Page principale | English | Page d'acceuil du RCSF 
   Volume 2 Numéro 2 Automne 2001

Table des matières/

Télécharger la version en format PDF
(482 KB, 24 Pages)


Améliorer l'état de santé

Élaborer une bonne politique en matière de santé publique

Renforcer les mesures communautaires et personnelles

 

 

 

Livrées à elles-mêmes : la santé des lesbiennes dans le nord de la Colombie-Britannique

Lynda Anderson, Theresa Healy, Barbara Herringer, Barbara Isaac et Ty Perry, Centre d’excellence pour la santé des femmes—région de la Colombie-Britannique et le Northern Secretariat¹

 

Out in the Cold [Livrées à elles-mêmes], une étude à laquelle ont participé 40 lesbiennes vivant dans des collectivités du nord, révèle une interaction entre la santé et le lieu géographique, l’orientation sexuelle, la sécurité personnelle et les valeurs des collectivités et que ces éléments ont une incidence sur la santé. Dans le nord de la Colombie-Britannique, où cette étude a pris place, des discours antihomosexuels sont exprimés quotidiennement dans le cadre de rencontres ou par les médias locaux. Les services de santé sont également influencés par ces préjugés. Des personnes participant à des groupes types et à des entrevues ont rendu compte du dilemme persistant d’avoir à décider si leur orientation sexuelle devait être révélée ou cachée à la collectivité et aux services de soins. Cette étude définit ce dilemme et la condition des menaces personnelles qu’elle dénote comme un déterminant de la santé et du bien-être des lesbiennes. L’interaction entre le lieu géographique et l’orientation sexuelle et la sécurité personnelle donne lieu à une réalité beaucoup plus complexe et contradictoire que cela semblait être le cas de prime abord.

L’âge des lesbiennes qui ont participé à cette étude varie de 18 ans à « trop vieille pour vouloir en parler». On compte parmi elles des femmes s’identifiant comme lesbiennes depuis des décennies et des «nouvelles lesbiennes » ayant fraîchement affirmé leur sexualité. La plupart des femmes avaient vécu dans le nord de cinq à quinze ans. Les objectifs de l’étude comprennent une enquête sur les expériences des lesbiennes avec les services de soins de santé du nord et les obstacles qu’elles ont rencontrés. Une analyse de leurs narrations met en lumière trois groupes importants de constatations.

1. Le contexte du nord a des répercussions importantes sur la santé et le bien-être des lesbiennes qui y vivent.

Des critiques et de la haine, ayant libre cours dans les médias, et de l’homophobie manifestée au sein du système éducatif et par l’intermédiaire de propagande religieuse publiquement diffusée, ont causé une peur implacable chez certaines femmes. « Comme j’ai vraiment eu à cacher qui j’étais pendant si longtemps, je me sens beaucoup plus stressée » a déclaré une participante. « La peur et le risque de perdre mon emploi sont réels si je m’affiche en tant que lesbienne. » Une autre femme raconte : « Je me suis rendue compte que je ne m’étais pas créé de système de soutien. Ce qui nuit le plus à mon bien-être général, c’est l’isolement, un sentiment de non-appartenance, de non-inclusion. » Les répondantes des milieux ruraux qui ne « s’affichaient » pas ont supposé que leurs voisins, leurs collègues de travail et leurs fournisseurs de soins de santé savaient qu’elles étaient lesbiennes. Ces femmes ont dû dépendre de la bonne foi des gens de ne pas « ébruiter la chose », ce qui pourrait donner lieu à du rejet, des menaces ou un manque de soins.

Bien que de nombreuses lesbiennes aient décrit une oppression quotidienne, d’autres ont fait mention des avantages de vivre hors des villes et près de la nature, certaines exprimant ces faits en termes spirituels. D’autres ont mis l’accent sur les satisfactions à tirer de l’autonomie, de l’autodétermination et de la vie privée. « Je suis libre de cultiver beaucoup de choses que je mange... de seulement sortir dans mon jardin, de respirer l’air frais et de tenir la main de ma partenaire si j’en ai envie. »

2. Les services de soins de santé sont imprégnés de l’homophobie et de l’hétérosexisme de la société du nord.

« Une femme hétérosexuelle n’y va pas en ayant peur de dire "je vous présente mon partenaire". Elle n’aura pas à se demander si un médecin dans une salle d’urgence la détestera si elle révèle qu’elle a ce genre de relation ou s’il la traitera d’une manière différente », nous a confié une femme. Une autre participante a raconté avec beaucoup d’humour comment une réceptionniste hurla dans la salle d’attente : « Votre carte médicale indique que le nom de votre mari est Sally... Comment cela est-il possible? » D’autres femmes, qui avaient déclaré n’avoir connu aucun préjugé ou obstacle, ont par la suite reconnu qu’elles n’avaient pas encore affirmé leur identité.

