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Améliorer l'état de santé
1. Pourquoi sommes-nous en santé ou pas?
2. Les femmes handicapées
dâge mûr et leurs besoins en matière de santé
3. Les effets de lisolement
social et de la solitude sur la santé des femmes plus âgées
4. Limmigration et les risques
périnataux
Élaborer une bonne politique en matière de santé publique
5. La santé publique et la
chimio-prévention
6. Restructuration et santé des
femmes : la crise de la pêche à Terre-Neuve
Renforcer les mesures communautaires et personnelles
7. Livrées à elles-mêmes :
la santé des lesbiennes dans le nord de la Colombie-Britannique
8. Prise en main personnelle
dans un contexte de pauvreté : les mères à faible revenu à Saskatoon
9. Protéger lhygiène de vie
des immigrantes dans lÎle-du-Prince-Édouard
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La santé publique et la chimio-prévention
Sharon Batt, Elizabeth May Chair in Womens Health and the Environment (2001-2002), Dalhousie University et Centre dexcellence pour la santé des femmesrégion des Maritimes et le Groupe de travail sur les femmes et la protection de la santé
La médecine a grandement contribué à diminuer la
souffrance humaine, la santé publique a déployé encore plus
defforts pour la prévenir. Les réussites de la santé publique
se traduisent par une meilleure alimentation, de leau
potable saine et des milieux de travail plus sains et dépassent
de loin celles de la médecine¹.
La santé publique accepte dutiliser des moyens à faible
risque, tels que ceux découlant de la vaccination ou du port
de la ceinture de sécurité dans une voiture, si elle en retire des
avantages importants. Les expériences de « chimioprévention », qui mettent à lessai des médicaments puissants pour prévenir des maladies, font intervenir une nouvelle
norme troublante : des risques importants sont justifiés par
des avantages mineurs ou ambigus. Des femmes canadiennes
participent à ces essais, qui estompent la frontière entre la
prévention des maladies, dans laquelle la sécurité est
primordiale, et le traitement des maladies, dans lequel les
risques pour les malades sont évalués en fonction des
améliorations qui peuvent en découler pour leur état de
santé. La stratégie visant à prescrire des médicaments à des
gens sains risque de surclasser, et même de remplacer, la
stratégie traditionnelle de santé publique qui consiste à
identifier et à éliminer les causes des maladies. Par la même
occasion, les normes de sécurité canadiennes pour les
médicaments, les instruments médicaux et les contaminants
de lenvironnement susent tranquillement.
Cancer du sein et chimio-prévention
Au cours de la dernière décennie, le cancer du sein a dominé
le débat sur la chimio-prévention. En avril 1998, des articles
à la une décrivaient des percées dans la prévention du cancer
du sein : [traduction] « Pour la première fois dans lhistoire,
nous savons que nous pouvons prévenir le cancer à laide de
produits pharmaceutiques », a affirmé un des chercheurs du
Breast Cancer Prevention Trial (BCPT), soit un essai sur la
prévention du cancer du sein auquel 13 388 femmes
canadiennes et américaines² ont participé. Six mois plus
tard, la U.S. Food and Drug Administration a approuvé
lutilisation du tamoxifènequi était auparavant approuvé
seulement pour traiter le cancer du seinchez les femmes « à
haut risque » de développer la maladie³. Santé Canada na pas
approuvé le tamoxifène (un antagoniste des oestrogènes)
pour réduire le risque de cancer du sein, ce qui signifie que
les compagnies pharmaceutiques ne peuvent pas faire la
promotion de ces médicaments à cette fin au Canada.
Cependant, on laisse à la discrétion des médecins du Canada
le choix de prescrire ce médicament à des femmes en santé,
ce qui constitue une pratique connue sous le nom
dutilisation « non indiquée sur létiquette ».
