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   Volume 2 Numéro 2 Automne 2001

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Améliorer l'état de santé

Élaborer une bonne politique en matière de santé publique

Renforcer les mesures communautaires et personnelles

 

 

 

Protéger l’hygiène de vie des immigrantes dans l’Île-du-Prince-Édouard

Marian MacKinnon, professeure agrégée à la University of Prince Edward Island et présidente de la InterCultural Health Assembly [Assemblée de la santé interculturelle] de l’Î.-P.-É., et Laura Lee Howard, ancienne directrice générale du PEI Association for Newcomers to Canada [Association des nouveaux arrivants au Canada de l’Î.-P.-É.] et du Centre d’excellence pour la santé des femmes—région des Maritimes

 

Chaque année, environ 150 immigrants arrivent dans l’Îledu- Prince-Édouard. Aujourd’hui, l’île compte un total de 4 380 immigrants dont environ la moitié sont des femmes. Les immigrants de l’Î.-P.-É. font face à des problèmes semblables à ceux des autres immigrants du Canada. Cependant, l’isolement géographique et les difficultés économiques de la province contribuent à un plus grand isolement culturel et moins d’aide et de services culturels y sont disponibles.

Les immigrantes n’ont pas participé à des études portant sur leurs propres soins de santé et elles n’ont pas été considérées comme ressources pour ceux-ci1¹. Le PEI Immigrant Women’s Health Project [projet pour la santé des immigrantes de l’Î.-P.-É.] a comblé cette lacune en recherche courante et a examiné ce que signifie la santé pour les femmes immigrantes. En entrevue, nous avons demandé à 22 femmes de 15 pays ce qu’elles faisaient avant d’émigrer pour maintenir leur santé et si elles étaient en mesure de continuer ces pratiques dans leur nouveau pays. Nous leur avons également posé des questions sur leurs expériences avec les services de santé de l’Î.-P.-É. Notre étude a démontré que les femmes immigrantes montrent des besoins semblables en matière de santé et qu’elles souscrivent à un hygiène de vie semblable à celui des femmes nées aux Canada², mais elles disposent de moins de ressources de façon significative.

Les femmes ont exprimé des opinions bien définies au sujet de la santé en tant que ressource pour la vie quotidienne. Elles étaient très conscientes des bienfaits d’une saine alimentation, d’une quantité suffisante de repos et de la pratique d’exercices, de loisirs et d’autres activités réduisant le niveau de stress. Elles partageaient des opinions quant au lien étroit existant entre la santé physique, mentale et spirituelle, à l’interdépendance de ces domaines et par rapport au fait que leur santé avait une incidence sur leurs capacités de s’occuper d’elles-mêmes et de leur famille, de créer des liens positifs avec d’autres personnes et de se soutenir financièrement ou d’aller à l’école.

Cependant, les femmes ont déclaré qu’elles ne disposaient pas du temps et des ressources nécessaires pour concrétiser leurs croyances en matière de santé ou pour continuer leurs pratiques relatives aux soins de santé. Par exemple, leurs aliments traditionnels n’étaient pas disponibles dans l’Î.-P.-É. ni les herbes qu’elles avaient appris à utiliser comme médicaments pour traiter des malaises mineurs dans leur pays d’origine. Les femmes ont également déterminé que le manque de soutien social (c’est-à-dire la capacité de visiter des membres de la famille, de jouir d’un bon milieu familial et d’un bon support de la famille ainsi que la capacité de visiter des amis) était un facteur important. L’une d’entre elles a confié : « Ma famille, elle me manque beaucoup, et lorsque je pense trop à elle, je deviens déprimée. [Cela] affecte ma santé... Je peux vivre sans mon pays, mais sans ma famille, c’est plus difficile. » De nombreuses femmes ont déterminé que le sentiment de ne pas être acceptées dans leur collectivité représentait un autre obstacle aux soins personnels. Plusieurs d’entre elles ont admis qu’en matière de détresse psychologique, de dépression ou d’autres maladies mentales, elles se confieraient à des amis ou à des membres de la famille ou elles se changeraient les idées par le travail ou par d’autres activités au lieu de consulter un médecin ou avant d’en consulter un. Sans connexions sociales ni sentiment d’appartenance, ces options sont grandement réduites. En fait, en ce qui concerne ce groupe de femmes, tout ce qui offrait un sentiment de sécurité ne leur semblait pas disponible.

