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Télécharger la version en format PDF (545 KB, 26 Pages) La sécurité et le principe de précaution Santé publique ou profit? Leçons du passé – les risques continuent
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Communication sur les risques environnementaux et l'allaitement des nourrissons Penny Van Esterik, professeure, Département d'anthropologie, Université York, World Alliance for Breastfeeding Action (WABA), Réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu
L'allaitement au sein, selon la manière dont le présentent les médias, est à la fois quelque chose de sexy et d'émotionnel. Parfois, ils chantent les louanges des avantages bien documentés de l'allaitement. Cependant, sur le sujet des produits toxiques pour l'environnement que contient le lait maternel, les journaux et la télévision exagèrent souvent l'ampleur du danger. « Les bébés risquent d'être empoisonnés par le lait maternel », « Les chercheurs trouvent des toxines mortelles dans le lait maternel » sont des titres vedettes courants sur le sujet[1]. Les comptes rendus des médias mettent rarement l'accent sur le fait que ce ne sont pas les mères qui empoisonnent leurs bébés, mais les compagnies de produits chimiques et des processus industriels reconnaissables. Elles sont rarement citées, ces études selon lesquelles les niveaux de toxines trouvés dans le lait maternel sont en baisse[2]. Les comptes rendus des médias ont une incidence directe sur les politiques et sur l'allaitement maternel. Dans un article du Bangladesh Observer, on affirme qu' « avec les nouvelles données sur les risques de l'allaitement et le lien entre les dioxines et le cancer, il conviendrait peut-être de revoir notre position en matière d'encouragement à l'allaitement[3]». Le Bangladesh affiche un taux de mortalité infantile de 69,68 sur 1 000 naissances vivantes[4]; toute baisse de l'allaitement pousserait fortement ce chiffre à la hausse. Les rapports indiquant la présence de toxines dans le lait des femmes inuites du Canada ont semé frayeur et désespoir chez certaines femmes. Une mère a décidé de cesser d'allaiter son enfant dans l'espoir de protéger ainsi son nourrisson; après plusieurs semaines à consommer des biberons d'un mélange d'eau et de Coffee Mate, l'enfant a dû être hospitalisé[5]. Les médias parlent rarement des risques que présentent les préparations lactées pour nourrissons, qui sont commercialisées comme le meilleur substitut qui soit au lait maternel. Des données cliniques de recherches médicales démontrent qu'il y a lieu de s'inquiéter, notamment, pour n'en donner qu'un exemple, des dangers que présentent les nitrates que contient l'eau utilisée pour reconstituer la formule lactée[6]. Devant les intérêts commerciaux qui sont avantagés par les doutes jetés sur la valeur de l'allaitement maternel, il est essentiel que soient diffusés des comptes rendus exacts des risques et des avantages de toutes les formes d'alimentation des nourrissons. Pour déterminer le sens réel des preuves de plus en plus nombreuses et, souvent, contradictoires sur l'allaitement maternel et les toxines environnementales et dans le but de savoir quels messages devraient être communiqués aux femmes relativement à ces preuves, j'ai examiné des ouvrages médicaux et de sciences sociales, ainsi que des documents de discussion sur le sujet. Selon les recherches scientifiques, tout d'abord, tout le monde, et non pas seulement les femmes, portent en soi la charge de produits chimiques toxiques. Tous les bébés, et non pas seulement ceux qui sont allaités, sont exposés avant et après la naissance. Le lait maternel est souvent utilisé par les chercheurs médicaux pour jauger l'exposition des humains aux toxines environnementales, non pas parce qu'il est « plus toxique » que d'autres substances comme l'urine ou le sang, mais parce que la matière grasse du lait maternel est plus facilement obtenu, et à moindre coût, pour les essais[7] et parce que les « polluants liposolubles sont susceptibles d'être trouvés en plus fortes concentrations dans le lait que dans le sang ou l'urine[8] ». Certaines des études les plus exhaustives des contaminants toxiques que contient le lait maternel ont