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Télécharger la version en format PDF (545 KB, 26 Pages) La sécurité et le principe de précaution Santé publique ou profit? Leçons du passé – les risques continuent
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Hormonothérapie : Leçons de protection de la santé tirées de la Women's Health Initiative Sharon Batt, Chaire d'Elisabeth May en environnement et santé des femmes du Centre d'excellence pour la santé des femmes, région de l'Atlantique, Université Dalhousie, et Action pour la protection de la santé des femmes
En juillet 2002, les chercheurs américains qui dirigent la Women's Health Initiative (WHI) ont interrompu un essai clinique d'envergure visant à évaluer l'hormonothérapie ménopausique. L'étude a révélé que, plutôt que de prévenir les maladies chez les femmes qui vieillissent, le médicament appelé Prempro (strogène et progestatif ), en fait, augmente le risque, pour les femmes, de maladie cardiaque (crises cardiaques, accidents cérébrovasculaires et caillots de sang) et de cancer du sein—les deux causes les plus communes de décès chez les femmes ménopausées[1]. L'hormonothérapie—des médicaments non sécuritaires déclarés comme pouvant prévenir les maladies chez les femmes—s'insère dans un modèle familier : de 1941 à 1971, le D.E.S. (diéthylstilbestrol), un médicament cancérigène, était prescrit aux femmes du Canada et des États-Unis pour prévenir les fausses couches; de nos jours, le raloxifène et le tamoxifène sont testés comme agents de prévention du cancer du sein en dépit de la formation de caillots de sang et de risques accrus de cancer de l'endomètre[2]. Sur une période de quelques décennies, les systèmes de réglementation des médicaments des deux pays ont permis à la mésinformation de se répandre et de se traduire en pratiques médicales dangereuses. Les médicaments préventifs sont différents de ceux qui sont prescrits pour le traitement; ils exigent un cadre de politique de protection de la santé plus rigoureux. Les leçons de la protection de la santé décrites dans le présent article sont tirées de la WHI—un essai clinique exemplaire pour étudier la prévention des maladies chez les femmes. Première leçon : La norme de sécurité, pour les
interventions préventives, doit être plus élevée que pour le
traitement des maladies. Deuxième leçon : La prévention des maladies exige un
modèle holistique de santé. Troisième leçon : Il est essentiel d'avoir les données des
essais cliniques à long terme avant que soient affirmées les
qualités préventives des médicaments, mais peu de
médicaments justifient un essai clinique pour en vérifier les
qualités préventives. Les forces du marché ne devraient pas
déterminer quel médicament doit subir ce genre de test. Les chercheurs principaux de la WHI soutiennent, de façon convaincante, que d'autres essais pour tester d'autres formules et doses d'strogène et de progestatif seraient à la fois contraires à l'éthique et une mauvaise utilisation de l'argent des contribuables parce que rien ne porte à croire que les formules d'hormonothérapie puissent avoir des résultats différents. De même, il n'y a aucune raison de tester les hormonothérapies pour la prévention de maladies cardiaques chez les femmes âgées entre 50 à 59 ans; un tiers des volontaires de la WHI étaient de cette catégorie d'âge, et ce sont elles qui affichaient le plus haut risque d'accident cérébrovasculaire[5]. Les stratégies classiques de santé publique—air et eaux purs, aliments nutritifs, habitations adéquates et milieux de travail sécuritaires—préviennent de nombreuses maladies et n'en causent aucune. Très peu de médicaments répondent aux rigoureuses exigences de la santé publique : les vaccins contre les maladies infantiles courantes, les anticoagulants pour prévenir la formation de caillots de sang pendant les interventions chirurgicales et le Pepto-Bismol contre la diarrhée, pour les voyageurs, sont des exceptions à la règle. Quatrième leçon : Réduire l'influence persuasive de
l'industrie qui contribue à une promotion irresponsable des
médicaments et à leur prescription à des fins non indiquées. Le nouveau médicament contrait le risque accru de cancer de l'endomètre, mais ne faisait rien pour ralentir les allégations débridées de présumés avantages préventifs du THS. Des articles intitulés, par exemple, « Traitement hormonal substitutif pour toutes? La prescription universelle est-elle souhaitable »[7] étaient publiés dans des revues médicales respectées, et des organisations d'obstétriciens-gynécologues recommandaient que toutes les femmes ménopausées suivent un traitement hormonal de substitution pour prévenir les maladies. Des conflits d'intérêts nuisent généralement aux pratiques de prescription des médecins; cependant, les médicaments préventifs sont des candidats particulièrement attrayants pour le phénomène appelé la médicalisation de la santé. Cinquième leçon : Prendre des mesures de réglementation
pour réduire la médicalisation de conditions normales
comme la ménopause. À la suite de l'annonce des résultats de l'étude de la WHI, l'US Food and Drug Administration (FDA) a officiellement adopté l'expression “menopausal hormone therapy”, ou « hormonothérapie ménopausique » pour remplacer celle de traitement hormonal de substitution. Ce changement indique que l'hormonothérapie devrait être envisagée avec prudence et seulement pour le soulagement à court terme des symptômes de la ménopause. Sixième leçon : Recenser et réduire l'utilisation des
médicaments à des fins non indiquées à l'exception du
traitement indiqué pour ces mêmes produits. Septième leçon : Appuyer les efforts d'organismes
indépendants de l'industrie et réduire l'influence de
groupes et d'individus financés par des compagnies dont ils
font la promotion des produits. Les groupes d'intérêt public indépendants du Canada et de l'étranger sont parmi les quelques voix qui s'opposent au système dirigé par l'industrie d'éducation des médecins et de recherche clinique, et aux affirmations exagérées sur les avantages des médicaments dans la publicité directe. Cependant, les politiques du Canada contraignent la participation du public dans la formation des politiques sur les médicaments par l'intermédiaire de lois fiscales qui limitent les pressions que peuvent exercer les groupes sans but lucratif et du maintien du secret dans le processus de réglementation des médicaments. Conclusion NOTES [1] Groupe de rédaction des chercheurs de la Women's Health Initiative, "Risks and benefits of estrogen plus progestin in healthy postmenopausal women. Principal results from the Women's Health Initiative randomized control trial", Journal of the American Medical Association, vol. 288, no 3, p. 321-333. [2] B. Fisher, J. P. Costantino et coll. "Tamoxifen for Prevention of Breast Cancer: Report of the National Surgical Adjuvent Breast and Bowel Project P-1 Study", Journal of the National Cancer Institute, vol. 90, 1998, p. 1371-1388. [3] Scientific Workshop on Menopausal Hormone Therapy, séance de discussion ouverte, Bethesda, Maryland, 23 octobre 2002. [4] Atelier scientifique sur l'hormonothérapie ménopausique, 2002. [5] M. Limacher, "WHI Data: Risk of Cardiovascular Disease and Stroke", exposé d'un atelier scientifique sur l'hormonothérapie ménopausique, Bethesda, 23 octobre 2002. [7] National Women's Health Network (NWHN), The Truth About Hormone Replacement Therapy, Roseville (Calif.), Prima, 2002, p. 25-26. |
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