On croit que la perte de support social prédispose les personnes à des sentiments de vulnérabilité et à des maladies éventuelles. Certains chercheurs ont déclaré que le support social était une variable importante qui offrait une protection contre les maladies mentales et physiques, particulièrement durant des événements stressants de la vie comme l’immigration choisie ou forcée³. Le manque de support qu’ont connu les immigrantes ayant participé à l’étude constitue donc une constatation essentielle. Un des nombreux remèdes nécessaires serait de faire en sorte que les immigrantes aient accès à des cours sur les aliments et la nutrition. Cela remplirait le double objectif de leur enseigner comment adapter leur cuisine traditionnelle aux aliments disponibles au Canada et à la fois de leur fournir l’occasion d’établir un réseau social. Une intervention s’y rapportant serait l’élaboration par Santé Canada d’un guide alimentaire qui tiendrait compte des préférences d’autres cultures en fait d’aliments et de cuisine.

Les femmes ont fait mention de la langue—ou la capacité de s’exprimer en anglais—comme un autre facteur affectant profondément leur santé et celle de leur famille, créant du chômage, des désavantages dans le domaine de l’emploi et des obstacles aux services de soins de santé. Bien que les services de soins de santé soient gratuits dans l’Î.-P.-É., ces femmes font quand même face à la complexité d’apprendre comment accéder aux services de soins de santé et comment communiquer pour être comprises. Toutes les femmes qui ont été interrogées à propos de la langue en tant qu’obstacle ont déclaré que des interprètes pour les professionnels de la santé étaient nécessaires. Elles ont aussi perçu comme un obstacle l’obtention du type de soins de santé auquel elles attachaient de l’importance, c’est-à-dire des évaluations holistiques et des examens approfondis par un médecin.

Malgré des opinions arrêtées à propos de leur santé et des manières de la maintenir, les immigrantes estiment qu’il est difficile de maintenir leur hygiène de vie dans l’Î.-P.-É. Leurs besoins en matière de santé sont liés à de nombreux déterminants de la santé et, par conséquent, des stratégies visant à soutenir des pratiques en matière de soins de santé sont nécessaires dans plusieurs secteurs. Des niveaux plus élevés de cours d’anglais sont particulièrement essentiels pour permettre aux immigrantes de poursuivre leur hygiène de vie et de gagner suffisamment de compétences pour faire concurrence sur le marché de l’emploi. Toutes les femmes ayant participé à cette étude ont estimé qu’il était indispensable de disposer de renseignements sur le système canadien de soins de santé dès l’arrivée, au lieu de trois ou quatre ans plus tard, lorsqu’elles deviennent citoyennes canadiennes. On a également besoin d’interprètes pour les professionnels en soins de santé. Les programmes communautaires de sensibilisation visant à faciliter la participation des femmes dans leur collectivité et à améliorer leur accès à des activités sociales et de loisirs représentent une autre stratégie pleine de bon sens.

Pour les politiciens, les fournisseurs de soins de santé et les collectivités, la première étape vers la protection de la santé des immigrantes et la réalisation de politiques d’intégration en matière de santé repose sur la valorisation de ces femmes. La mise en place de politiques et de programmes les appuyant dans leurs efforts à se bâtir une nouvelle vie serait aussi « rentable » car, comme elles en ont fait état elles-mêmes, lorsqu’elles sont en santé, elles sont davantage en mesure de s’occuper de leur famille et d’elles-mêmes.

Pour obtenir une copie du rapport complet « Affirming Immigrant Women’s Health: Building Inclusive Health Policy » [Protéger la santé des immigrantes : élaboration de politiques inclusives en matière de santé], communiquez avec :
Centre d’excellence pour la santé des femmes –
région de l’Atlantique

C.P. 3070  Halifax (Nouvelle-Écosse)   Canada B3J 3G9
Tél. : (902) 420-6725  Téléc. : (902) 420-6752
Numéro sans frais : 1 888 658-1112
Site Web : www.medicine.dal.ca/acewh
Courrier éléctronique : acewh@dal.ca


NOTES
¹ A. I. Meleis, J. G. Lipsom, M. Muecke et G. Smith, Immigrant women and their health: An olive paper, Indianapolis, Centre Nursing Press, 1998.

² M. Munro, M. Gallant, M. MacKinnon et coll., « The Prince Edward Island conceptual model for nursing: A nursing perspective of primary health care » dans le Revue canadienne de recherche en sciences infirmières, 2000, vol. 32, no 1, 39-55.

³ M. MacKinnon, Towards meeting the health care needs of the Chinese elderly: Meaning and potential health consequences associated with care receiving for the Chinese elderly [rapport d’intervention], St. John’s, T.-N., Memorial University of Newfoundland, 1993.



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