Centres d’excellence pour la santé des femmes


PUBLICATIONS
PLUS D'INFORMATION

Bulletin de recherche: La santé mentale et de l'accoutumance chez les femmes , Printempts 2006, volume 5, numéro 1

Le travail non rémunéré de soignante et le stress des femmes

Cyndi Brannen, Healthy Balance Research Program

Si le titre du présent article vous fait vous demander si votre fille aura assez de médicaments jusqu’à la prochaine paye ou si le nouveau membre du personnel de soins à domicile qui s’occupe de votre beau-père suivra vos directives, alors vous êtes comme bien des Canadiennes aujourd’hui. Nul n’ignore que les femmes offrent la grande majorité des soins à la famille et aux amis [1], mais on n’a pas fait d’études approfondies sur les effets sur la santé du travail non rémunéré de soignante.

Les quelques études de recherche menées sur le stress et la prestation de soins ont habituellement porté sur la santé mentale des personnes qui soignent d’autres personnes atteintes d’une maladie ou ayant un problème précis. Par exemple, le tiers des soignantes auprès de personnes atteintes de sclérose en plaques (SEP) ressentent une détresse au point d’avoir elles-mêmes des maladies cliniques [2]. Selon une étude qui fait date portant sur les liens entre la prestation de soins à une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer et la dépression chez les soignant(e)s, plus de 50 % des femmes soignantes souffrent de dépression clinique [3]. De nombreuses études ont fait état d’un plus grand nombre de femmes que d’hommes susceptibles d’avoir des problèmes de santé en raison de leur rôle de soignante, surtout sur le plan de la santé mentale [4]. Par exemple, on peut expliquer ces constatations en avançant qu’il est plus probable que la prestation de soins amène de la détresse chez les femmes que chez les hommes parce qu’elle est un élément central de l’identité de la plupart des femmes [5]. Selon une autre explication, non seulement les femmes se chargent de la grande majorité des soins, mais elles sont aussi beaucoup plus susceptibles d’assumer les tâches stressantes. Il est beaucoup plus probable que les hommes s’occupent de l’aspect plus fonctionnel des soins, telles les réparations de la maison, tandis que les femmes ont plus tendance à s’occuper des rendez-vous chez le médecin et à offrir un soutien affectif à la personne prise en charge, activités qui engagent les femmes d’une façon émotive possiblement stressante [6].

Dans le cadre du Healthy Balance Research Program (HBRP) de la Nouvelle-Écosse, on a étudié en profondeur les causes sous-jacentes à la part disproportionnée de responsabilités liées à la prestation de soins assumée par les femmes et les effets néfastes sur la santé qui en découlent, en particulier l’expérience de stress négatif. Le HBRP a été mis sur pied afin d’examiner le travail non rémunéré des soignantes dans différentes situations, qu’il s’agisse de s’occuper des enfants ou d’offrir des soins à un parent vieillissant, et ce, à l’échelle de la Nouvelle-Écosse. Selon les résultats obtenus dans les deux projets réalisés par le HBRP, il semble que les femmes de la Nouvelle‑Écosse vivent un grand nombre de répercussions négatives liées à leur travail non rémunéré de soignante. La mesure du stress est une façon d’évaluer l’incidence négative générale du travail de soignante sur la santé, en particulier parce que le stress a été relié à toute une gamme d’effets néfastes pour la santé.

À l’aide de méthodes quantitatives et qualitatives, les chercheur(euse)s du HBRP ont documenté que le rôle de soignante est très stressant pour beaucoup de femmes. Par exemple, Martha MacDonald, Shelley Phipps et Lynn Lethbridge, chercheuses du HBRP, ont déclaré que les femmes sont plus susceptibles d’offrir des soins ainsi que de vivre du stress à la suite de tentatives d’équilibrer leurs responsabilités professionnelles et personnelles [7]. Martha MacDonald et ses collègues, après avoir analysé les données sur les femmes de la Nouvelle-Écosse recueillies lors du recensement canadien et de l’Enquête sociale générale (ESG), ont constaté ceci : quel que soit le nombre d’heures de travail rémunéré effectuées à l’extérieur de la maison, les femmes déclarent encore qu’elles font un plus grand nombre d’heures de travail non rémunéré en tant que soignante à la maison que leurs partenaires masculins. Elles ont également constaté que les femmes de la génération «sandwich», celles qui s’occupent de leurs enfants et des membres vieillissants de la famille, peuvent vivre un stress encore plus grand que tous les autres groupes de soignant(e)s. Martha MacDonald et ses collègues ont constaté que, pour les hommes, il n’y a aucun lien entre le stress et les heures de travail non rémunéré de soignants mais que, pour les femmes, l’augmentation du nombre d’heures travaillées comme soignantes augmentaient le stress [8].

