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Télécharger la version en format PDF (545 KB, 26 Pages) La sécurité et le principe de précaution Santé publique ou profit? Leçons du passé – les risques continuent
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Publicité directe aux consommateurs des médicaments d'ordonnance – Quel que soit le problème, il y a toujours la solution du comprimé Barbara Mintzes, Centre for Health Services and Policy Research, University of British Columbia, et Action pour la protection de la santé des femmes
Une affiche publicitaire, dans un abri d'autobus, montre une jolie jeune femme à la peau tannée, et porte la légende “A lesson in first impressions Always leave something to the imagination. Be mysterious.” [Une leçon en première impression Laissez toujours quelque chose à l'imagination. Cultivez le mystère]. Alesse est le nom du médicament imprimé au bas de l'affiche, avec l'illustration d'un paquet de 21 contraceptifs oraux. Une publicité télévisée pour un médicament hormonal contre l'acné montre de jeunes filles à la peau superbe dansant sur une musique populaire et se lissant la peau devant un miroir. La publicité se termine sur le nom d'un médicament, Diane-35. Ce sont là des publicités récentes pour des médicaments d'ordonnance. Les messages varient, mais visent tous les femmes et fournissent des conseils sur les rôles assignés à chacun des sexes : prenez des médicaments pour éliminer les imperfections, ou soyez « mystérieuse », c'est-à-dire assumez discrètement et seule la responsabilité de la contraception. La publicité des médicaments d'ordonnance
au public La publicité directe n'est pas autorisée, actuellement, par la Loi sur les aliments et drogues du Canada, à l'exception « du nom, du prix et de la quantité », selon une modification effectuée en 1978 pour permettre la publicité de comparaison des prix. Toutefois, le gouvernement fédéral envisage d'apporter des modifications législatives pour permettre la publicité directe, et les Canadiens et les Canadiennes sont de plus en plus exposés à la publicité outre-frontières provenant des États-Unis, ainsi qu'aux publicités canadiennes d'une légalité douteuse, comme celles qui sont décrites au premier paragraphe. Le Canada n'est pas seul à revoir ses lois : l'Australie, l'Union européenne et l'Afrique du Sud ont aussi envisagé des changements. La publicité directe prête à la controverse, à propos des nombreuses affirmations qui sont faites sur les avantages et les effets nuisibles. Les promoteurs de cette forme de publicité soutiennent qu'elle éduque et habilite les patients, accroît la conformité et favorise un usage plus précoce des médicaments, une meilleure santé et une diminution des séjours à l'hôpital. Les critiques font état de préoccupations selon lesquelles elle stimule une consommation inutile et inappropriée de médicaments, elle s'ingère dans les relations entre les médecins et leurs patients et fait croître les coûts des médicaments. Que savons-nous des effets de la publicité directe? Un sondage de la FDA demandait des renseignements aux médecins sur le dernier patient qui avait demandé un médicament faisant l'objet de publicité[4]. Plus d'un quart d'entre eux avaient ressenti quelque pression ou une forte pression pour prescrire ces médicaments, et moins de la moitié ont déclaré ne pas subir de pressions. Dans une autre étude de près de 1 400 consultations dans des cabinets de médecine familiale de Vancouver et de Sacramento, les trois quarts des patients qui demandaient un médicament annoncé recevaient une ordonnance, même si les médecins jugeaient que ces médicaments n'étaient un choix « très probable » de traitement d'autres patients que la moitié du temps[5]. Tant aux États-Unis qu'en Nouvelle-Zélande, les infractions aux règlements sont chose courante, principalement en raison de la diffusion insuffisante d'information sur les risques[6]. Plus de 90 campagnes de publicité directe aux États-Unis ont été jugées en infraction avec les lois américaines entre 1997 et 2001, et la récidive était fréquente[7]. Un examen sur dix ans des publicités diffusées dans 18 grands magazines américains a révélé que la plupart des publicités omettaient des renseignements importants nécessaires pour faire un choix éclairé en matière de santé. Neuf publicités sur dix n'indiquaient pas les probabilités de succès du traitement et sept sur dix ne faisaient aucune allusion à d'autres