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   Volume 3 Numéro 1 Printemps 2002

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Les coûts et les avantages des services de soins de santé

Les services de soins de santé et la réforme du système de santé

Création de meilleures conditions pour les soins

 

 

 

Qui s’en occupe?

 

La prestation de soins de santé à des patients à domicile est souvent vue comme une solution de rechange logique et économique aux soins en établissement et elle est d’autant plus attrayante que la plupart des bénéficiaires de ce type de soins expriment une préférence pour des soins qui leurs permettent de demeurer à leur domicile. La plupart du temps, ces soins sont prodigués par des soignants non rémunérés, ainsi que par des infirmiers et infirmières, des auxiliaires familiales, des préposés aux soins personnels et d’autres fournisseurs de soins à domicile. Comme cela a été souligné lors du Forum national sur la santé (1997), « Les services de soins à domicile peuvent contribuer à prévenir, à reporter les solutions de soins de longue durée ou les soins intensifs de courte durée ou s’y substituer [1] ». Il est aussi important de songer que les soins prodigués à domicile sont généralement perçus comme étant un travail féminin, et sont donnés par amour aux parents ou aux amis. Cette perspective masque le fait que la prestation de soins non rémunérés est un travail qui nécessite du temps, des compétences et des ressources et qui n’est pas toujours volontaire. La détermination de qui fournit les soins à domicile et dans quelles conditions n’est pas seulement une question personnelle. Elle dépend des décisions prises pour gérer les coûts du système de santé.

De nouvelles études effectuées par les Centres d’excellence pour la santé des femmes nous poussent à examiner de plus près les tâches, les significations et les conséquences des services de soins de santé à domicile, et ce, en rapport avec la réforme du système de santé. Dans le cadre de cette recherche, la question Qui s’en occupe? comporte un double sens. Dans son sens littéral, la réponse est « les femmes », puisque celles-ci représentent la majorité des travailleurs de la santé rémunérés des établissements de soins, ainsi que des soignants rémunérés et bénévoles qui fournissent des soins à domicile. La question, cependant, possède un autre sens. Les participants de plusieurs études, dont les résultats sont publiés dans le Bulletin de recherche, déclarent que nous ne nous occupons pas assez des soignants rémunérés, des bénévoles et des bénéficiaires des soins.

Il est difficile de parler des expériences humaines de la maladie, de l’incapacité, de la réadaptation et de la mort et des façons dont les individus et les collectivités appuient ou non ces expériences. Les études présentées ici mettent en lumière certaines des réalités quotidiennes touchant diverses situations de prestation de soins : les membres de la famille et les professionnels de la santé qui s’occupent de survivants d’accident vasculaire cérébral (ACV), les mères qui s’occupent d’enfants atteints du cancer et les fournisseurs de soins palliatifs (amis et soignants rémunérés) qui soignent des personnes vivant avec le VIH-SIDA. Ces études se penchent aussi sur les circonstances des soins de santé rémunérés fournis à domicile et en milieu hospitalier dans un contexte de restructuration et sur la nouvelle réalité des soignants rémunérés qui délèguent les fonctions de prestation de soins à des soignants non rémunérés. En fait, une partie de la recherche présentée dans le présent document illustre comment les frontières entre les deux groupes de soignants se confondent lorsque les membres de la famille doivent fournir des soins médicaux hautement techniques ou se tiennent à la disposition du bénéficiaire des soins 24 heures, sept jours par semaine. Ces diverses situations montrent que, au bout du compte, quelqu’un, que ce soit un membre de la famille, le soignant rémunéré, ou une combinaison des deux, doit s’en occuper.

Le Forum national sur la santé mettait en garde les participants contre la possibilité que la réforme du système de santé impose des fardeaux aux femmes, en soutenant que les « soins communautaires » ne devraient pas « devenir un euphémisme pour la conscription des femmes à la prestation de soins de santé non rémunérés[2] ». Bien que la prestation de soins puisse être une expérience profondément enrichissante, elle peut aussi comporter des coûts psychologiques, sociaux et économiques pour les soignants. La recommandation constante qui ressort des études soulignées dans le présent texte est la suivante : les bénéficiaires de soins autant que leurs prestataires ont besoin de plus d’appui pour soutenir les services de soins à domicile en tant que mode viable de prestation de soins de santé. Un important défi lancé dans le présent numéro du Bulletin de recherche est celui de trouver le moyen d’appuyer les soignants avec suffisamment de ressources. En même temps, comment pouvons-nous faire pour que les femmes qui n’ont pas le temps, les ressources, les compétences ou le désir de prodiguer des soins aient le choix de le faire ou non?

Qui s’en occupe? Nous le devrions tous parce qu’au cours de notre vie, nous sommes tous susceptibles d’avoir besoin de soins, et bon nombre d’entre nous comprennent que notre apport est nécessaire pour les fournir. Comme première étape vers la création de conditions plus favorables à la prestation de soins—à domicile ou ailleurs—les délégués du Groupe de réflexion national sur les disparités entre les sexes relativement aux soins gratuits (novembre 2001) ont rédigé la Déclaration de Charlottetown sur le droit aux soins de santé. Reproduite intégralement dans le présent document, cette déclaration fait valoir que les soins à domicile doivent être l’objectif d’un système de santé subventionné par l’État— afin que tout le monde s’en occupe.

Ann Pederson
Directrice des politiques et de la recherche
Centre d'excellence pour la santé des femmes –
région de la Colombie-Britannique
apederson@cw.bc.ca


NOTES
[1] Forum national sur la santé : An overview of women’s health. Implications for policies and programs. La santé au Canada : un héritage à faire fructifier. Volume II. Ottawa : Santé Canada, 1997. Référence Web : http://wwwnfh.hc-sc.gc.ca/publicat/finvol2/vol2.htm. Extrait le 11 juin 2002.

[2] Forum national sur la santé, 1997.



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