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Bulletin de recherche: La santé mentale et de l'accoutumance chez les femmes , Printempts 2006, volume 5, numéro 1

Relier les systèmes, appuyer le changement : Les maisons de transition, les femmes qui subissent la violence du partenaire et la consommation de drogues et d’alcool

Nancy Poole, Lorraine Greaves, Natasha Jategaonkar, Lucy McCullough et Cathy Chabot, Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de la Colombie-Britannique

Les chercheur(euse)s font état de taux élevés de violence de la part du partenaire intime chez les femmes qui consomment des drogues et de l’alcool [1]. Toutefois, peu d’études ont porté sur la consommation d’alcool et d’autres drogues par les femmes qui ont quitté des partenaires violents pour aller habiter dans des refuges ou des maisons de transition. Pour les femmes toxicomanes qui subissent la violence du partenaire intime, le fait de se rendre à un refuge peut être une transition importante dans leur vie et l’occasion de régler bon nombre de problèmes personnels. Cette situation offre au personnel des refuges une occasion importante d’influer sur la consommation problématique des femmes et de les aider à gérer le stress sous-jacent à leur consommation de drogues et d’alcool. Dans une étude réalisée récemment, on a exploré le lien entre la consommation d’alcool et d’autres drogues, le niveau déclaré de stress chez les femmes toxicomanes qui subissent la violence du partenaire intime et les répercussions des interventions sur la consommation d’alcool et de drogues qui sont proposées dans les maisons de transition ou les refuges [2].

Conception de l’étude

Toutes les femmes qui ont été admises à l’une des 13 maisons de transition de la Colombie‑Britannique entre octobre 2002 et juin 2003 ont été invitées à participer à l’étude. Les femmes qui ont rempli les formulaires de sélection et de consentement ont pu participer à l’étude si elles avaient indiqué consommer de l’alcool ou toute autre drogue plus de cinq fois par semaine (sauf si la drogue était de la nicotine). Elles pouvaient également participer à l’étude si elles avaient rapporté une consommation simultanée de plusieurs drogues (d’une fois par mois à plus de cinq fois par semaine) ou si elles avaient signalé un problème actuel de consommation d’alcool ou de toute autre drogue.
Les femmes qui ont signalé ces niveaux de consommation de drogues et d’alcool pendant la période où elles cherchaient un refuge ont été interrogées à deux reprises, la première fois peu après leur admission à la maison de transition (temps 1) et de nouveau environ trois mois plus tard, lorsqu’elles vivaient dans la collectivité (temps 2). Au cours de chaque entrevue, les femmes ont dû remplir des questionnaires sur la consommation d’alcool et d’autres drogues, le niveau de stress et l’expérience de violence de la part du partenaire intime (court test de dépistage de dépendance à l’alcool du Michigan (Michigan Alcohol Screening Test) [3], questionnaire sur les motifs liés à la consommation (Drinking Motives Questionnaire) [4], calendrier du Timeline Follow-back [5], index de la violence entre conjoints (Index of Spouse Abuse) [6], échelle de stress perçu (Perceived Stress Scale-10) [7] et questionnaire non standardisé sur les facteurs de stress). On a également posé aux femmes des questions ouvertes conçues pour leur permettre de fournir des renseignements dans leurs propres mots. Soixante-quatorze femmes ont fait les deux entrevues.

Conclusions

Toxicomanie

Même si le pourcentage de femmes faisant usage du tabac est resté relativement constant, les femmes ont réduit considérablement leur consommation d’alcool entre le temps 1 et le temps 2. En plus de l’alcool et du tabac, les stimulants étaient la catégorie de drogues utilisées le plus couramment au temps 1. À l’instar de l’alcool, on a noté une réduction importante dans la fréquence de la consommation de stimulants au temps 2. Toutefois, entre le temps 1 et le temps 2, on n’a pas remarqué de diminution importante de la consommation de dépresseurs, soit médicaux ou non médicaux.

Tableau 1. Fréquence de la consommation d’alcool et d’autres drogues au temps 1 et au temps 2
Catégorie de drogue TEMPS 1 TEMPS 2
Nombre moyen de jours de consommation : plus de 3 verres Nombre moyen de jours de consommation : plus de 3 verres
Alcool a 15.75 4.42
  Pourcentage de fumeuses actuelles Pourcentage de fumeuses actuelles
Tabac 77% 73%
  Pourcentage moyen (%) de jours de consommation Pourcentage moyen (%) de jours de consommation
Stimulantsb 20.19% 3.95%
Dépresseurs (usage non médical) c 18.76% 12.66%
Dépresseurs (usage médical) d 17.72% 15.22%

a On décrit la consommation d’alcool en fonction du nombre de jours au cours des trois derniers mois où une femme a consommé au moins trois boissons alcoolisées à la même occasion (c.-à-d. une consommation occasionnelle excessive d’alcool).

b La cocaïne et les méthamphétamines sont de bons exemples de stimulants utilisés.

c Le cannabis, l’héroïne ainsi que les médicaments antidouleur et les tranquillisants prescrits qui ne sont pas utilisés conformément à l’ordonnance.

d Les dépresseurs utilisés conformément à l’ordonnance (doses, fréquence et horaire de prises) – les benzodiazépines étaient les dépresseurs utilisés le plus souvent à des fins médicales.

