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Bulletin de recherche: La santé mentale et de l'accoutumance chez les femmes , Printempts 2006, volume 5, numéro 1 Prescriptions dangereuses? L’utilisation de la benzodiazépine chez les femmes âgées autochtonesAmy
Salmon, Centre d’excellence pour la santé des femmes – région
de la Colombie Britannique Les chercheur(euse)s apportent de plus en plus de données montrant comment les inégalités permanentes liées au genre, à la santé et au domaine social peuvent créer des problèmes de santé mentale aux aînées autochtones et les perpétuer. Un exemple de longue date est la prescription excessive de benzodiazépines chez les femmes âgées autochtones. Conçues pour régler les problèmes de sommeil et d’anxiété et les troubles connexes, les benzodiazépines sont souvent prescrites de façon inappropriée aux femmes qui font face à des situations difficiles de la vie, comme du stress dans leur vie professionnelle ou familiale, de lourdes responsabilités liées à la prestation de soins, le deuil, les maladies aiguës ou chroniques, la douleur physique ou l’adaptation à un changement important dans la vie [1]. Pour les femmes autochtones, ces problèmes sont aggravés par l’héritage de la colonisation, qui est associé aujourd’hui, dans le cas des femmes âgées autochtones, à des taux plus élevés de pauvreté, de violence, de monoparentalité, de veuvage et d’incapacité [2]. Lorsque les femmes s’adressent à un médecin afin de régler les sentiments d’anxiété, de dépression ou d’insomnie qui découlent de leur expérience de vie, ces médecins leur prescrivent souvent de la benzodiazépine. La corrélation entre les antécédents de traumatisme et de mauvais traitements et le diagnostic de syndrome de stress post-traumatique (SSPT) – le problème de santé mentale diagnostiqué le plus souvent chez les survivant(e)s du système de pensionnats indiens du Canada – peut également exposer les aîné(e)s autochtones à la consommation de benzodiazépines parce que ce médicament est souvent prescrit pour «traiter» le SSPT [3]. On retrouve également le SSPT chez les survivant(e)s de violences graves et sexuelles, dont les femmes autochtones sont trois fois plus souvent victimes que les femmes et les hommes non autochtones [4]. En raison du manque de services de santé adaptés à la culture, les femmes autochtones peuvent faire l’objet d’une prescription inappropriée de benzodiazépines. Par exemple, la plupart des outils d’évaluation de la santé mentale actuels ne sont pas adaptés culturellement et/ou ne se prêtent pas à une évaluation exacte de l’état de la santé mentale des aîné(e)s autochtones [5]. De surcroît, le fait que les professionnel(le)s de la santé non autochtones peuvent mal interpréter les comportements manifestés par les femmes âgées autochtones peut entraîner un mauvais diagnostic de psychopathologie et conduire au sous-traitement ou au traitement excessif de la «maladie» mentale soupçonnée [6]. Les benzodiazépines sont des dépresseurs du système nerveux central, et on a démontré qu’elles causent des effets secondaires importants, y compris la sédation excessive, les troubles de mémoire et d’apprentissage, la dépression, l’atténuation des émotions et l’agression paradoxale. Elles créent également une forte accoutumance. À cause de ces caractéristiques, les benzodiazépines sont conçues pour être utilisées pendant une courte période, tout au plus durant quatre semaines [7]. Toutefois, une personne sur dix au Canada déclare avoir utilisé de la benzodiazépine au moins une fois par an et en avoir pris pendant au moins un an [8]. Les femmes et les personnes âgées sont les deux groupes les plus susceptibles de se voir prescrire des benzodiazépines et sont également les deux groupes les plus vulnérables à leurs effets indésirables [9]. Des études ont démontré que les femmes sont deux fois plus susceptibles de se faire prescrire des benzodiazépines que les hommes [10]. Même si nous ignorons comment les Autochtones utilisent les benzodiazépines par rapport aux non‑Autochtones, il semble que l’écart entre les genres pour ce qui est de la prescription de