traitements possibles[8]. Une étude effectuée en 1998 et 1999 a conclu que près de neuf publicités sur dix ne décrivaient les avantages des médicaments qu'en termes vagues et émotifs[9] et que près d'un quart offrait des incitatifs financiers, comme des essais gratuits. Dans les publicités axées sur un sexe, les femmes sont deux fois plus ciblées que les hommes[10], et le contenu de publicité directe est plus élevé dans les revues féminines[11]. Environ 40 p. 100 de la dépense sur la publicité directe ne porte que sur une dizaine de produits chaque année[12]. Ce sont généralement de nouveaux médicaments onéreux destinés à une consommation à long terme par un vaste public cible. Le choix relève d'une décision de marketing. Les médicaments contre la calvitie, l'écoulement nasal et les champignons aux ongles d'orteils font l'objet d'un fort battage publicitaire, qu'il s'agisse ou non de préoccupations pressantes du public relativement à la santé. On en sait très peu sur les risques à plus long terme ou moins courants des médicaments plus récents, ce qui soulève des questions sur les répercussions sur la santé publique de la stimulation d'une consommation à grande échelle. Plusieurs médicaments qui ont, par la suite, été retirés du marché pour des raisons de sécurité, avaient fait l'objet de publicité auprès du public américain, notamment le médicament pour diabétiques Rezulin, qui est soupçonné d'avoir provoqué près de 400 décès avant son retrait du marché, en mars 2000[13]. Les médicaments annoncés sont liés à l'augmentation en flèche des coûts des médicaments aux États-Unis. Les 25 médicaments dont le budget de publicité a été le plus élevé en 1999 comptaient pour plus de 40 p. 100 de l'augmentation de 17,7 milliards de dollars américains de la dépense en médicaments en 1999 comparativement à 1998[14]. En résumé, des preuves existent pour démontrer que la publicité directe a une incidence sur le comportement des patients, les décisions en matière de prescription et les coûts des médicaments. La valeur éducative de la publicité directe ne suffit pas pour faire un choix éclairé mais les médecins, généralement, prescrivent un médicament si leur patient le leur demande. Aucune recherche n'a été faite sur les effets sur la santé et sur les taux d'hospitalisation, de maladies graves ou de mortalité. Pas de nouvelles lois, mais un changement radical
des politiques Action pour la protection de la santé des femmes a déposé une plainte contre Alesse, un contraceptif oral, en mai 2000. En novembre 2000, Santé Canada diffusait un document de politique en réponse à cette plainte, disant qu'il était illégal de diffuser deux publicités similaires, dont l'une indique le nom du médicament et l'autre traite de son utilité, dans le même média[15]. Ce document laisse entendre qu'il est légal de faire la publicité seulement du nom du médicament (des annonces de « rappel ») ou de l'utilisation approuvée (annonces de « recherche d'aide »), mais pas les deux. La justification donnée est la disposition de 1978 sur la publicité des prix. Cela ne respecte ni les objectifs de santé publique de l'interdiction de la publicité de médicaments d'ordonnance au public, ni la disposition de 1978, qui interdit toute représentation autre que le nom, le prix et la quantité. Certaines des campagnes de publicité directe les plus flagrantes ciblent les jeunes femmes. En mars 2001, Action pour la protection de la santé des femmes a déposé une autre plainte au sujet des annonces de Diane-35, un médicament approuvé en 1998 au Canada pour le traitement de l'acné grave. Ce médicament a été utilisé comme contraceptif en Europe, mais son usage a été limité au traitement de l'acné en 1995 en raison de sa toxicité pour le foie[16]. La Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et le Canada ont diffusé des avertissements sur les risques de formation de caillots de sang potentiellement fatals[17]. Santé Canada ne nous a pas informés des mesures prises en réponse à cette plainte, à part qu'un autre service a été saisi du dossier. Les publicités, qui ciblaient les adolescentes, étaient encore diffusées plusieurs mois plus tard, et le médicament est de plus en plus souvent prescrit comme contraceptif. Les débats sur la publicité directe au Canada tendent à être centrés sur la question de savoir s'il convient de permettre une publicité directe débridée, de type américain, plutôt que sur l'application de la Loi