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Télécharger la version en format PDF (494 KB, 24 Pages) Les coûts et les avantages des services de soins de santé Les services de soins de santé et la réforme du système de santé Création de meilleures conditions pour les soins
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Lignes directrices pour l’examen des femmes, du travail et des soins au nouveau millénaire Pat Armstrong, département de sociologie, Université York et Hugh Armstrong, School of Social Work, Carleton University, le Centre d’excellence pour la santé des femmes de la région de l’Atlantique et le Conseil consultatif sur la condition féminine de la Nouvelle-Écosse
Les soins de santé sont l’affaire des femmes. Rémunérés ou non, à domicile, dans des organismes de bénévolat ou dans la population active, la plus grande partie des soins sont fournis par les femmes. Ils sont souvent invisibles, généralement peu de valeur leur est accordée et à l’occasion, ils sont reconnus comme de la compétence. Une nouvelle étude, intitulée Thinking It Through: Women, Work and Caring in the New Millennium, s’appuie sur des documents de source canadienne et internationale pour analyser les points forts, les structures et les relations qui font des femmes des soignantes et qui sous-évaluent la prestation des soins. Cette étude se veut un complément de One Hundred Years of Caregiving in Canada, qui est fondé sur la recherche effectuée au Canada sur la prestation des soins de santé des adultes. Ce document décrit les types de soins (p. ex. soins personnels aux personnes ayant des incapacités, les soins spécialisés à domicile pour des membres de la famille qui ont reçu leur congé de l’hôpital) et les types de personnes soignantes (p. ex. rémunérées ou non)[1]. L’objet de Thinking It Through est de formuler des lignes directrices qui aideront les chercheurs, les responsables des politiques et le public à penser au sens et aux conséquences du travail rémunéré et non rémunéré des femmes et, au bout du compte, à contribuer à créer de bonnes conditions pour les soins de santé. Pour évaluer avec exactitude les soins que prodiguent les femmes, les lignes directrices devraient, d’abord et avant tout, mettre l’accent sur les similitudes et les différences. Comme le travail des femmes présente de si nombreux modèles communs, il est utile de regrouper les femmes. Le « regroupement » désigne une manière d’examiner les données, la théorie et les concepts de manière à voir ce que les femmes, en tant que femmes, ont en commun. Il nous aide aussi à exposer les forces qui préservent ces modèles et celles qui les modifient. Mais qu’en est-il des différences fondamentales parmi les femmes, liées à la classe, à la race, à la culture, à l’âge, à l’état matrimonial, à l’orientation sexuelle et à l’emplacement géographique, ainsi que des variations dans les modèles se rapportant aux mêmes femmes à travers le temps? Ainsi, dans les vingt dernières années, de grandes variations sont survenues dans ce qui a été défini comme les fonctions de soins qu’assument les femmes. Nos grands-mères ne lavaient pas de cathéters, n’inséraient pas d’aiguille et n’ajustaient pas de masques à oxygène dans le cadre des soins qu’elles prodiguaient à la maison. Le « découpage » désigne une méthode d’examen de points de vue différents ou de perspectives de la même situation, et d’étude de la question et des preuves en vue de créer des tableaux multiples et complexes de personnes en particulier dans des endroits précis. Dans les analyses très révélatrices qu’a effectuées Miriam Glucksmann relativement au travail des femmes britanniques, elle parle de « découpage » pour examiner les diverses façons dont est réparti le travail au sein de ce qu’elle appelle l’« organisation sociale totale de la main-d’uvre »[2]. Le découpage d’une question relative au travail des femmes contribue à exposer la nature complexe et contradictoire de ce travail et les conceptions que nous en avons. Le découpage nous permet de voir qu’il y a très peu de choses qui soient naturelles dans le travail d’une femme en général, et dans son travail de soignante en particulier. Les soins qu’offrent les femmes ne peuvent être compris que dans le cadre de relations, de structures et de processus inégaux qui contribuent à faire des femmes les soignantes et à sousévaluer ce travail de prestation de