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   Volume 2 Numéro 2 Automne 2001

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Améliorer l'état de santé

Élaborer une bonne politique en matière de santé publique

Renforcer les mesures communautaires et personnelles

 

 

 

Prise en main personnelle dans un contexte de pauvreté : les mères à faible revenu à Saskatoon

Kathryn Green, Département de santé communautaire et d’épidémiologie, University of Saskatchewan, Centre d’excellence pour la santé des femmes—région des Prairies

 

On reconnaît de plus en plus que le pouvoir ou le contrôle qu’on peut exercer sur les facteurs qui modèlent notre vie est un déterminant fondamental de notre santé. En fait, on définit couramment la promotion de la santé comme le « processus qui permet aux personnes de mieux prendre en main les déterminants de la santé et ainsi améliorer leur état de santé »¹. Cependant, les programmes de promotion de la santé à l’intention des mères à faible revenu ont tendance à être axés sur le développement des habiletés dans des domaines tels que l’art d’être parent et la cuisine. Bien qu’ils soient importants, ces programmes n’abordent pas les déterminants de la santé plus fondamentaux que l’on retrouve dans un environnement social, économique et physique ni les déterminants du pouvoir ou du contrôle.

Le développement d’habiletés, non seulement pour composer avec leur propre environnement mais également pour travailler collectivement à l’améliorer, constitue un aspect essentiel de la prise en main personnelle des femmes. De plus, des recherches ont démontré que le soutien des autres—pratique et moral ainsi que le mentorat—est essentiel pour accroître la prise en main personnelle². La participation à des activités, à des groupes ou à des actions sociales constitue un processus clé. Ainsi, un projet qui a rassemblé des mères à faible revenu ayant des enfants d’âge préscolaire à Saskatoon a favorisé un processus pour appuyer les femmes qui voulaient de toute urgence faire plus que de composer avec les conditions qui influaient négativement sur la santé de leur famille afin d’améliorer ces conditions. En mai 2000, deux groupes de mères à faible revenu, qui avaient auparavant participé à des programmes de développement des habiletés, ont commencé à rencontrer les facilitatrices. Les participantes étaient du début de la vingtaine à la fin de la trentaine. La plupart d’entre elles avaient deux ou trois enfants. Environ les deux tiers étaient des chefs de famille monoparentale; et près de la moitié d’entre elles étaient des membres des Premières nations.

Pendant les réunions hebdomadaires, les femmes parlaient de leur collectivité et des changements qu’elles souhaiteraient voir pour la rendre plus saine et améliorer l’état de santé de ses membres. Lorsqu’elles décrivaient ces changements, les femmes parlaient d’avoir plus de contrôle sur leur collectivité, y compris une plus grande sécurité, un revenu adéquat et un logement abordable. Afin d’exprimer leur vision à l’égard de la santé, elles ont pris des photos de leur collectivité et en ont fait deux grandes murales décrivant les influences des collectivités sur la santé qu’elles ont présentées à leurs invités. Pour chaque réunion, on assurait des services de garderie sur les lieux et de transport qui étaient essentiels à la participation de ces femmes à la réunion.

Une des participantes a affirmé : « Tout ce que nous avons fait en groupe a été utile; cela me permettait de réduire mon stress lorsque quelqu’un écoutait mes préoccupations et de me sentir comprise ». Une autre femme a ajouté : « Quand j’ai assisté à la première réunion, je ne savais pas ce que nous allions accomplir, mais je savais que j’avais besoin de soutien. »

Après avoir créé les murales, les femmes ont décidé de se concentrer sur la pauvreté à titre de déterminant clé responsable des problèmes auxquels elles faisaient face dans leur propre vie et collectivité. En septembre 2000, lorsque les femmes ont recommencé à se voir en un seul groupe, elles ont examiné de l’information sur la prévalence et les causes de la pauvreté et elles ont partagé leurs propres histoires au sujet de leur expérience de la pauvreté. Elles ont constaté que le chemin qui les conduisait habituellement à la pauvreté commençait habituellement, mais pas toujours, par l’éducation qu’elles avaient reçue. Les effets de la pauvreté que les femmes ont décrits comprenaient entre autres des conséquences sur la santé d’ordre physique et mental : une mauvaise alimentation pour elles-mêmes et leurs enfants, peu d’occasion d’avoir un répit en tant que parent et une faible estime de soi.