benzodiazépines puisse être beaucoup plus large chez les Autochtones. Une étude réalisée récemment sur la consommation de benzodiazépines chez les Indiens inscrits des Premières Nations vivant dans les provinces de l’Ouest a permis de constater qu’environ les deux tiers des prescriptions de benzodiazépines étaient destinées aux femmes [11]. Le nombre moyen de prescriptions était de 7,7 par année, ce qui dépasse de beaucoup le seuil de faible risque [12]. En raison des répercussions graves sur la santé de l’utilisation à long terme des benzodiazépines, il faut prêter attention à ces chiffres. Benzodiazépines et blessures causées par les chutesLes benzodiazépines ont un lien bien établi avec les blessures causées par les chutes chez les personnes âgées [13]. Il en est ainsi parce que les benzodiazépines peuvent nuire à la mémoire, aux fonctions cognitives et à l’équilibre, et ce, même si elles sont prescrites à des seuils à faible risque. Dans une étude réalisée récemment sur le risque de fractures chez les membres des Premières Nations, on a constaté des taux beaucoup plus élevés de fractures en tous genres chez ces derniers que chez les personnes non autochtones [14]. Lorsque tous les types de fractures étaient pris en compte, il y avait un modèle important de risques accrus chez les femmes des Premières Nations qui étaient plus âgées. Cela laisse supposer qu’il est possible que les femmes âgées autochtones soient particulièrement exposées aux blessures compte tenu de leur vulnérabilité aux fractures en général et de l’effet combiné du risque associé aux chutes pendant qu’elles utilisent les benzodiazépines. SurdosesLes benzodiazépines sont également les substances le plus souvent en cause dans les surdoses de médicaments [15], qui surviennent le plus souvent dans les cas de consommation de benzodiazépines en association avec d’autres drogues, comme l’alcool. Même si l’on ignore si le taux de consommation d’alcool chez les Autochtones est plus élevé que celui qui est observé dans la population non autochtone au Canada, les femmes Autochtones et les chefs des collectivités autochtones ont mentionné que la consommation problématique d’alcool était un sujet de préoccupation important [16]. Selon les statistiques canadiennes, de 30 % à 75 % des personnes qui ont des problèmes de consommation d’alcool consomment également des benzodiazépines de façon régulière [17]. Ces interactions peuvent être mortelles. Enjeux du sevrageLorsque les femmes veulent arrêter d’utiliser des benzodiazépines, elles constatent souvent que le sevrage est mal géré, ou ne l’est pas du tout [18]. On devrait procéder graduellement au sevrage des benzodiazépines afin d’éviter les convulsions, l’anxiété graves, les crises de panique et les autres symptômes qui peuvent survenir au cours d’un sevrage brutal. Ce processus nécessite l’intervention de professionnel(le)s formé(e)s et le recours à des cliniques spécialisées de sevrage des benzodiazépines, car les autres unités de désintoxication ne conviennent pas [19]. Pour les aîné(e)s autochtones, les risques qui accompagnent le sevrage des benzodiazépines peuvent être aggravés par le manque de services communautaires en santé mentale appropriés, en particulier ceux qui sont conçus pour répondre aux préoccupations liées aux problèmes de santé mentale immédiats et aigus des victimes du système de pensionnats indiens et des personnes qui vivent dans des régions rurales et éloignées [20]. Les chercheuses du Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de la Colombie-Britannique ont récemment terminé deux rapports qui ont jeté un éclairage sur la question de la prescription des benzodiazépines pour soulager l’anxiété et les problèmes connexes chez les femmes et les hommes âgé(e)s autochtones et inuits [21]. Dans ces rapports, on conclut qu’il faut accroître de toute urgence les efforts de recherche afin d’affronter efficacement cette nouvelle crise du domaine de la santé. De plus, on laisse entendre que la clé de la prévention de la consommation et de la prescription excessives de benzodiazépines réside dans le traitement des inégalités qui constituent des