Nous avons comparé la consommation d’alcool et d’autres drogues chez les femmes qui ont eu accès à de l’aide relativement à leur consommation de drogues et d’alcool dans les maisons de transition, qu’il s’agissait d’interventions soutenues ou minimales. Il est intéressant de noter que les femmes qui ont reçu l’un ou l’autre de ces niveaux d’intervention ont réduit leur consommation d’alcool et d’autres drogues.

Niveau de stress

Les femmes ont signalé un niveau de stress inférieur dans bien des domaines de leur vie après un séjour dans une maison de transition. Le changement le plus important observé portait sur le stress lié à la relation avec un partenaire, puis venaient ensuite la santé mentale, les questions d’ordre juridique, le logement et la santé physique. Comme le montre le diagramme 1, on a observé de grandes diminutions du niveau de stress, mais ces facteurs restent quand même des sources importantes de stress dans la vie des femmes au temps 2.

Diagramme 1: Femmes vivant <<beaucoup de stress>> en raison de facteurs présents dans leur vie

Pourcentage

 

La description que les femmes ont faite de leur expérience de consommation de drogues et d’alcool, des facteurs de stress (qu’ils soient psychosociaux, relationnels ou structurels) et de la violence a mis en lumière une relation complexe entre la violence et la consommation de drogues et d’alcool. Les questions structurelles, telles que le logement, le soutien au revenu, le transport et l’accès aux soins de santé, étaient intégralement liées au stress et à la consommation de drogues et d’alcool des femmes, et les services de santé et sociaux fragmentés étaient un obstacle fréquent aux efforts déployés par les femmes en vue d’améliorer leur vie. Les participantes ont mentionné qu’elles avaient de la difficulté à utiliser les systèmes de santé et de services sociaux en raison d’un manque de coordination entre ces systèmes et ces services en ce qui concerne le traitement des questions multiples. Cela était particulièrement vrai pour les femmes en milieu rural qui étaient beaucoup plus susceptibles d’éprouver de la difficulté à avoir accès aux services que les femmes en milieu urbain.

Conclusions et recommandations

Dans l’étude, on a déterminé que les maisons de transition jouaient un rôle positif pour favoriser des changements multidimensionnels dans la vie des femmes. Les femmes ont signalé une amélioration importante quant au niveau de stress et à la consommation de drogues et d’alcool à la suite de leur expérience dans un refuge. Cette étude laisse entendre qu’il est donc important d’augmenter la sensibilisation aux liens entre la consommation de drogues et d’alcool, la santé mentale, l’expérience de la violence et le besoin de services sociaux et d’un soutien au revenu. Il faut également créer une infrastructure intégrée de services qui appuie les femmes qui veulent maintenir les changements et rebâtir leur vie dans la période suivant leur séjour dans une maison de transition.




NOTES

[1] Consulter, par exemple, M. Testa, J. A. Livingston et K. E. Leonard, «Women’s substance use and experiences of intimate partner violence: A longitudinal investigation among a community sample», dans Addictive Behaviors, vol. 28, 2003, p. 1649-1664. L. Najavits, J. Sonn, M. Walsh et R. D. Weiss, «Domestic violence in women with PTSD and substance abuse», dans Addictive Behaviors, vol. 29, 2004, p. 707-715

[2] La présente recherche a été menée par le Centre d’excellence pour la santé de femmes – région de la Colombie-Britannique et a été financée par l’Alcoholic Beverage Medical Research Foundation. Nous remercions la Society of Transition Houses – BC and Yukon ainsi que toutes les femmes qui ont participé à l’étude, Renée Cormier, pour sa contribution à la conception et aux premières étapes du projet, et Anne VanderBijl, pour la coordination des entrevues. On peut retrouver un article sur cette étude dans Visions, vol. 2, no 4, 2004, p. 39-40. Un autre article sera publié sous peu (N. Jategaonkar, L. Greaves, L. McCullough, N. Poole et C. Chabot, «Multiple isolation: Concurrent experiences of substance use and violence among women in rural and urban British Columbia», dans Canadian Woman Studies, sous presse).

[3] A. D. Pokorny, B. A. Miller et H. B. Kaplan, «The brief MAST: A shortened version of the Michigan alcoholism screening test», dans American Journal of Psychiatry, vol. 129, no 3, 1972, p. 342-345.

[4] M. L. Cooper, M. Russell, J. B. Skinner et M. Windle, «Development and validation of a three-dimensional measure of drinking motives», dans Psychological Assessment, vol. 4, no 2, 1992, p. 123-132.

[5] L. C. Sobell et M. B. Sobell, «Timeline follow-back: A technique for assessing self-reported alcohol consumption», dans R. Z. Litten et J. Allen (éditeurs), Measuring Alcohol Consumption: Psychosocial and Biological Methods, New Jersey, Humana Press, 1992, p. 41-68.

[6] W. W. Hudson et S. R. McIntosh, «The assessment of spouse abuse: Two quantifiable dimensions», dans Journal of Marriage and the Family, vol. 43 no 4, 1981, p. 873-888.

[7] S. R. Cole, «Assessment of differential item functioning in the perceived stress scale-10», dans Journal of Epidemiology and Community Health, vol. 53, no 5, 1999, p. 319-320. S. Cohen, T. Kamarck et R. Mermelstein, «A global measure of perceived stress», dans Journal of Health and Social Behaviour, vol. 24, no 4, 1983, p. 385-396.

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