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Bulletin de recherche: La santé mentale et de l'accoutumance chez les femmes , Printempts 2006, volume 5, numéro 1 Les femmes et le tabagisme : Une épidémie internationaleNatasha
Jategaonkar et Lorraine Greaves, Centre d’excellence pour
la santé des femmes – région de la Colombie-Britannique Le tabagisme est de plus en plus une épidémie mondiale. À l’heure actuelle, 1,1 milliard de personnes dans le monde entier fument, et on s’attend à ce que ce nombre passe à 1,6 milliard d’ici 2025[1]. Même si, dans l’ensemble, le taux de tabagisme diminue dans certains pays développés, y compris le Canada, il augmente dans un grand nombre de pays en développement, particulièrement chez les femmes. D’ici 2020, 20 % des femmes fumeront dans le monde[2]. Étant donné le taux de tabagisme qui monte en flèche chez les femmes, la vulnérabilité des femmes aux maladies connexes et le manque de connaissances sur les effets des politiques de lutte contre le tabagisme sur la vie des jeunes filles et des femmes, il est évident que le monde est à deux doigts d’une épidémie internationale de morbidité et de mortalité féminines en raison du tabagisme chez les femmes. Le Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de la Colombie‑Britannique (CESFCB) collabore avec Santé Canada, le réseau International Network of Women Against Tobacco (INWAT), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’American Cancer Society et Cancer Research UK sur plusieurs projets qui examinent différents aspects du rôle des femmes dans la consommation et la production de tabac, les effets du tabagisme sur la santé des femmes et les répercussions des efforts de lutte contre le tabagisme chez les jeunes filles et les femmes du monde entier. Répercussions des politiques sur le tabagisme sur les jeunes filles et les femmesDes politiques exhaustives de lutte contre le tabagisme ont été mises en œuvre à grande échelle dans plusieurs pays développés et sont en voie de l’être dans les pays en développement. Toutefois, ces politiques n’ont pas réussi à démontrer comment et dans quelle mesure les initiatives de lutte contre le tabagisme peuvent toucher différemment les jeunes filles et les femmes, en particulier celles qui sont marginalisées en raison de facteurs sociaux et/ou économiques. Le travail réalisé en ce moment au CESFCB vise à évaluer les effets de politiques complètes de lutte contre le tabagisme sur les femmes autochtones, les jeunes femmes enceintes, les femmes provenant de diverses communautés ethniques et les femmes au faible statut socioéconomique. Nous examinons également les liens entre les efforts de lutte contre le tabagisme et les autres politiques gouvernementales, y compris le logement social et l’aide sociale. En examinant explicitement les conséquences des autres politiques sur les divers aspects de la santé et du mieux-être des jeunes filles et des femmes et en offrant des suggestions sur l’élaboration et l’évaluation des politiques et des programmes de lutte contre le tabagisme axés sur le genre et destinés aux jeunes filles et aux femmes vulnérables, ces projets permettront de rehausser les mécanismes de politiques visant à réduire le tabagisme chez les femmes. Jusqu’à maintenant, la majorité des études sur les effets des politiques de lutte contre le tabagisme ont porté sur la population en général et très peu se sont penchées sur les effets propres au genre. Néanmoins, nous pouvons parfois extraire des résultats qui tiennent reflètent les répercussions différentes des politiques de lutte contre le tabagisme sur les divers sous-groupes de jeunes filles et de femmes. Par exemple, la documentation portant sur la restriction des ventes fait remarquer que les jeunes filles sont moins susceptibles de tenter d’acheter des cigarettes que les garçons[3], mais qu’elles sont plus susceptibles que ces derniers d’obtenir des cigarettes de sources non commerciales[4]. Aux États-Unis, les adolescent(e)s latino-américain(e)s sont plus susceptibles d’acheter des cigarettes que les adolescent(e)s de race blanche, et les jeunes filles latino-américaines sont plus susceptibles de réussir que les jeunes garçons latino-américains[5]. En examinant la différence entre les genres relativement à l’augmentation des taxes sur le tabac, nous avons remarqué des résultats divergents. Farrelly et ses collègues ont signalé que les femmes aux États-Unis réagissent davantage au prix que les hommes[6]. Borren et Sutton ont également fait état d’une plus grande réaction face au prix chez les femmes d’un échantillon provenant du Royaume-Uni, mais Stephens et autres ont trouvé une réaction égale au prix chez les femmes et les hommes du Canada[7]. Les données sur les différences entre les genres quant aux répercussions des restrictions relatives à l’usage du tabac dans certains lieux sont limitées. Gritz et ses collègues ont réalisé une étude en vue d’évaluer les répercussions d’une intervention dans le lieu de travail. Ils/Elles mentionnent que, à la suite de l’intervention, les femmes étaient plus susceptibles que les hommes de déclarer qu’elles consommaient moins de cigarettes par jour, mais qu’elles faisaient un moins grand nombre de tentatives afin d’arrêter de fumer[8]. On n’a observé aucune différence dans la proportion de femmes et d’hommes qui ont réussi à arrêter de fumer. Intégration de la lutte contre les maladies pulmonaires dans le programme mondial de santé des femmesLa santé pulmonaire reste un enjeu insuffisamment reconnu dans les limites du mouvement mondial de la santé des femmes. L’épidémie mondiale de tabagisme chez les femmes a modelé la compréhension que l’on a maintenant des maladies pulmonaires des femmes. C’est-à-dire que l’on a déterminé que le tabagisme, y compris la fumée secondaire, était généralement le principal facteur, ou le facteur le plus important, des maladies pulmonaires