Dans le BCPT, le tamoxifène a réduit les risques du cancer du
sein mais a augmenté ceux du cancer de lendomètre, de la
formation de caillots sanguins et des problèmes de vision, ce
qui a incité un médecin à faire remarquer que la « prévention
des maladies » a été remplacée par la « substitution dune
maladie par une autre » 4 . Trois femmes qui ont participé à
lessai sur le tamoxifène sont décédées des suites dune
embolie pulmonaire.
On procède maintenant au recrutement de femmes
canadiennes et américaines en bonne santé pour participer à
la Study of Tamoxifen Against Raloxifene (STAR). Il sagit
dune étude de suivi du BCPT qui fait la comparaison entre
le tamoxifène et le raloxifène, un médicament semblable. Le
raloxifène cause également des caillots sanguins. (Toutes les
femmes dans lessai STAR seront exposées à lun ou lautre de
ces médicaments.) Les groupes pour la santé des femmes ont
critiqué les essais de chimio-prévention du cancer du sein qui
constitue la toute dernière initiative pour commercialiser des
produits pharmaceutiques et des produits médicaux
dangereux à des fins dutilisation chez les femmes sans les
soumettre au préalable à un examen scientifique ou à des tests
appropriés. Mentionnons que le cancer du sein nest pas la
seule maladie pour laquelle on met à lessai des médicaments
de traitement à des fins de prévention. Il y a entre autres la
cardiopathie, la décalcification des os, le cancer de la prostate
et la schizophrénie.
Le principe de précaution par rapport
à la gestion des risques
Des groupes pour la santé des femmes, des chercheurs en
santé publique, des éthiciens, des écologistes et des
professionnels de la santé ont insisté sur la nécessité
dadopter une approche en santé publique pour la
prévention du cancer du sein. Ils sont en faveur du principe
de précaution qui est fondé sur le principe précisant que
lorsquil y a des motifs scientifiques raisonnables de croire
quun processus ou un produit pourrait être dangereux,
même lorsquon ne comprend pas tous les liens entre les
causes et les effets, il faut prendre des mesures préventives.
Compte tenu du fait que Santé Canada utilise le principe de
précaution comme une norme en matière de protection de
la santé pour réglementer les aliments, les médicaments et les
instruments médicaux et pour la protection de
lenvironnement, on pourrait maximiser la prévention des
maladies sans avoir recours aux médicaments. En agissant
ainsi, on protégerait aussi le public des essais et de la
commercialisation des médicaments de chimio-prévention
qui entraînent de nouveaux risques pour la santé.
Cependant, dans la version révisée de la Loi canadienne sur
la protection de lenvironnement (1999), le gouvernement a
affaibli la position forte dont jouissait au début le principe de
précaution après des interventions de lindustrie qui ont
donné lieu à des modifications de dernière minute 5 . De
plus, le document de discussion du gouvernement sur la
protection de la santé, Protection de la santé pour le 21e siècle :
Le renouvellement du programme fédéral de la protection de la
santé (1998), a intégré une approche antithétique grâce à « un
cadre moderne de gestion des risques » 6 .
Dans son livre intitulé Cancer Wars, lhistorien en sciences
M. Robert Proctor précise que ladministration Reagan a
introduit la gestion des risques au sein des organismes
oeuvrant dans la santé et lenvironnement aux États-Unis en
1983. La gestion des risques définit les risques comme des
faits concrets inévitables. Ainsi, on ne considère plus la
pollution comme un problème qui doit être résolu : les
toxines dans lenvironnement deviennent plutôt des maux
qui peuvent faire lobjet de négociation. Les évaluateurs de
risques (les scientifiques) déterminent lampleur dun risque
particulier, alors que les gestionnaires de risques (les
décideurs) déterminent si les risques sont acceptables. « Dans
la majorité des cas, cette approche entrave les lois visant à
protéger la santé et lenvironnement », affirme M. Proctor 7 .
