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Télécharger la version en format PDF (545 KB, 26 Pages) La sécurité et le principe de précaution Santé publique ou profit? Leçons du passé – les risques continuent
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Au-delà du D.E.S – Les hormones dans l'environnement Le présent article s'inspire d'extraits de Alerte à la pollution hormonale: Protégeons notre santé à long terme en protégeant l'environnement par Ellen Reynolds, D.E.S. Action Canada
L'exposition au D.E.S. (le diéthylstilbestrol) est souvent perçue comme un problème de santé unique aux femmes qui ont été exposées à ce médicament, qui n'est même plus pertinent. La vérité est toute autre. L'exposition au D.E.S. et l'exposition à long terme à n'importe quelle hormone synthétique touche une bien plus vaste partie de la population que seulement celle qui a été exposée au D.E.S.. De fait, l'intégralité de la population est exposée aux hormones synthétiques comme le D.E.S., par des sources telles que la pollution chimique, les médicaments, les produits plastiques, les peintures et les pesticides sur les aliments. Bon nombre de produits chimiques synthétiques qui sont dans l'environnement sont nocifs pour notre santé. Certains sont appelés des « imposteurs hormonaux ou endocriniens » et ont des effets semblables à ceux de l'strogène synthétique comme le D.E.S.. Des preuves convaincantes ont été recueillies sur les effets de ces substances, mais de nombreuses questions sont encore sans réponse[1]. En servant de « modèle d'effet sur les humains », la population exposée au D.E.S. nous permet de constater les effets potentiels de l'exposition à long terme aux hormones synthétiques sur l'intégralité de la population et de suggérer des réponses à bon nombre de ces questions. Les études sur les animaux établissant un lien entre le D.E.S. et l'exposition aux strogènes et le cancer remontent aussi loin que 1963[2]. Selon la croyance dominante à l'époque, cependant, les effets recensés dans le cadre d'études sur les animaux ne touchaient pas la population humaine. Lorsque le cancer s'est finalement manifesté chez les filles de femmes qui avaient pris du D.E.S., il était évident que les études sur les animaux avaient effectivement prédit ces changements cancéreux beaucoup plus tôt. Depuis longtemps, on croyait à tort que la barrière placentaire protégeait l'embryon et le ftus et que seule la radiation pouvait franchir cette barrière. Le D.E.S. et la thalidomide ont révélé l'erreur de cette théorie. Dans les deux cas, le moment de la consommation du médicament était un facteur crucial. Certaines femmes n'ont pris que de faibles doses (deux ou trois comprimés) de thalidomide au cours de la cinquième à la huitième semaine de la grossesse, période cruciale de développement des bras et des jambes du ftus. La plupart de leurs enfants sont nés avec des difformités des membres ou sans membres. De nombreuses femmes à qui le D.E.S. avait été prescrit n'en ont pris qu'une faible quantité pendant une période critique de développement de l'appareil génital du ftus. Les enfants exposés à ce médicament in utero avant la 10e semaine de grossesse ont eu des difformités structurelles, et les filles ont un risque plus élevé de développer un cancer du vagin. La tragédie du D.E.S. enseigne une leçon unique sur les effets à long terme. Les effets à retardement, et souvent cachés, de l'exposition au D.E.S. illustrent clairement la nécessité de faire des tests exhaustifs visant à confirmer l'innocuité et l'efficacité à long terme des médicaments d'ordonnance. Ces effets révèlent aussi des liens entre la maladie et l'exposition à long terme aux hormones synthétiques environnementales ou aux imposteurs endocriniens. Les imposteurs endocriniens: que sont-ils? Les perturbateurs endocriniens englobent bon nombre des produits chimiques utilisés dans la production de plastiques, de pesticides et de pâtes et papiers. Ce sont aussi des sous-produits non intentionnels dérivés des processus industriels ou de l'incinération à des lieux d'enfouissement ou des dépotoirs de déchets toxiques. Les imposteurs endocriniens sont trouvés dans l'air, l'eau et la terre et ils s'accumulent dans les tissus adipeux de la faune et des humains. De la liste des imposteurs endocriniens connus, les 12 principaux, appelés des polluants organiques persistants, ou POP, ont été reconnus par le Programme des Nations Unies pour l'environnement comme extrêmement toxiques et sont actuellement la cible de réductions et d'élimination à l'échelle internationale[4]. De très faibles niveaux de ces substances toxiques peuvent déclencher des changements radicaux pouvant mener au cancer, à des troubles du système nerveux, du système immunitaire et de l'appareil génital, particulièrement chez les ftus et les jeunes enfants. Les POP se « bioaccumulent » et leur concentration croît au fur et à mesure qu'ils remontent la chaîne alimentaire. Les imposteurs endocriniens s'interposent au système endocrinien de diverses façons, en provoquant généralement une hausse ou une baisse des taux normaux d'hormones dans la circulation sanguine. Ils peuvent copier ou bloquer les hormones comme l'strogène (l'hormone femelle) et l'androgène (l'hormone mâle) ou nuire à