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Bulletin de recherche: La santé mentale et de l'accoutumance chez les femmes, Printempts 2006, volume 5, numéro 1

La santé mentale et l’accoutumance chez les femmes Fusions et acquisitions : Comment les adapter aux femmes


Les femmes et les jeunes filles ont toujours été confrontées à des problèmes propres au sexe et au genre sur les plans de la santé mentale, de la consommation de drogues et d’alcool et de la toxicomanie. Au fil des ans, on a grandement ignoré ces questions, en partie parce que le traitement et la recherche se sont souvent concentrés sur les hommes ou que, dans certains cas, ces problèmes se sont manifestés plus souvent ou ont entraîné des effets plus importants chez les hommes. Toutefois, dans le cadre de plusieurs études de recherche et initiatives stratégiques réalisées récemment au Canada, on a commencé à s’intéresser aux différences entre les réactions des femmes et celles des hommes en ce qui concerne la maladie mentale, la consommation de drogues et d’alcool et la toxicomanie.

On sait très bien qu’il y a une plus grande prévalence de certaines maladies mentales chez les femmes, que les femmes utilisent les services de santé mentale plus souvent que les hommes et que les femmes aimeraient disposer d’une gamme plus étendue de traitements et de choix de soutien que ceux qui sont disponibles à l’heure actuelle. Les femmes ayant un problème de consommation de drogues ou d’alcool ou des troubles concomitants ont souvent des préoccupations ou des besoins différents de ceux des hommes. Cela va dans le sens des différences biologiques entre les femmes et les hommes et des différents rôles sociaux que les hommes et les femmes continuent d’assumer. Par exemple, étant donné que les femmes, en moyenne, sont de plus petite taille que les hommes et ont un taux de masse grasse plus élevé et qu’elles présentent des mécanismes métaboliques différents, une moins grande quantité de substance est souvent nécessaire afin de produire des effets sur l’organisme des jeunes filles et des femmes. Pour ce qui est des rôles sociaux, les femmes assument la plus grande responsabilité vis‑à-vis des enfants, ce qui fait que leur consommation de drogues et d’alcool ou leurs difficultés de santé mentale sont perçues différemment par les autorités que celles des hommes et qu’elles font l’objet d’un niveau différent et plus élevé de stigmatisation et de préoccupations sociétales que ces derniers.

Des enjeux comme ceux-ci nous rappellent que nous devons continuer de favoriser la reconnaissance des attributs et des situations propres aux femmes. La publication de l’Enquête sur les toxicomanies au Canada et les travaux du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie (CPASST), présidé par le sénateur Michael Kirby, présentent des occasions d’apporter des changements très nécessaires au Canada. Les personnes ayant des problèmes de santé mentale, de toxicomanie ou de consommation de drogues et d’alcool font souvent face à la stigmatisation, à l’incompréhension et aux blâmes. Les femmes enceintes ou les mères sont particulièrement stigmatisées si elles ont des problèmes de santé mentale ou de toxicomanie et elles signalent qu’elles ont difficilement accès à de l’aide. En fait, l’intervention importune et inappropriée de l’État auprès des femmes enceintes qui consomment des drogues et de l’alcool est un enjeu clé pour les activistes qui militent en faveur de la santé des femmes au Canada. Souvent, les systèmes de soins ne reconnaissent pas le chevauchement entre la santé mentale et la consommation de drogues et d’alcool ou les cas où les deux se produisent l’un sans l’influence de l’autre. Pour les femmes, les soins et les traitements offerts dans le but de régler les problèmes de consommation et de santé mentale ont souvent failli d’intégrer les antécédents de traumatismes et de violence.

Le fait d’avoir échoué à «établir les liens» entre ces éléments est difficile à accepter, compte tenu de la fusion de plus en plus importante entre les domaines de la santé mentale et de la toxicomanie dans la pratique, la recherche et l’élaboration des politiques. Même si la fusion est utile et efficace pour la recherche et la planification des systèmes, elle risque de faire en sorte que soient négligés ou ignorés les intérêts particuliers d’un groupe de client(e)s ou de fournisseur(euse)s de soins qui pourraient ne pas s’inscrire dans un contexte couvrant des domaines aussi larges. Par exemple, même si la majorité des patient(e)s des établissements psychiatriques fument et devraient, par conséquent, être traité(e)s à la fois pour leur dépendance à la nicotine et leur maladie mentale, la plupart des fumeur(euse)s ne sont pas diagnostiqué(e)s ou ne se considèrent pas eux/elles-mêmes comme ayant un problème de santé mentale.

Dans le présent numéro du Bulletin de Recherche, nous nous penchons sur tous ces enjeux – le sexe, le genre et la santé des femmes dans le contexte de la maladie mentale et à la consommation problématique de drogues et d’alcool. Dans les articles, on décrit la consommation de drogues et d’alcool, les traumatismes et le stress présents dans la vie des femmes, et on se penche sur les niveaux plus élevés de traumatisme et de violence qui contribuent aux problèmes de santé mentale et de consommation de drogues et d’alcool chez les femmes. De plus, on y précise les caractéristiques de la structure économique et sociale du Canada qui créent ou perpétuent les difficultés de santé mentale, comme le travail non rémunéré de soignante et certains aspects de la grossesse et du rôle de mère. Bien des formes de consommation de drogues et d’alcool sont incompatibles avec la réussite de ces rôles, que les femmes décrivent souvent comme une source de stress, d’autant plus qu’elles estiment disposer d’options limitées pour les gérer.

De nombreuses questions stratégiques sont soulevées par les travaux décrits dans le Bulletin. Comment la désinstitutionnalisation psychiatrique touche-t-elle différemment les femmes et les hommes? Comment peut-on adapter les politiques classiques de lutte contre le tabagisme en fonction du genre et de la diversité afin de réduire davantage le tabagisme chez les groupes vulnérables tant au Canada qu’à l’étranger? De quelle façon nos programmes de soutien nationaux peuvent-ils mieux tenir compte des coûts pour la santé que subissent les femmes en raison de leur rôle de soignante?

Il se peut que la fusion des questions liées à la santé mentale et à la toxicomanie soit une bonne chose si nous œuvrons dans le but de nous assurer qu’elle amène une perspective qui tient compte des complexités de la vie des femmes, des multiples facteurs qui contribuent à la santé mentale ou à la toxicomanie et de l’interactivité des approches de traitement. Il faut évaluer les politiques visant à répondre à l’un ou à l’autre de ces phénomènes (ou aux deux) en fonction de leur degré d’adaptation aux femmes. Contribuent‑elles à améliorer l’accès aux soins, diminuent-elles la stigmatisation, tiennent‑elles compte, avec sensibilité, de la grossesse, du rôle de mère et de fournisseuse de soins, reflètent-elles l’incidence particulière des traumatismes et de la violence interpersonnelle et s’attaquent-elles à la question du fardeau de la pauvreté, qui est plus lourd chez les femmes que chez les hommes? Le défi est grand, mais la vision est claire.

 

Lorraine Greaves Directrice générale, Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de la Colombie-Britannique




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