Ainsi, les risques et les avantages financiers sont intégrés dans
la même équation que les risques et les avantages pour la
santé. La gestion du risque invoque le principe ALARA, soit
lexposition humaine la plus faible quon puisse
raisonnablement atteindre « en tenant compte des facteurs
économiques et sociaux » 8 . Un cadre de gestion des risques
favorisera la chimio-prévention au détriment des stratégies
de santé publique à légard de la prévention des maladies,
précisément parce que la majorité des médicaments destinés aux personnes inquiètes par rapport à leur santé ont un plus grand potentiel de commercialisation que les médicaments
destinés aux personnes malades. Cette tactique transfère
ainsi le coût, à laide de mesures de prévention financées par
le gouvernement, de la société aux particuliers, qui devront
payer pour ces médicaments.
Santé Canada a formé un groupe de travail pour examiner
comment on a appliqué le principe ALARA à lexposition
aux rayonnements et aux agents chimiques. Les membres de
ce groupe ont constaté que le degré de risque acceptable
associé à des lignes directrices établies présente des écarts
« allant jusquà un million dunités » 9 . Ils ont toutefois
constaté que les stratégies de gestion du risque, relatives aux
pratiques réglementées à légard des rayonnements ionisants
et des agents chimiques génotoxinogènes, « fournissent un
haut degré de protection de la santé en labsence deffets
observables sur la santé à laide de méthodes épidémiologiques »
[italique ajouté] 10 . Ainsi, on assume que des niveaux de
rayonnements, dagents chimiques génotoxinogènes et de
substances perturbatrices du système endocrinien sont
sécuritaires parce que les études épidémiologiques ne
démontrent pas encore deffets observables sur la santé. Ce
raisonnement perpétue ce que M. Peter Saunders de
lInstitute of Science in Society a qualifié [traduction] « de
sophisme mathématique selon lequel labsence de preuves
équivaut à la preuve de labsence » 11 .
À court terme, la réduction et lélimination des causes de
maladies diminueraient les profits de lindustrie en exigeant
le nettoyage des substances toxiques, des changements aux
technologies polluantes et ladoption de mesures au travail
pour prévenir les accidents ou lexposition à des agents qui
peuvent causer des maladies. À long terme, de telles étapes
favorisent le développement durable et peuvent faire
épargner lindustrie. Ces étapes sont associées à un coût
déterminé et fournissent des avantages à long terme en
matière de santé à lensemble de la population et ont
habituellement une influence positive sur plusieurs maladies
au lieu dune seule.
Sopposer à la tendance à la chimio-prévention
Pendant une décennie, les débats sur la chimio-prévention
ont donné lieu à la tenue daudiences par la FDA, aux États-
Unis, à une couverture médiatique et à des réunions de
groupes communautaires. Même si des centaines de
Canadiennes ont été recrutées pour participer aux essais des
BCPT et STAR, lorganisme de protection de la santé au
Canada na pas encore créé un forum en matière de
politiques qui pourrait être un moyen pour les femmes
dexprimer leurs préoccupations. Le renouvellement du
système canadien de protection de la santé, maintenant en
cours, doit aborder les implications en matière de santé
publique de la chimio-prévention. On doit apporter des
modifications aux politiques au plus haut niveau pour
soutenir le principe de précaution comme la pierre dassise
de la protection de la santé et pour réserver la chimioprévention
aux situations dans lesquelles on peut lutiliser
de façon sécuritaire et économique tout en respectant
léthique. Pour atteindre ce but, le Groupe de travail sur les
femmes et la protection de la santé a présenté les
recommandations suivantes :
- Il faudrait assurer la réglementation des médicaments, des
aliments et de léquipement de rayonnement et de
lenvironnement au Canada grâce à un système indépendant
de lindustrie.
- Le gouvernement du Canada devrait fournir des
occasions au public pour lui permettre de faire des
commentaires à toutes les étapes de la mise à lessai et de lapprobation des médicaments de chimio-prévention ainsi que les procès-verbaux électroniques (dans Internet)
de ces réunions pour donner au public laccès à
linformation.