chez les femmes. Toutefois, l’exposition professionnelle aux polluants et l’utilisation du biocarbuant pour la cuisson sont également des causes importantes de maladies pulmonaires, surtout chez les femmes des pays en développement. Les chercheur(euse)s du CESFCB, de l’University of British Columbia et du St. Paul’s Hospital à Vancouver ont mis au point un programme de recherche collaboratif et interdisciplinaire qui se penche particulièrement sur l’enjeu du genre et la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO). Ce groupe, Renforcement de la capacité interdisciplinaire : Vers l’excellence dans les maladies respiratoires et les études sur le genre, ou ICEBERGS (financé par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC)), vise à accroître la sensibilisation aux aspects de la BPCO liés au genre et à améliorer le diagnostic et le traitement de la BPCO et des maladies respiratoires en général chez les femmes. Une série de projets sont présentement en cours, y compris un projet visant à examiner les effets des biocarburants sur la santé des poumons chez les Mexicaines et une étude portant sur les politiques et les programmes sur la santé des poumons dans le monde entier au sujet de leur sensibilité au genre et à la diversité. Comment peut-on arrêter la propagation du tabagisme chez les femmes du monde entier?Tous ces enjeux, et bien d’autres, seront traités dans un rapport à paraître, intitulé Responding to the Global Tobacco Epidemic among Women, qui sera préparé par le Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de la Colombie‑Britannique en partenariat avec le réseau International Network of Women Against Tobacco (INWAT)[9]. La publication donnera un aperçu des tendances mondiales sur le plan du tabagisme chez les femmes, y compris le contexte social dans lequel elles surviennent, des renseignements à jour sur les effets nuisibles du tabac sur la santé des femmes tout au long du cycle de vie, un aperçu du rôle des femmes dans la culture, la fabrication et la commercialisation du tabac ainsi qu’un commentaire sur la façon dont les traités internationaux sur les droits de la personne (comme la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF), adoptée en 1979 par l’Assemblée générale des Nations Unies (UNGA), la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unis, adoptée en 1989, et la Convention-cadre de lutte contre le tabagisme (CCLT) de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS)) peuvent faire avancer la lutte contre le tabagisme. Le rapport, qui sera lancé dans le cadre de la World Conference on Tobacco or Health, qui aura lieu à Washington, DC, en juillet 2006, se terminera par un chapitre de ressources portant sur la façon d’utiliser l’analyse de la diversité entre les genres dans le cadre de l’élaboration des politiques et des programmes contre le tabagisme dans les pays qui en sont à des étapes différentes de l’épidémie. Une deuxième analyse, réalisée par le CESFCB pour l’Organisation mondiale de la Santé, traite des possibilités d’intégrer la sensibilisation au genre et à la diversité dans le cadre de l’adoption de la CCLT, qui est le premier traité international de santé publique au monde. Ce rapport sera publié en 2006 par l’OMS et servira aux États membres en vue d’intégrer les facteurs relatifs au sexe, au genre et à la diversité dans la surveillance et l’élaboration des politiques et des programmes de lutte contre le tabagisme dans toutes les régions du monde. Le Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de la Colombie‑Britannique a une unité solide et dévouée consacrée à la recherche, à l’élaboration des politiques et à l’amélioration des pratiques exemplaires et des interventions cliniques afin de mieux répondre à la question du tabagisme chez les jeunes filles et les femmes et aux enjeux liés au genre. Nous sommes engagées à poursuivre notre engagement de partenariat avec les militant(e)s de la lutte contre le tabagisme et les défenseurs de la santé des femmes du monde entier dans le but de réduire la progression de cette épidémie mondiale. NOTES [1] P. Jha et F. J. Chaloupka, Curbing the Epidemic: Governments and the Economics of Tobacco Control, Washington, DC, The World Bank, 1999. [2] J. Mackay et M. Eriksen, The Tobacco Atlas, Genève, OMS, 2002. Adresse Internet : www.who.int/tobacco/resources/publications/tobacco_atlas/fr/ [3] M. W. Hinds, «Impact of a local ordinance banning tobacco sales to minors», dans Public Health Reports, vol. 107, no 3, 1992, p. 355-358. [4] B. C. Castrucci, K. K. Gerlach, N. J. Kaufman et C. T. Orleans, «Adolescents’ acquisition of cigarettes through noncommercial sources», dans Journal of Adolescent Health, vol. 31, no (4), 2002, p. 322-326. [5] E. A. Klonoff, H. Landrine et R. Alcaraz, «An experimental analysis of sociocultural variables in sales of cigarettes to minors», dans American Journal of Public Health, vol. 87, no 5, 1997, p. 823-826. [6] M. C. Farrelly, J. W. Bray, T. Pechacek et T. Woollery, «Response by adults to increases in cigarette prices by sociodemographic characteristics», dans Southern Economic Journal, vol. 68, no 1, 2001, p. 156-165. [7] P. Borren et M. Sutton, «Are increases in cigarette taxation regressive?», Health Economics, vol. 1, no 4, 1992, p. 245-253. T. Stephens, L. L. Pederson, J. J. Koval et J. Macnab, «Comprehensive tobacco control policies and the smoking behaviour of Canadian adults», dans Tobacco Control, vol. 10, no 4, 2001, p. 317-322. [8] E. R. Gritz, B. Thompson, K. Emmons, J. K. Ockene, D. F. McLerran et I. L. Nielsen, «Gender differences among smokers and quitters in the Working Well Trial», dans Preventive Medicine, vol. 27, no 4, 1998, p. 553-561. [9] La rédaction de ce document a été rendue possible grâce à une subvention de Santé Canada et est appuyée en partie par l’American Cancer Society.
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