d'autres manières, notamment en touchant la fonction thyroïdienne. Au bout du compte se retrouve un mécanisme qui brouille les messages chimiques (les hormones) et provoque toute une gamme de troubles de la santé. Généralement, les effets sur la faune comprennent la féminisation des mâles, la masculinisation des femelles, des difformités des organes génitaux, une glande thyroïde hypertrophiée, des anomalies congénitales, des changements du comportement, un système immunitaire affaibli et une vulnérabilité accrue à la maladie, dont le cancer. Les effets les plus prononcés sur la faune sont observés chez les prédateurs en bout de chaîne, en raison de la bioaccumulation, ce qui, bien entendu, est très préoccupant pour les humains puisque nous sommes à l'extrémité de la chaîne alimentaire. L'étude de ces effets sur les humains est rendue extrêmement difficile dans un environnement saturé par les hormones naturelles de nos corps et les hormones synthétiques des produits chimiques et des médicaments. Voici un autre problème : il n'existe pas de « groupe de contrôle » ou de groupe non exposé pouvant servir de point de référence—tout le monde, sur la planète, est exposé aux imposteurs endocriniens. C'est pourquoi il est extrêmement peu probable que les chercheurs scientifiques puissent un jour prouver scientifiquement le lien exact entre les imposteurs endocriniens dans l'environnement et leurs effets précis sur les humains. Certains imposteurs endocriniens ont un effet nuisible à très faible dose alors que d'autres n'ont aucun effet apparent à plus fortes doses. La raison de cela est le choix du moment : en perturbant une séquence hormonale naturelle à des moments critiques du développement, les imposteurs endocriniens peuvent potentiellement modifier le progrès du développement et avoir des conséquences radicales durant toute la vie. Un lien a été établi entre certains cancers liés aux hormones et les imposteurs endocriniens : le cancer de la prostate (une hausse de 126 p. 100 entre 1973 et 1991 aux États-Unis), le cancer du sein (1 femme sur 9 aura un cancer du sein dans sa vie en Amérique du Nord), le cancer utérin, le cancer ovarien et le cancer des testicules[5]. De plus, l'incidence du lymphome non hodgkinien, un cancer qui peut se manifester n'importe où dans le corps, a presque triplé depuis les années 50 et apparaissent dans les régions de forte utilisation d'herbicides, puisqu'ils affectent les agriculteurs, les applicateurs d'herbicides et les superviseurs de terrains de golf[6]. Les imposteurs endocriniens constituent la cause soupçonnée de nombreux problèmes liés à la fertilité et au système reproducteur féminin. Les problèmes d'infertilité, de grossesses ectopiques, de fausses couches, d'endométriose et de lactation impossible ont tous été reliés à l'exposition aux imposteurs endocriniens dans les études sur les animaux. L'endométriose, une maladie de l'appareil reproducteur qui se caractérise par la croissance de cellules endométriales hors de l'utérus, a aussi été liée aux imposteurs endocriniens. Le principe de précaution Pour les personnes qui ont été exposées au D.E.S., de nombreuses questions restent encore au sujet de l'exposition continue à des strogènes synthétiques ou d'autres hormones synthétiques. Par exemple, on ne sait pas comment les filles de mères ayant consommé du D.E.S. réagissent aux contraceptifs oraux ou injectables, aux inducteurs de l'ovulation ou au traitement hormonal substitutif. C'est pourquoi les spécialistes suggèrent qu'il vaudrait peut-être mieux, autant que possible, éviter de s'exposer encore aux hormones synthétique. À la lumière de l'expérience de la population exposée au D.E.S. et des effets nocifs de ce médicament approuvé par le gouvernement, les responsables de la réglementation des médicaments devraient appliquer le principe de précaution aux essais visant à confirmer l'innocuité à long terme des médicaments, et les gouvernements devraient l'appliquer à la réglementation des hormones synthétiques dans l'environnement. Alerte à la pollution hormonale: Protégeons notre santé à long terme en protégeant l'environnement a paru pour la première fois sous la forme d'une trousse de ressource d'éducation du public contenant dix feuillets d'information. Il a aussi été reproduit en partie dans le Bulletin D.E.S Action Canada, numéro 65, du printemps 2001. Les deux documents peuvent être obtenus auprès de D.E.S. Action Canada, situé au 5890, av. Monkland, bureau 203, Montréal (Québec) H4A 1G2, numéro sans frais 1 800 482-1-DES, http://www.web.net/~desact. NOTES [1] Pour obtenir plus de détails sur le sujet, voir T. Colborn, D. Dumanoski et J. P. Myers, Our Stolen Future, New York, Dutton, 1996. [2] T. Dunn et A. Green, “Cysts of the epididymis, cancer of the cervix, granular cell myoblastoma, and other lesions after estrogen injection in newborn mice”, Journal of the National Cancer Institute, vol. 31, 1963, p. 425-438. [3] Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), 1998. [5] S. S. Epstein, The Politics of Cancer Revisited, East Ridge Press USA, 1998. [6] S. Steingraber, Living Downstream: An Ecologist Looks at Cancer and the Environment, New York, Addison-Wesley, 1997, p. 52-53. |
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