Page principale | English | Page d'acceuil du RCSF 
   Volume 3 Numéro 1 Printemps 2002

Table des matières/

Télécharger la version en format PDF
(494 KB, 24 Pages)


Les coûts et les avantages des services de soins de santé

Les services de soins de santé et la réforme du système de santé

Création de meilleures conditions pour les soins

 

 

 

Modification des méthodes de travail : La rémunération des femmes prodiguant des soins à domicile à Saskatoon

Allison Williams, Faculté de recherche, Saskatchewan Population Health and Evaluation Research Unit, professeur adjoint, département de géographie, Susan Wagner, professeure, College of Nursing, et Monic Buettner, University of Saskatchewan, préparé pour le Centre d’excellence pour la santé des femmes de la région des Prairies

 

Nona Glazer (1993) a été la première à parvenir à la conclusion que la réforme du système de santé modifie les méthodes de travail et contribue à la détérioration des conditions de travail des fournisseurs de soins à domicile aux États-Unis[1].  De nombreux universitaires du Canada ont découvert des phénomènes semblables de notre côté de la frontière[2].  Alors que la réforme du système de santé déplace les soins à l’écart des services institutionnels, il est survenu une augmentation sans précédent de la prestation de soins à domicile, laquelle se poursuit. La désinstitutionnalisation, ainsi que le vieillissement de la population canadienne, créent une demande en matière de soins plus complexes à domicile. Le secteur des soins à domicile luimême est en voie de restructuration, dans l’espoir d’une prestation plus économique des soins. En conséquence, une main-d’œuvre principalement constituée de femmes, dans le domaine des soins à domicile, est en voie de subir de grands changements, lesquels se répercutent sur la vie professionnelle des intervenants, et sur la qualité globale de leur vie et de leur santé.

Selon les recherches effectuées, les intervenants constatent une intensification du travail, laquelle se manifeste par l’augmentation des responsabilités professionnelles et la réduction du temps dont ils disposent pour s’en acquitter. Ces changements contribuent à une troisième transformation du travail—une hausse du stress professionnel. De piètres conditions de travail sont la principale cause « d’épuisement professionnel » des intervenants (généralement défini comme l’épuisement de l’énergie physique ou émotionnelle ou de la motivation, généralement provoqué par des périodes prolongées de stress ou de frustration) ainsi que des taux de roulement élevés, ce qui a de grandes répercussions sur la qualité et la disponibilité de cette main-d’œuvre[3].  Outre l’incidence évidente sur la main-d’œuvre des soins à domicile, l’épuisement professionnel et le roulement mettent en péril la continuité et la qualité des soins pour les patients et leurs familles.

Le Saskatoon District Health (SDH) Home Care fournit des services de soutien de soins à domicile (y compris les soins personnels, les repas, la relève et la gestion ménagère), des soins infirmiers, des bénévoles et un service de repas à domicile. Après que le SDH Home Care a mis en œuvre plusieurs stratégies de restructuration, notre équipe de recherche a recueilli des données quantitatives et qualitatives afin d’examiner la manière dont la vie professionnelle et la vie des personnes soignantes rémunérées à domicile étaient touchées. Ces données comprennent les évaluations de la qualité de la vie professionnelle, de la qualité de vie en général et de la santé et du bien-être personnels des intervenants. Nous avons appliqué un modèle de partenariat de recherche concertée et nous avons travaillé en collaboration avec la direction du SDH Home Care et le comité consultatif de recherche composé de membres de son personnel.

Le groupe d’intervenants en soins de santé à domicile qui a participé à notre étude était composé d’infirmières accréditées, d’infirmières auxiliaires autorisées et des aides en hygiène familiale. Les infirmières accréditées évaluaient les besoins des clients, planifiaient et coordonnaient les soins, fournissaient les services de soins infirmiers, évaluaient les soins et enseignaient aux clients et aux personnes soignantes (professionnelles et non professionnelles) et les conseillaient. Les fonctions d’une aide en hygiène familiale dûment formée consistaient à fournir une aide aux soins personnels, à appliquer des bandages pour favoriser la circulation sanguine, à administrer de l’oxygène, à distribuer des médicaments et à contribuer à l’entretien des cathéters et aux soins liés à l’élimination intestinale. Au moment de l’étude, la plupart des fonctions des infirmières auxiliaires autorisées étaient identiques à celles des aides en hygiène familiale, bien qu’elles aient reçu une formation pour s’acquitter de fonctions d’infirmières, comme le changement des pansements et l’administration des médicaments si l’état du patient est stable. Jusqu’au moment de la restructuration, les aides en hygiène familiale et les infirmières auxiliaires autorisées travaillaient sous la supervision d’une infirmière accréditée.

La période d’avril à septembre 1999 en a été une de restructuration au SDH Home Care, et c’est cette période de six mois que nous avons choisie comme période de référence pour notre étude. Les principaux éléments de changement étaient : (1) l’intégration de toutes les catégories d’intervenants en équipes géographiques, (2) le changement de rôle des intervenants, (3) le transfert de la gestion des médicaments des infirmières accréditées aux infirmières auxiliaires autorisées et aux aides en hygiène familiale et (4) des changements dans le personnel du bureau.

  1. Les équipes géographiques : Dans le but de rapprocher les services du client, de réduire la durée des déplacements des intervenants et de faciliter une plus grande collaboration dans la gestion de cas, le SDH Home Care a divisé le district de santé en quatre secteurs. Les intervenants pouvaient choisir le secteur dans lequel ils voulaient travailler, mais même ceux qui restaient dans le même secteur on connu un changement de collègues et de superviseurs. Les horaires de travail ont aussi changé avec la réorganisation des secteurs de service.


