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Bulletin de recherche: La santé mentale et de l'accoutumance chez les femmes , Printempts 2006, volume 5, numéro 1

Encourager le soutien social pour les femmes vivant avec une maladie mentale grave

Wanda M. Chernomas, University of Manitoba, et Diana E. Clarke, University of Manitoba and Health Sciences Centre, Winnipeg

Un réseau de soutien social peut aider une personne à trouver des solutions à ses problèmes et à renforcer son identité ou encore la diriger vers des renseignements utiles et lui offrir du réconfort quand il n’y a rien d’autre à faire. Comme les liens avec les autres contribuent à donner un sentiment de bien-être et donne un sens à la vie, on a identifié le soutien social comme l’un des facteurs déterminants de la santé. Pour les personnes vivant avec la schizophrénie, c’est une ironie douloureuse de constater que le système de soutien essentiel est menacé par la maladie même qui nécessite le soutien des relations.

La schizophrénie peut causer des pensées désorganisées, des hallucinations et du délire. Elle peut entraîner une dépression et un manque de motivation et peut inhiber la capacité d’une personne à établir des liens significatifs avec les autres. Comme c’est le cas pour la plupart des maladies mentales, la schizophrénie est une maladie qui est fortement stigmatisée. Ainsi, les personnes atteintes de la maladie peuvent avoir de la difficulté à établir des liens et à les maintenir au fil du temps.

Dans une étude réalisée en 2000 intitulée The Perspectives of Women Living with Schizophrenia, les auteures Chernomas, Clarke et Chisholm ont constaté que les femmes atteintes de schizophrénie manifestent le besoin d’avoir un plus grand nombre de gens dans leur vie, en particulier des amis [1]. La présente étude, intitulée Social Support and Women Living with Serious Mental Illness, ajoute à l’étude précédente par une exploration en profondeur des ressources officielles et officieuses de soutien disponibles pour les femmes atteintes de schizophrénie. Lors d’entrevues personnelles, 14 Manitobaines vivant dans la collectivité et s’identifiant comme ayant reçu le diagnostic de schizophrénie, ont parlé du soutien dans le contexte de leur vie quotidienne, de leurs responsabilités et de leur perception d’elles-mêmes en tant que personnes atteintes d’une maladie mentale grave. On leur a demandé de parler des expériences qu’elles ont vécues lorsqu’elles ont essayé d’obtenir du soutien auprès de ressources officielles et officieuses, des obstacles à l’accès au soutien social et de la façon dont elles voyaient les liens entre le soutien social et la capacité de gérer leur vie. La recherche a reçu l’appui du Centre d’excellence pour la santé des femmes – région des Prairies.

La plupart des femmes interrogées étaient sans emploi, vivaient dans la pauvreté et dépendaient de l’aide sociale. Les deux tiers ont fait état d’un revenu inférieur à 10 000 $ par année. Certaines avaient des problèmes de santé physique en plus de vivre avec leur maladie mentale. La majorité des femmes avait peu de responsabilités ou d’activités pour occuper leur journée, mis à part des contacts sociaux limités et quelques activités structurées. Elles dépendaient du transport en commun pour se rendre à leurs rendez-vous ou à leurs activités. Le téléphone était un moyen important d’entrer en contact avec les membres de leur système de soutien, surtout en période de crise.

Les femmes ont précisé que les membres de leur famille et les fournisseur(euse)s de soins de santé mentale étaient les personnes de la société qui leur offraient le plus de soutien dans leur vie. Ces personnes offraient un large éventail de services de soutien pratique et émotif. Même si les amies se limitaient en grande partie aux personnes qui vivaient également avec une maladie mentale grave, elles ont précisé que ces amies fournissaient une source de liens significatifs. Contrairement aux membres de la famille et aux fournisseur(euse)s de soins de santé, les amies offraient surtout un soutien affectif. Il est important de souligner que les femmes semblaient se reconnaître dans les propos des unes et des autres lorsqu’elles parlaient de ces relations interpersonnelles et de leur place dans la collectivité en tant que femmes ayant une maladie mentale grave.

Même si le fait de vivre avec une maladie mentale grave et que le contexte social dans lequel vivent ces femmes rendent difficiles l’établissement et le maintien d’un système de soutien social, l’étude laisse entendre que ces liens sont importants pour les femmes atteintes de schizophrénie. Les décideur(euse)s, les fournisseur(euse)s de soins de santé et les planificateur(trice)s de programmes pourraient améliorer la vie des femmes vivant avec une maladie mentale grave en prenant des mesures qui favorisent la création de systèmes de soutien social.

Les conclusions provenant de cette étude renforcent celles qui sont citées dans d’autres documents faisant la promotion des politiques de santé sensibles au genre ainsi que d’une approche de soins de santé primaires axée sur les femmes pour les femmes atteintes d’une maladie mentale grave [2]. L’élaboration de méthodes novatrices visant à faciliter la mise en œuvre de ces recommandations permettrait de soutenir les femmes atteintes d’une maladie mentale grave pendant leur rétablissement et leur réintégration dans la collectivité.

Recommandations

  1. Soutenir les services, les activités et les initiatives de soutien communautaires conçus expressément pour les femmes atteintes d’une maladie mentale grave.

  2. Offrir une formation et un appui aux femmes atteintes d’une maladie mentale grave faisant partie d’un réseau de soutien mutuel.

  3. Offrir une formation aux membres des familles sur le rôle du soutien social dans la vie des femmes atteintes de schizophrénie; les membres des familles ont également besoin d’un soutien.

  4. Offrir aux femmes atteintes d’une maladie mentale grave l’accès à un(e) travailleur(euse) de la santé qui connaît les ressources disponibles et qui peut aider les femmes à faire des choix quant aux ressources communautaires les mieux adaptées à leur situation.

  5. Améliorer les partenariats intersectoriels entre les organismes qui servent les femmes en général et les femmes atteintes d’une maladie mentale grave en particulier.

  6. Augmenter l’accès au personnel de santé de sexe féminin pour discuter des problèmes de santé de nature délicate.

  7. Appuyer les services téléphoniques dans le cadre de l’aide sociale.

  8. Offrir un soutien pour une carte d’abonnement d’autobus dans le cadre de l’aide sociale.

  9. Accroître les possibilités de participer à des programmes de formation professionnelle pour les femmes atteintes d’une maladie mentale grave.

 




NOTES

[1] W. M. Chernomas, D. E. Clarke et F. A. Chisholm, «The perspectives of women living with schizophrenia», dans Psychiatric Services, vol. 51, no 12, 2000, p. 1517 1521.

[2] M. Morrow et M. Chappel, «Hearing Women’s Voices: Mental Health Care for Women», Vancouver, Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de la Colombie-Britannique, 1999. L. Thielen-Wilson, L. Hinton, S. Macphail, S. Scarrow et N. J. Kelly, «Barriers to the Implementation of Gender-sensitive Policy and Principles of Service in Ontario’s Mental Health System», London, Ontario, Women’s Mental Health Action and Research Coalition, 2001.

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