été réalisées aux Pays-Bas, dont la population a été exposée à la plus forte concentration de pollution industrielle qu'il y ait eu en Europe[9]. Les travaux de Rogan et de ses collaborateurs en Caroline du Nord représentent un deuxième ensemble d'études exhaustives[10]. Des BPC, des dioxines, des pesticides, des phthalates et des métaux lourds ont été trouvés dans des échantillons de lait de certaines femmes. Les effets à long terme de la contamination ne sont pas encore connus, mais les données recueillies donnent à penser qu'aucun effet nuisible sur la croissance et aucune occurrence de maladie dans la première année ne peuvent être attribués à la présence de ces produits chimiques dans le lait humain, à l'exception des cas de contamination extrême comme ceux de déversements industriels accidentels. L'un des textes qui fait le plus autorité sur le sujet, Chemical Compounds in Human Milk, présente la conclusion suivante : « Quasiment tous les comités nationaux et internationaux ont, jusqu'ici, conclu— d'après les données disponibles—que les avantages de l'allaitement maternel l'emportent sur les risques possibles que pourraient présenter les contaminants présents dans le lait humain à des niveaux normaux[11] ». Comment des données précises sur les risques et l'alimentation des nourrissons pourraient-elles être transmises aux médias et aux femmes allaitantes? En situant l'enjeu dans un contexte environnemental plus vaste. Les principes dont la liste suit pourraient constituer des lignes directrices pour les coalitions de défenseurs de l'allaitement maternel, les défenseurs de la santé et les environnementalistes qui veulent collaborer pour diffuser des messages clairs et exacts au public :
Les femmes ont le droit de savoir que le lait qu'elles produisent est tout ce qu'il peut y avoir de plus pur. Ce n'est qu'avec la réduction de la pollution de l'environnement que ce droit peut devenir réalité. Le livre de Penny Van Esterik, Risks, Rights and Regulation: Communicating about Risks and Infant Feeding (2002), peut être obtenu auprès de la World Alliance for Breastfeeding Action (courriel : secre@waba.po.my) et en ligne, en tant que document de discussion, à l'adresse : Réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu NOTES [1] La Geneva Infant Feeding Association a recueilli des titres vedettes de journaux nord-américains et européens de 1980 à 2000. [2] Les niveaux de toxines dans le lait maternel des Européennes ont chuté d'environ 35 p. 100 entre 1988 et 1994. World Alliance for Breastfeeding Action, Breastfeeding: Nature's Way (brochure), Penang (Malaysie), 1997. [3] Bangladesh Observer, 13 septembre 1989. [4] M. R. Dowling, “The Interactive Table of World Nations and Infant Mortality”, 2000. Référence Web : http://www.mrdowling.com/800infantmortality.html [5] T. Colborn, D. Dumanoski et J. Myers, Our Stolen Future, New York, Plume, 1996, p. 108. [6] Lietuvos rytas (Lituanie), 14 novembre 2001. [7] A. Jensen et S. Slorach, Chemical Contaminants in Human Milk, Boca Raton, CRC Press, Inc., 1991, p. 22. [8] E. Pellizzari et coll., “Purgeable organic compounds in mother's milk”, Bulletin of Environmental Contamination and Toxicology, vol. 28, 1982, p. 322-328. [9] Par exemple : C. Koopman-Esseboom et coll., “Effects of polychlorinated biphenyl/dioxin exposure and feeding type on infants' mental and psychomotor development”, Pediatrics, 1996-1997, p. 700-706; M. Huisman et coll., “Neurological condition in 18-month-old children perinatally exposed to polychlorinated biphenyls and dioxins”, Early Human Development, vol. 43, 1995, p. 165-176; Weisglas-Kuperus et coll., “Immunologic effects of background exposure to polychlorinated biphenyls and dioxins in Dutch preschool children”, Environmental Health Perspectives, vol. 108, 2000, p. 1203-1207; Women in Europe for a Common Future (WECF), “Women and POPs: Women's View and Role Regarding the Elimination of POPs”, Report on the Activities of the IPEN's Women's Group, Utrecht, Pays-Bas, 1999, p. 11-12. [10] W. Rogan, “Pollutants in breast milk”, Archives of Pediatric and Adolescent Medicine, vol. 150, 1996, p. 981-990. [11] Jensen et Slorach, 1991, p. 246. |
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