques périnataux

Alex Battaglini, Sylvie Gravel, Carole Poulin, Jean-Marc Brodeur, Danielle Durand, Suzanne DeBlois, Centre d’excellence pour la santé des femmes—Consortium Université de Montréal

 

Les mères immigrantes qui vivent dans de nouveaux milieux sociaux et culturels et qui peuvent manquer de soutien social sont-elles plus vulnérables en ce qui concerne les risques pour la santé durant la période périnatale d’une grossesse? Dans notre étude sur les immigrantes vivant au Québec, nous avons examiné des facteurs associés à l’immigration qui peuvent augmenter le niveau de vulnérabilité. Des entrevues ont été menées avec 91 mères immigrantes qui étaient considérées comme présentant des risques faibles, modérés et élevés de complications durant une grossesse et un accouchement.

Environ la moitié des femmes qui ont participé à l’étude ont accouché au Canada, les autres ayant accouché avant d’avoir émigré. Toutes les femmes étaient au Québec depuis moins de six mois. Les bébés des participantes étaient âgés entre trois et 12 mois.

Toutes les femmes ont partagé quelques-unes des mêmes difficultés, comme un faible revenu et des difficultés financières, de l’isolement social et des problèmes émotionnels. Une échelle adaptée de la liste des symptômes de Hopkins a été utilisée afin d’évaluer les problèmes émotionnels. Cette échelle en 15 points comprend la solitude, l’anxiété, la tristesse et la culpabilité.

Les immigrantes qui n’ont connu aucun problème de santé durant la grossesse se sont avérées partager certaines caractéristiques. Par exemple, elles avaient planifié leur émigration et ont accouché après leur arrivée au Canada. Elles possédaient un certain niveau d’instruction au collège ou à l’université, étaient en moyenne plus jeunes que les mères qui présentaient des risques soit modérés ou élevés et étaient capables de comprendre soit le français ou l’anglais. Lorsque comparées à ces femmes présentant un niveau faible de risques, les femmes présentant des risques modérés de problèmes périnataux avaient reçu un niveau d’instruction plus élevé, avaient subi une perte de qualification professionnelle entraînée par le fait d’avoir émigré et parlait un peu l’anglais mais très peu le français. Quelques-unes de ces femmes ont connu des problèmes à l’accouchement (p. ex. bébés prématurés et/ou présentant une insuffisance pondérale). Une émigration difficile provoquée par la guerre ou les persécutions caractérise la plupart des mères immigrantes présentant un niveau de risque élevé. Ces femmes, dont la plupart étaient des réfugiées, étaient plus âgées que les femmes des deux autres catégories, avaient un niveau d’instruction plus faible, ne parlaient ni l’anglais ni le français et avaient déjà un enfant ou plus. De plus, elles avaient souvent été séparées de leur famille, soit d’un mari ou d’un enfant. Elles avaient toutes accouché avant d’émigrer et avaient toutes connu des problèmes d’accouchement aboutissant, par exemple, à des naissances prématurées, à des nouveau-nés présentant une insuffisance pondérale, à de l’hypertension, du diabète, de l’anémie, un travail difficile ou des saignements.

Ces conclusions semblent indiquer que des facteurs résultant d’une émigration rendent certaines immigrantes potentiellement plus vulnérables à des complications durant la naissance de leurs enfants. Du stress causé par une guerre ou des persécutions dans leur pays d’origine, la perte d’un membre de leur famille causée par le fait d’émigrer ainsi que la pauvreté et l’isolement social au Canada semblent jouer un rôle dans la création de stress ayant une incidence sur la grossesse.

Dix-neuf entrevues ont également été effectuées avec des fournisseurs de soins de santé. Une analyse de ces données a démontré que les fournisseurs de soins ne possèdent pas les outils nécessaires pour déterminer quelles immigrantes présentent des risques élevés par rapport à la grossesse ou à des facteurs périnataux. Cette situation aggrave davantage les risques périnataux courus par une mère et son enfant. Afin d’évaluer la vulnérabilité dans cette population, nous recommandons que les fournisseurs de soins de santé déterminent des facteurs de risques dans quatre secteurs clés : 1) l’expérience de l’immigration de la femme (découvrir tout traumatisme ayant pu être vécu); 2) les difficultés économiques; 3) l’isolement social; 4) l’adaptation à la nouvelle culture. Nous recommandons l’élaboration d’un outil d’évaluation qui comprendrait les questions suivantes en relation avec ces secteurs clés :

  • L’expérience de l’immigration : Pourquoi la femme a-t-elle émigré? Est-elle une réfugiée? A-t-elle été séparée d’un autre enfant ou de son mari? A-t-elle vécu dans un camp de réfugiés?

  • Difficultés économiques : La femme a-t-elle subi une perte de qualification professionnelle? Quel est son niveau d’instruction? De quelles sources de revenus dispose-t-elle?

  • Isolement : La femme jouit-elle d’un système de soutien familial ou social en place au Canada? Y a-t-il d’autres femmes dans son entourage pour l’aider?

  • Adaptation à une nouvelle culture : Quels ajustements ont été effectués dans le ménage de la femme? Par exemple, comment le mari de la femme s’adapte-t-il à de nouvelles attentes culturelles par rapport à son rôle de père? (Dans son pays d’origine, les attentes ont pu avoir été limitée à son rôle de soutien de famille.) Y a-t-il eu des problèmes d’accessibilité aux services de soins de santé?

Des facteurs émanant de l’émigration rendent certaines immigrantes et leurs bébés vulnérables durant la période périnatale. Ces facteurs de risques présentent aussi de l’intérêt pour les non immigrantes : les outils de soins de santé élaborés à partir de cette étude peuvent également aider à déterminer quelles sont les femmes, dans la population en général, qui ont besoin de soutien supplémentaire durant la grossesse.

Pour obtenir une copie du Rapport de synthèse, vol. 4, no 4, ou le rapport détaillé, A. Battaglini et coll. (1999), « Les mères immigrantes : pareilles, pas pareilles? » (disponibles seulement en français), veuillez communiquer avec :

Centre d’excellence pour la santé des femmes –
Consortium Université de Montréal

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