facteurs déterminants de la santé mentale des femmes âgées autochtones et dans la mise en œuvre de programmes de santé mentale communautaires et complets. NOTES [1] J. Currie, Manufacturing addiction: The overprescription of benzodiazepines and sleeping pills to women in Canada, Vancouver, Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de la Colombie Britannique, 2003. Adresse Internet : www.bccewh.bc.ca/policy_briefs/Benzo_Brief/benzobriefv3.pdf. N. Poole et C. A. Dell, Toxicomanie au féminin, Vancouver, Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de la Colombie-Britannique et Toronto, Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies, 2005. [2] M. Stout et D. Kipling, Les femmes autochtones au Canada : orientations de la recherche stratégique en vue de l’élaboration de politiques, Ottawa, Condition féminine Canada, 1998. [3] G. Chaimowitz, «Aboriginal mental health—Moving forward», dans Revue canadienne de psychiatrie, vol. 45, no 7, 2000, p. 605-607. R. Corrado et E. Cohen, Profils de la santé mentale d’un échantillon d’Autochtones de la Colombie Britannique survivants du régime canadien des pensionnats, Ottawa, Fondation autochtone de guérison, 2003. L. K. Jacobsen, S. M. Southwick et T. R. Kosten, «Substance use disorders in patients with post-traumatic stress disorder», dans American Journal of Psychiatry, vol. 158, no 8, 2001, p. 1184-1190. Commission royale sur les Peuples autochtones (CRPA), «Vers un ressourcement», dans Rapport de la Commission royale sur les Peuples autochtones, Ottawa, Affaires indiennes et du Nord Canada, 1996, chapitre 4. [4] Centre national d’information sur la violence et la famille, La violence familiale au sein des collectivités autochtones : Une perspective autochtone, Ottawa, Agence de santé publique du Canada, 1996. Adresse Internet : www.phac aspc.gc.ca/ncfv cnivf/violencefamiliale/html/fvabor_f.html. [5] X. Cattarinich, N. Gibson et A. J. Cave, «Assessing mental capacity in Canadian Aboriginal seniors», dans Social Science and Medicine, vol. 53, no 11, 2001, p. 1469 1479. [6] Cattarinich et coll., 2001. [7] A. Gordon, Common Questions about Benzodiazepine Risks, 2001. Adresse Internet : www.benzo.org.uk/camh.htm. Therapeutics Initiative, Use of Benzodiazepines in BC: Is It Consistent with Recommendations?, Vancouver, Department of Pharmacology and Therapeutics, University of British Columbia (UBC), 2004. Adresse Internet : www.ti.ubc.ca/PDF/54.pdf. [8] Therapeutics Initiative, 2004. [9] Therapeutics Initiative, 2004. [11] J. F. Anderson et K. L. McEwan, «Utilization of common analgesic and anxiolytic medications by registered First Nations residents of western Canada», dans Substance Use and Misuse, vol. 35, no 4, 2000, p. 601-616. [12] Anderson et McEwan, 2000. [13] Santé Canada, Vieillissement et aînés : Prévention des blessures non intentionnelles chez les aînés, Ottawa, ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux du Canada, 2002. [14] W. D. Leslie, S. Derksen, C. Metge, L. M. Lix, E. A. Salamon, S. P. Wood et coll., «Fracture risk among First Nations people: A retrospective matched cohort study», dans Journal de l’Association médicale canadienne, vol. 171, no 8, 2004, p. 869-873. [16] Stout et Kipling, 1998. CRPA, 1996. [18] H. Ashton, Benzodiazepines: How They Work and How to Withdraw, 2002. Adresse Internet : www.benzo.org.uk/manual/bzcha01.htm. [20] V. Smye et B. Mussell, Aboriginal Mental Health: What Works Best, Vancouver, UBC, Mental Health Evaluation and Community Consultation Unit, 2005. Document de travail. Adresse Internet :www.mheccu.ubc.ca/documents/publications/discussion-paper.pdf. [21] Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de la Colombie-Britannique, Benzodiazepine Use and Mental Health Issues in the First Nations and Inuit Population Aged 65+: A Review of the Literature, Ottawa, Santé Canada, 2005. Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de la Colombie-Britannique, Benzodiazepine Use and Mental Health Issues in the Older Aboriginal Population: A Gender-based Analysis, Ottawa, Santé Canada, 2005.
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