soins. Le découpage part du principe que les contextes et les emplacements géographiques comptent. Il englobe les pressions considérables exercées par des forces hors du contrôle immédiat des femmes, ainsi que leur participation active au façonnement de leur propre vie. Il fait en sorte que certaines femmes rejettent la fonction de soignante tandis que d’autres l’embrassent. Dans nos lignes directrices, nous recommandons le regroupement et le découpage pour explorer ce qui est à la fois commun et différent aux femmes, ainsi qu’aux femmes à travers le temps, l’espace et les emplacements géographiques. Selon une deuxième ligne directrice, les analyses du travail des femmes devraient situer les femmes au sein de leur environnement général et de leur environnement spécifique. La mondialisation, les changements dans les modèles de société et la dépendance de plus en plus grande à l’égard des marchés, des collectivités et des familles pour fournir les soins constituent ensemble les contextes du travail des femmes. Ces contextes comportent aussi des notions sur ces éléments. Par exemple, les notions d’inévitabilité de la mondialisation et des changements dans les modèles de société du Canada nous distraient du fait que ces processus et changements découlent de décisions et de pratiques plutôt que de forces hors du contrôle de l’être humain. Les Canadiens déterminent encore bon nombre des conditions du travail et décident comment, quand et où les soins sont offerts. En fournissant des mesures de soutien, des avantages, des services et des règlements ou en ne les fournissant pas, les pratiques de la société déterminent les conditions liées aux soins au sein et en dehors de l’économie officielle. Les avantages et les conséquences négatives de ces décisions sont répartis inégalement entre les femmes et les hommes, de même que parmi les femmes. Au Canada, l’État fournit encore la plus grande partie du financement des soins rémunérés. Cependant, les mécanismes du marché devenus populaires auprès des gouvernements font de plus en plus partie du contexte de la vie des femmes et doivent être soigneusement examinés pour en cerner l’incidence sur les soins et la tâche des soignantes. Auparavant définis comme des biens publics surtout produits et distribués hors du marché, les services de santé sont de plus en plus définis comme des biens du marché. Qu’arrive-t-il lorsque des techniques à objectif lucratif sont appliquées aux services de soins? Par exemple, l’achat par les consommateurs signifie un achat inégal parce que le pouvoir du marché est fondé sur les ressources; par conséquent, l’inégalité entre les femmes et les hommes, ainsi qu’entre les femmes, se perpétue. Comment peut-on assurer la continuité des soins parmi les services si ces services se font concurrence et sont la propriété de sociétés à but lucratif qui traitent l’information comme des secrets commerciaux essentiels à la compétition? Les services qui ne seront pas rentables seront laissés aux personnes ou aux organismes caritatifs, qui devront les fournir. Nous devons nous demander où, quand et à quelles conditions les marchés sont appropriés et quelles est leurs répercussions sur les soins. « Le transfert des soins aux collectivités » signifie, le plus souvent, des soins aux familles et, au sein des familles, aux femmes. Mais le transfert des soins à la communauté pourrait saper ces collectivités et n’est pas nécessairement synonyme de plus grande participation ou de plus grand contrôle. Comme le dit Stacey Oliker, à la lumière de ses recherches sur l’aide sociale, « nous pourrions cerner des dommages aux réseaux et aux relations personnels, qui pourraient mettre en péril la capacité des familles d’offrir des soins. Les dommages peuvent prendre la forme d’un rétrécissement et d’une plus grande fragilité des réseaux, du remplacement du soutien aux soins par le soutien à la subsistance et d’un déclin des engagements communautaires à fournir les soins[3]. » Sans temps, sans espace, sans ressources économiques et autres appuis, toutes les collectivités pourraient être en péril. Par conséquent, la troisième ligne directrice est qu’il est nécessaire d’examiner les moyens par lesquels la mondialisation, les sociétés, les marchés, les collectivités et les ménages s’entremêlent et se structurent entre eux, chacun influençant le mode de fonctionnement des autres. Le flou des