  2. Le changement des rôles : Les infirmières accréditées sont maintenant les « personnes-ressources » responsables de faciliter la résolution de problèmes avec les aides en hygiène familiale. Les infirmières accréditées fournissent plus de soutien clinique, dans le but d’aider les aides en hygiène familiale et les infirmières auxiliaires autorisées à devenir plus autonomes. Afin d’accroître le soutien par les pairs et la communication, des dossiers-clients sont utilisés dans la maison et les intervenants portent des systèmes de téléappel. Les réunions entre le personnel et la direction sont plus fréquentes, tous les intervenants participant à celles des groupes des infirmières accréditées et des auxiliaires autorisées, des aides en hygiène familiale et aux réunions trimestrielles de secteur. L’objet de ces réunions est de contribuer à constituer des équipes de gestion conjointe des cas.


  3. Le transfert de la gestion des médicaments : Le champ de la pratique a augmenté tant pour les aides en hygiène familiale que pour les infirmières auxiliaires autorisées, certains intervenants administrant des médicaments selon un protocole précis. Les médicaments sont préemballés par les pharmaciens, en consultation avec les infirmières accréditées, et « pré-chargés » dans des emballages à bulles de telle manière que chaque dose est prête, ce qui permet aux clients ou aux membres de la famille d’avoir plus d’autonomie. Si le client est incapable de prendre seul ses médicaments, un personnel formé pour la prestation de soins à domicile peut maintenant lui rendre visite pour l’aider. Les infirmières accréditées donnent maintenant une formation et sont disponibles sur appel pour fournir de l’aide.


  4. Les changements de personnel du bureau : Plutôt que d’assurer indépendamment la supervision de chaque groupe d’intervenants, les superviseurs sont maintenant responsables des groupes de secteur, eux-mêmes composés des trois groupes d’intervenants. Cette nouvelle structure vise à laisser plus de liberté de décision, relativement aux soins à fournir aux clients, aux intervenants du domaine.

Les données quantitatives recueillies révèlent que tous les intervenants, quelle que soit leur position, ont déclaré une moins grande satisfaction professionnelle et une détérioration de leur santé et de leur bien-être en général comparativement aux six mois antérieurs à la période de référence. Les aides en hygiène familiale ont accordé un taux plus bas en ce qui concerne leur état de santé et leur bien être généraux que les autres intervenants, et on a constaté qu’elles prenaient, comparativement aux autres, plus de journées de congé de maladie ou de stress. Des données qualitatives liées à la santé émotive et physique, il en découle que les aides en hygiène familiales sont nettement plus touchées que les autres par la restructuration. Ces conclusions étayent l’hypothèse selon laquelle la restructuration affecte la santé et le bien-être des intervenants, et particulièrement la santé des échelons humains inférieurs de la hiérarchie des services de soins de santé.

L’équipe de recherche a suggéré dix-huit directives à la direction du Saskatoon Home Care. Il y avait notamment la mise en œuvre de politiques pour augmenter le contrôle des aides en hygiène familiale sur leur travail, l’octroi de plus de temps pour les visites aux patients et de plus de possibilités pour les intervenants de participer à la planification des politiques et des procédures, particulièrement lorsque celles-ci doivent changer.

La direction du SDH Home Care a adopté plusieurs des recommandations présentées : le rôle des infirmières accréditées, par exemple, a été élargi et exclut désormais toute fonction assignée aux aides en hygiène familiale.

Cette recherche présente un intérêt d’ordre pratique important pour la politique en matière de soins de santé. L’exploration des effets des stratégies de restructuration a fait la lumière sur les fonctions de soins qu’assument les femmes, sur la santé des femmes et sur la place des femmes dans la société.

Pour obtenir un exemplaire du rapport intégral intitulé Women’s Formal (Paid) Home Care Work in Transition, veuillez communiquer avec Susan Wagner, College of Nursing, University of Saskatchewan au (306) 966-6244 ou à l’adresse suivante : ps.wagner@usask.ca.

Centre d’excellence pour la santé des femmes – région des Prairies
56 The Promenade, Winnipeg (Manitoba) R3B 3H9
Tél. : (204) 982-6630  Télec. : (204) 982-6637
Site Web : www.pwhce.ca    Courrier éléctronique : pwhce@uwinnipeg.ca


NOTES
[1] Glazer N. Women’s Paid and Unpaid Labor: The Work Transfer in Health Care and Retailing. Philadelphie : Temple University Press, 1993.

[2] Aronson J, Neysmith SM. The retreat of the state and long-term care provision : Implications for frail elderly people, unpaid family carers and paid home care workers. Studies in Political Economy 1997;53:37-66; Williams, AM. Home Care Restructuring at Work : The Impact of Policy Transformation on Women’s Labour, dans : I. Dyck, N. Lewis et S. McLafferty, Geographies of Women’s Health. London : Routledge, 2001;107-126.

[3] Association des infirmières ou des infirmiers du Canada and Association canadienne des soins de santé, Nurse Retention and Quality of Worklife: A National Perspective. Ottawa : Association des infirmières et infirmiers du Canada, 1990; Le conseil canadien des services d’auxiliaires familiales. Visiting Homemakers Services in Canada Survey. Toronto : Conseil canadien des services d’auxiliaires familiales, 1982; Martin Matthews, A. Women who care : Job satisfaction among providers of visiting homemaker services to the elderly. Document présenté lors du symposium intitulé « Women and the Cost of Caring », assemblée annuelle de l’Association canadienne de gérontologie, Toronto, octobre 1991.




Dernière mise à jour