- On devrait créer un bureau de réglementation pour
surveiller les essais cliniques au Canada, y compris les
essais en matière de chimio-prévention, de concert avec
des professionnels possédant les connaissances appropriées
et des groupes dintérêt public de protection de la santé.
- Santé Canada devrait avoir le mandat dintervenir lors des
audiences de réglementation aux États-unis et dans dautres
pays dans lesquels on effectue des essais cliniques auxquels
des Canadiennes et Canadiens participent, pour exiger la
protection de la sécurité des participants canadiens.
Le Groupe de travail sur les femmes et la protection de la santé est
appuyé par les Centres dexcellence pour la santé des femmes. Pour
obtenir une copie du présent document, « La santé publique et la
chimio-prévention », visitez le site Web du Groupe de travail sur
les femmes et la protection de la santé à : www.web.net/~desact.
Les propos tenus dans le présent article ne représentent pas
nécessairement la politique officielle de Santé Canada.
Groupe de travail sur les femmes et la protection de la santé
DES Action Canada
5890, avenue Monkland, bureau 203, Montréal (Québec) H4A 1G2
Site Web : www.web.net/~desact
Centre d’excellence pour la santé des femmes
région de l’Atlantique
C.P. 3070 Halifax (Nouvelle-Écosse) Canada B3J 3G9
Tél. : (902) 420-6725 Téléc. : (902) 420-6752
Numéro sans frais : 1 888 658-1112
Site Web : www.medicine.dal.ca/acewh
Courrier éléctronique : acewh@dal.ca
NOTES
¹ Centers For Disease Control, «Ten great public health achievementsUnited States, 1900-1999», dans Morbidity and Mortality Weekly Report, 2 avril 1999, vol. 48, no 12, p. 241.
² Dr Richard Margolese cité par S. Semenal, «Breast cancer treatment hailed», dans The Gazette, 6 avril 1998, A1.
³ Lettre à Zeneca Pharmaceuticals de Robert Temple, M.D., Directeur, Office of Drug Evaluation, Center for Drug Evaluation and Research, FDA, disponible dans le Web : www.fda.gov/cder/foi/appletter/1998/17970s40.pdf.
4 A. Fugh Berman, «Tamoxifen in healthy women: Preventive health or preventing health?», dans National Womens Health Network News, 1991, septembre-octobre, p. 3.
5 D. VanderZwaag, «The precautionary principle in environmental law and policy: Elusive rhetoric and first embraces», dans Journal of Environmental Law and Practice, 1999, vol. 8, p. 355-375.
6 Santé Canada, Protection de la santé pour le 21e siècle : Le renouvellement du programme fédéral de la protection de la santé, Ottawa, Santé Canada, juillet 1998, disponible dans le Web : www.hc-sc.gc.ca/hpb/transitn/index_f.html, p. 6
7 R. N. Proctor, Cancer Wars: How Politics Shapes What We Know and Dont Know About Cancer, Basic Books, 1995, p. 84.
8 Santé Canada, Commission de contrôle de lénergie atomique (maintenant la Commission canadienne de sûreté nucléaire),
ministère de lEnvironnement de lOntario et le groupe de travail mixte sur lénergie. Évaluation et gestion des risques de cancer associés aux rayonnements ionisants et aux agents chimiques, Ottawa, Santé Canada, 1998, disponible dans le Web :
www.hc-sc.gc.ca/ehp/dhm/catalogue/generale/98dhm216.pdf, p. 10.
9 Santé Canada et coll., 1998, p. 9.
10 Santé Canada et coll., 1998, p. 42.
11 P. T. Saunders, Use and abuse of the Precautionary Principle, présentation de lInstitute of Science in Society (ISIS) au U.S. Advisory Committee on International Economic Policy, Londres, 13 juillet 2000.
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