limites entre le travail rémunéré et bénévole et les secteurs public et privé de l’économie fait qu’il est plus difficile de percevoir les liens entre ces secteurs et plus difficile pour les femmes de tracer les limites relativement à leurs responsabilités et autour d’elles en matière de travail. Quatrièmement, des questions critiques doivent être posées pour définir qui paie les soins, quels sont les coûts et qui les assume. Certains coûts des soins sont de nature financière. D’autres sont des ressources de temps, des ressources d’ordre émotif et ou encore des ressources sociales et des occasions manquées. Ces coûts peuvent être principalement assumés par les personnes, les familles, les organismes communautaires ou les gouvernements. Parfois, ceux-ci se partagent les coûts, bien que rarement en proportions égales ou de manière similaire. Quelle que soit la répartition, la manière dont les coûts sont assumés et partagés comporte de grandes conséquences pour les femmes. Chaque méthode de financement a une incidence sur l’accès aux soins, la nature des soins et les coûts pour la personne soignante. Cinquièmement, il importe d’examiner des questions sur le temps et l’endroit où sont fournis les soins. Où, quand et combien de temps les soins sont-ils fournis? Si nous pensons à l’endroit où sont fournis les soins, nous pouvons voir, par exemple, qu’un bénéficiaire de soins peut considérer son domicile comme un lieu de quiétude et de confort. Pour la personne soignante et sa famille, cependant, le domicile peut être un lieu d’accueil des amis. Pour la personne soignante rémunérée, un lieu de travail devrait être ordonné d’une manière qui réponde à ses critères de prestation de soins. Chaque participant peut avoir des besoins différents et contradictoires en matière d’espace. Le temps interagit avec l’espace et, à l’instar de l’espace, il touche aussi les relations sociales. Lorsque le temps vaut de l’argent, les soins en tant que relations peuvent être sacrifiés : il peut, ou peut ne pas, y avoir le temps de serrer quelqu’un dans ses bras— composante rarement mesurée et pourtant essentielle des soins, tant pour la personne soignante que pour le bénéficiaire. La sixième ligne directrice est que la nature du pouvoir et les moyens d’accroître le contrôle qu’exercent les femmes lorsqu’elles fournissent et reçoivent des soins devraient être explorés. Le pouvoir concerne principalement l’accès aux ressources. Certaines de ces ressources sont d’ordre matériel, comme le revenu et les services, les médicaments et les couches. D’autres sont de nature politique, comme le droit de participer pleinement à la prise de décisions de façon à pouvoir influencer le cours des choses, ou le droit à l’équité salariale et d’autres mesures de protection de l’emploi, ou le droit à l’éducation et à l’information. Certaines sont de nature sociale, comme avoir le temps et l’espace pour voir des amis et se détendre. D’autres encore sont de nature symbolique, comme le fait que les soins soient reconnus comme du travail qui nécessite du temps, de l’espace, de l’argent, de la capacité physique, de l’engagement émotionnel et du soutien social. Plus les ressources sont distribuées par les mécanismes du marché, plus grandes sont les disparités dans les ressources et, partant, du pouvoir. Enfin, il faut comprendre que les soins sont l’objectif et non pas le problème. Les soins sont une relation plutôt qu’une simple tâche. Nous devons reconnaître les exigences conflictuelles et souvent contradictoires des demandes qui sont faites aux fournisseurs de soins et déterminer les moyens de composer avec elles pour que les femmes puissent exercer leur droit de prodiguer des soins de santé de façon à ce que leurs besoins et de leurs capacités soient pris en compte. Le présent document fait partie d’un programme
quinquennal de partenariat d’enquête et d’étude de cas intitulé « A Healthy Balance: A Community Alliance for Health Research on Women’s Unpaid Caregiving », dirigé
par le Centre d’excellence pour la santé des femmes de la
région de l’Atlantique et le Conseil consultatif sur la
condition féminine de la Nouvelle-Écosse. Pour obtenir un
exemplaire du rapport intégral intitulé Thinking It Through :
Women, Work and Caring in the New Millennium, il suffit
d’en faire la demande à l’adresse suivante : NOTES |
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