Cet examen a donné lieu à une action sociale, soit la création d’un livre sur la pauvreté. Dans l’introduction de Telling It Like It Is: Realities of Parenting in Poverty, on mentionne que : [Traduction] « La majorité des Canadiens et Canadiennes conviennent que c’est une honte qu’un enfant sur cinq vive dans la pauvreté. Fait peut-être oublié, les enfants qui sont pauvres le sont parce que leurs parents sont pauvres. Pour mettre fin à la pauvreté des enfants, nous devons nous pencher sur la source du problème, soit les parents vivant dans la pauvreté »³. Dans le livre, on retrouve des histoires de ces femmes en énonçant des faits sur les causes et les effets de la pauvreté et sur l’art d’être parent dans la pauvreté. Les femmes ont dit qu’elles étaient fières du livre qui représentait une réalisation concrète, soit « quelque chose que je peux tenir dans ma main », a dit l’une d’entre elles. Une autre femme a ajouté : « Issues de divers milieux et possédant une ascendance et un bagage différents, nous l’avons réalisé ensemble. Nous pouvons toutes travailler ensemble et accomplir des choses. »

Le livre Telling It Like It Is visait entre autres à dissiper les mythes et les stéréotypes négatifs à propos des femmes à faible revenu. L’histoire de Tracy, par exemple, décrit une mère au foyer avec deux enfants dont le mari travaille à temps plein au salaire minimum. « Notre chèque de paye ne nous donne pas les ressources suffisantes pour subsister jusqu’au prochain chèque, mais plutôt pendant trois jours après avoir reçu notre chèque, au mieux », a affirmé Tracy. « Avant d’avoir les enfants, mon mari et moi avions décidé que lorsque nous en aurions, l’un de nous demeurerait à la maison, au moins jusqu’à ce que les enfants aillent à l’école […] je crois toujours que nous avons pris la bonne décision, mais il y a un prix à payer […] Mon mari a une assurance dentaire et médicale partielle. Mes enfants sont couverts par l’assurance, mais je ne le suis pas […] je me tracasse constamment, par exemple comment nous allons payer nos factures ou ce que je ferais si l’un de nos enfants était malade et que la prescription n’était pas couverte. » Une statistique provenant de Données de base sur la pauvreté au Canada qui termine cette histoire affirme ceci : [Traduction] « En Saskatchewan, plus du tiers des familles pauvres (39 p. 100) ont un revenu de travail » 4 .

Même si toutes les participantes au projet souhaitaient prendre des mesures plus directes—au-delà de la création du livre—afin d’aider leur collectivité à s’orienter davantage vers la vision de santé qu’elles avaient créée, elles ont constaté que le livre constituait un défi. Elles ont identifié des raisons telles que le manque de sensibilisation aux occasions, de temps et de compétences ainsi que des facteurs psychologiques plus complexes, notamment, l’estime de soi, croire que quelqu’un a le droit de demander un meilleur traitement et que le changement est possible, et avoir une vie assez stable pour avoir l’énergie de s’engager dans une action sociale.

Cette étude démontre que l’on doit fournir des occasions aux mères à faible revenu de développer des habiletés non seulement pour s’adapter mais également pour entreprendre une action sociale. Cependant, cela ne doit pas exclure l’obligation du gouvernement d’augmenter les taux de salaire minimum et des prestations d’assurance sociale pour atteindre une norme de vie adéquate ou pour fournir des logements abordables et sécuritaires à toutes les familles. La responsabilité de développer des collectivités saines ne devrait pas non plus incomber seulement aux personnes les plus défavorisées. Les personnes et les groupes disposant de plus de ressources et d’une plus grande capacité d’action sociale devraient partager cette responsabilité.

Pour obtenir une copie du rapport complet « ‘We Did It Together:’ Low-Income Mothers Working Toward a Healthier Community » et des renseignements sur le livre, veuillez communiquer avec :

Centre d’excellence pour la santé des femmes – région des Prairies
56 The Promenade,  Winnipeg (Manitoba)  Canada  R3B 3H9
Tél. : (204) 982-6630  Télec. : (204) 982-6637
Site Web : www.pwhce.ca   Courrier éléctronique : pwhce@uwinnipeg.ca

NOTES
¹ Organisation mondiale de la santé, Health Promotion Glossary, Division de la promotion, de l’éducation et de la communication pour la santé, Service éducation sanitaire et promotion de la santé, 1998.

² J. Lord et P. Hutchison, « The process of empowerment: Implications for theory and practice », dans Canadian Journal of Community Mental Health, 1993, vol. 12, no 1, p.5-22.

³ Telling It Like It Is: Realities of Parenting in Poverty, Winnipeg, Centre d’excellence pour la santé des femmes—région des Prairies, 2001.

4 D. P. Ross, K. J. Scott et P. J. Smith, Données de base sur la pauvreté au Canada 2000, Conseil canadien de développement social, 2000, p. 87.



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