Des groupes de discussion organisés dans le cadre du HBRP ont offert aux femmes un forum où elles pouvaient avoir des échanges de vues sur les effets de leur rôle de soignante sur la santé [9]. Ces groupes de discussion étaient formés de femmes offrant divers types de soins et provenant de divers milieux. Peu importe le type de soins qu’elles offraient, leur groupe d’appartenance ethnique et leur emplacement géographique, bon nombre de femmes ont signalé que le rôle de soignante entraînait des sentiments de dépression et de désespoir. Ces femmes faisaient également état de mauvaises habitudes alimentaires et de troubles du sommeil.

Quelques femmes ayant participé aux groupes de discussion ont parlé des aspects positifs de la prestation de soins. Elles ont mentionné de quelle façon le fait d’être soignante les aidait à avoir une bonne opinion d’elles-mêmes et ont parlé des aptitudes qu’elles avaient acquises en tant que soignante. Ce qui est intéressant chez les femmes qui ont mentionné l’expérience positive de leur rôle de soignante est le fait que leur charge de soignante n’était pas «plus légère» que celle des femmes déprimées ou stressées mais que, pour diverses raisons, dont certaines ne sont toujours pas claires, elles étaient beaucoup plus aptes à s’adapter à la charge et à ne pas se sentir déprimées. Une analyse des mécanismes d’adaptation servant à compenser le stress lié au rôle de soignant(e) a révélé que ces femmes «non stressées» pouvaient faire face d’une façon appropriée aux problèmes auxquels elles se heurtaient [10]. Par exemple, elles s’appuyaient sur un réseau personnel et communautaire solide et sur la connaissance des programmes et des services offerts aux bénéficiaires de soins. Les femmes du groupe de discussion qui ne percevaient pas le rôle de soignante comme stressant ont également mentionné qu’elles estimaient avoir le droit d’obtenir un soutien et des services. Si les soignantes pouvaient adopter une telle approche de la prestation de soins, cela pourrait contribuer à réduire leur niveau de stress.

Les résultats du Healthy Balance Research Program de la Nouvelle-Écosse se sont ajoutés au nombre croissant d’études de recherche qui montrent la nécessité de mettre en place des politiques et des programmes qui abordent les conséquences néfastes pour la santé du rôle de soignant(e) et qui reconnaissent que le fardeau de la prestation de soins retombe de façon disproportionnée sur les épaules des femmes. Tandis que le HRBP amorce sa phase finale, il est indéniable que les conclusions de la recherche et l’analyse des politiques pourront contribuer aux discussions nationales de plus en plus nombreuses sur la prestation des soins.

Pour obtenir de plus amples renseignements sur le Healthy Balance Research Program, veuillez consulter l’adresse suivante : www.healthyb.dal.ca.




NOTES

[1] P. Armstrong et H. Armstrong, « Thinking It Through: Women, Work and Caring in the New Millennium », dans K. R. Grant, C. Amaratunga, P. Armstrong, M. Boscoe, A. Pederson et K. Willson (éditrices), Caring For/Caring About Women, Home Care and Unpaid Caregiving, Aurora, Ontario, Garamond Press, 2004, p. 5-43.

[2] K. I. Pakenham, «Relations between coping and positive and negative outcomes in carers of persons with Multiple Sclerosis (MS)», dans Journal of Clinical Psychology in Medical Settings, vol. 12, no 1, 2005, p. 25-38.

[3] D. Cohen et C. Eisdorfer, «Depression in family members caring for a relative with Alzheimer’s disease», dans Journal of the American Geriatrics Society, vol. 36, no 10, 1988, p. 885-889.

[4] J. Feeney, R. Alexander, P. Noller et L. Hohaus, «Attachment insecurity, depression, and the transition to parenthood», dans Personal Relationships, vol. 10, no 4, 2003, p. 475-493. J. Gahagan, C. Loppie, M. MacLellan, L. Rehman et K. Side, Caregiver Resilience and the Quest for Balance: A Report on Findings from Focus Groups, Halifax, The Healthy Balance Research Program, 2004.

[5] M. Haegedoorn, R. Sanderman et B. P. Buunk, «Failing in spousal caregiving: The “identity-relevant stress” hypothesis to explain sex differences in caregiver distress», dans British Journal of Health Psychology, vol. 7, no 4, 2002, p. 481-492.

[6] P. Armstrong et O. Kits, «One Hundred Years of Caregiving», dans Grant et coll., 2004, p. 45 73.

[7] M. MacDonald, S. Phipps et L. Lethbridge, «Taking its toll: Implications of paid and unpaid work responsibilities for women’s well-being», dans Feminist Economics, vol. 11, no 1, 2005, p. 63-94.

[8] MacDonald et coll., 2005.

[9] Gahagan et coll., 2004.

[10] C. Brannen, Caregiving and Well-being: Examining the Linkagesbetween Controllability and Coping in Urban Women Caregivers , Halifax, The Healthy Balance Research Program, 2005.

Haut de la page

 

Page 5 de 10 <<précédente | Table des matières | prochaine>>

 

Novelles questions nouvelle connaissance