Bien que des rencontres aient été qualifiées de positives par certaines participantes, la plupart n’ont que très peu utilisé les services de soins de santé. Ce repli sur soi s’est parfois expliqué comme un rejet du modèle de médecine occidentale qui se concentre sur la maladie plutôt que sur le bien-être. Toutefois, un rejet des services de soins de santé était le plus souvent lié à des expériences humiliantes causées par des réactions homophobes des fournisseurs de soins de santé. « [Le médecin] était très attentif et vraiment volubile avant que je lui dise que j’étais lesbienne », a raconté une femme. « Puis le silence a rempli la pièce. Toute son attitude avait changé, c’était évident. Il m’a ensuite fixée du regard. Je veux dire vraiment fixée, vous comprenez. »

Plusieurs participantes étaient aussi très conscientes de la tendance dans le monde de la médecine à traiter l’homosexualité comme une pathologie. « Il existe une peur de se faire étiqueter, de recevoir l’étiquette "malade" parce qu’on est lesbienne, de recevoir l’étiquette "déprimée" parce qu’on est lesbienne ». Pour les lesbiennes qui ont emmené leurs enfants aux services de soins de santé, le dilemme de se faire connaître en tant que lesbienne était exacerbé par la peur de représailles exercées contre leurs enfants par d’autres établissements comme les écoles.

3. Plusieurs participantes ont perçu les préjugés et les obstacles qu’elles ont rencontrés dans les services de soins de santé comme anodins. De façon générale, les participantes ont mis l’accent sur leurs propres forces et leurs capacités d’adaptation.

Un grand nombre de femmes n’ont pas accédé aux services de soins de santé officiels à l’exception d’un cas d’incident grave; pourtant, peu de femmes ont utilisé le mot « obstacle » pour décrire leurs expériences négatives. Elles ont plutôt mis l’accent sur le meilleur niveau de santé, de bien-être et d’estime de soi qu’elles ont acquis grâce à leurs pratiques autonomes en matière de soins de santé. Bien que plusieurs participantes aient considéré leur désengagement comme involontaire, elles ont convenu que ce désengagement a amélioré leur santé.

Certaines femmes ont fait des remarques à propos d’une pénible ironie : alors qu’elles étaient « proactives » et qu’elles « faisaient tout ce qu’il y avait à faire » par rapport à leur approche d’autogestion de la santé, elles pouvaient également courir le risque de développer des maladies liées au stress ou que des maladies ne soient pas diagnostiquées en raison de leur désengagement envers les services de soins de santé.

Dans le rapport final de cette étude, nous recommandons des changements sur le plan de la collectivité afin de soutenir l’inclusion et la sécurité personnelle des lesbiennes dans le nord, dans les services de soins de santé afin d’informer les fournisseurs et de créer des protocoles équitables et accueillants, de même qu’au sein de la collectivité des lesbiennes afin d’améliorer le support et les contacts sociaux.

L’appartenance sociale et la sécurité personnelle—des éléments essentiels de la santé et du bien-être—ne sont que très peu disponibles pour les lesbiennes qui vivent dans les villes et les villages du nord. Cette étude démontre que des facteurs comme la liberté personnelle, la sécurité et la santé sont liés de façon complexe et unique, dénotant de nouvelles connaissances en matière de déterminants de la santé et du bien-être des lesbiennes dans le contexte du lieu géographique.

Pour obtenir une copie du rapport complet, veuillez communiquer avec :

Centre d’excellence pour la santé des femmes –
région de la Colombie-Britannique

E311 – 4500 Oak Street,  Vancouver (C.-B.)  V6H 3N1
Tél. : (604) 875-2633   Téléc. : (604) 875-3716
Site Web : www.bccewh.bc.ca    Courrier éléctronique : bccewh@cw.bc.ca

NOTES
¹ Le Northern Secretariat a changé de nom pour le Northern FIRE, un institut de recherche pour la santé des femmes indépendant fondé sur la collectivité, qui est particulièrement préoccupé par la santé des femmes vivant dans des contextes nordiques, ruraux et éloignés. Vous pouvez communiquez avec cet organisme par l’intermédiaire de la University of Northern BC, 3333, University Way, Prince George (Colombie-Britannique) V2N 3L9. Téléphone : (250) 960-5602; télécopieur : (250) 960-5644.



Dernière mise à jour