actuelle. Si la Loi comporte des lacunes qui n'ont aucun sens du point de vue de la santé publique, nous devons la modifier pour clarifier son libellé. Il nous faut aussi des procédures imputables d'application de la loi, dont une surveillance active et des amendes et des peines de plus en plus sévères pour prévenir la récidive. La publicité directe diffuse un message ferme : quel que soit le problème, même s'il n'est que superficiel, il y a toujours la solution du comprimé. Le public canadien a besoin d'avoir accès à des renseignements à jour, exacts et comparatifs sur tous les choix de traitement, avec ou sans médicaments, quels qu'en soient les intérêts matériels directs. La publicité vise à vendre un produit et transmet un message très différent. Action pour la protection de la santé des femmes NOTES [1] M. B. Rosenthal et coll., “Promotion of prescription drugs to consumers”, New England Journal of Medicine, vol. 46, 2002, p. 498-505. [2] J. Heinrich, US Prescription Drugs. FDA Oversight to direct-to-consumer advertising has limitations. Report to Congressional Requesters, US General Accounting Office, GAO-03-177, octobre 2002. [3] “Consumer and Physician Attitudes Towards Direct-to-Consumer Advertising”, Time Inc., août 1998; E. Slaughter et M. Schumacher, “Prevention's International Survey on Wellness and Consumer Reactions to DTC Advertising of Rx Drugs”, Prevention Magazine, Rodale Press, 2000-2001. [4] K. Aikin, USA FDA, Division of Drug Marketing, Advertising and Communication. “Direct-to-consumer advertising of prescription drugs: Physician survey preliminary results”, 13 janvier 2002. Référence Web : http://www.fda.gov/cder/ddmac/globalsummit2003/index.htm. [5] B. Mintzes et coll., “Influence of direct to consumer pharmaceutical advertising and patients' requests on prescribing decisions: two site cross sectional survey”, British Medical Journal, vol. 324, 2002, p. 278-279. [6] C. Koerner, USA FDA, Division of Drug Marketing, Advertising and Communications, “The Regulation of Direct-to-Consumer Promotion of Prescription Drugs”, exposé lors de l'Atelier de consultation multilatérale de Santé Canada sur la Publicité directe des médicaments d'ordonnance (PDMO) auprès des consommateurs, Aylmer (Québec), 13 avril 1999; P. Pratt, “Assessment of Regulatory Compliance for Medicines Advertised Direct to Consumer”, Medsafe, Wellington, ministère de la Santé de la Nouvelle-Zélande, 2000. [8] R. A. Bell et coll., “The educational value of consumer-targeted prescription drug print advertising”, Journal of Family Practice, vol. 49, 2002, p. 1092-1098. [9] S. Woloshin et coll., “Direct-to-consumer advertisements for prescription drugs: what are Americans being sold?”, Lancet, vol. 358, 2001, p. 1141-1146. [10] R. A. Bell et coll., “Direct-to-consumer prescription drug advertising 1989-1998. A content analysis of conditions, targets, inducements and appeals”, Journal of Family Practice, vol. 49, 2000, p. 329-335. [11] S. Woloshin et coll., 2001. [12] S. Findlay, Prescription drugs and mass media advertising, Washington, National Institute of Health Care Management, septembre 2000. Référence Web : http://www.nihcm.org. [13] D. Willman, “FDA: How a new policy led to seven deadly drugs”, Los Angeles Times, 20 décembre 2000. Référence Web : http://www.latimes/news/nation/reports/fda/lat_fda001220.htm [15] L. B. Rowsell, « Énoncé de politique. Compagnes de publicité comprenant des messages avec ou sans mention de marque », Direction des produits thérapeutiques, Santé Canada, novembre 2000. Référence Web : http://www.hc-sc.gc.ca/hpb-dgps/therapeut/zfiles/french/policy/issued/adv_campaign_f.html. [16] “Cyproterone acetate: further restrictive action. Current problems in pharmacovigilance”, WHO Pharmaceuticals Newsletter, numéro 4, 1995; “Report of Committee for Proprietary Medicinal Products, European Commission. Pharmacovigilance opinion No 19: cyproterone acetate”, réunion des 13 et 14 décembre 1994. [17] New Zealand Ministry of Health. Lettre aux médecins, sage-femmes et pharmaciens sur le VTE avec OC contenant du cyprotérone. Mars 2002. Référence Web : www.medsafe.govt.nz/Profs/PUarticles/CPAletter.htm; Direction des produits thérapeutiques, Santé Canada, « Problèmes importants concernant l'innocuité du produit Diane-35 », 23 décembre 2002. Référence Web : http://www.hc-sc.gc.ca/hpb-dgps/therapeut/htmlfrn/adviss_tpd_bgtd_f.html. |
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