Centres d’excellence pour la santé des femmes


PUBLICATIONS
PLUS D'INFORMATION

Bulletin de recherche: La santé mentale et de l'accoutumance chez les femmes , Printempts 2006, volume 5, numéro 1

Réinstallation, déplacements et innovations dans la réforme de la santé mentale : Examen des répercussions de la désinstitutionnalisation psychiatrique sur les femmes, les hommes et les collectivités

Marina Morrow, Faculty of Health Sciences, Simon Fraser University, Jules Smith, Reproductive Mental Health Program, Women’s Hospital and Health Centre de la Colombie Britannique (C.-B.) et Simon Fraser University, Ann Pederson, Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de la Colombie Britannique (CESFCB), Lupin Battersby, CESFCB et Simon Fraser University, et Alain Lesage, Département de psychiatrie de l’Université de Montréal

Au cours des trente dernières années, les progrès réalisés dans la compréhension et le traitement des problèmes de santé mentale ainsi que les tendances sociales et économiques plus larges ont modelé la restructuration du système de soins de santé canadien. Une caractéristique importante de la réforme de la santé mentale a été la désinstitutionnalisation des personnes atteintes de formes graves de maladie mentale, qui sont passées des grands hôpitaux psychiatriques à différents types d’établissements, y compris les établissements de soins tertiaires à l’ambiance chaleureuse et d’autres formes de logements subventionnés dans la collectivité.

En Colombie-Britannique, la phase la plus récente de la désinstitutionnalisation a commencé en 2000 par la restructuration du seul établissement psychiatrique de soins tertiaires de la province, soit l’Hôpital Riverview, et le transfert des patient(e)s provenant du Lower Mainland vers divers établissements de la province. Dans le système de soins de santé régionalisé de la C.-B., dans lequel les ressources se déplacent avec les individus des grands centres urbains vers des collectivités plus petites, cette phase de la désinstitutionnalisation créera vraisemblablement de nouvelles demandes de services de santé mentale dans ces collectivités, ce qui augmentera les possibilités d’emploi dans le domaine de la santé mentale et créera une plus grande interaction entre les habitants des collectivités et les personnes chez qui on a diagnostiqué une maladie mentale grave. Malgré ces changements et ces pressions, on s’attend à ce que de nouveaux modèles de soins en établissement permettent d’améliorer la qualité de vie des personnes ayant des problèmes psychiatriques graves. Jusqu’à maintenant, on en sait toutefois très peu sur la façon dont la désinstitutionnalisation peut toucher différemment les hommes et les femmes et sur le type de besoins uniques qui émergent quand les personnes sont déplacées dans une nouvelle collectivité [1].

Traditionnellement, on a supposé que le début tardif de la maladie mentale chez les femmes, un meilleur fonctionnement avant l’apparition de la maladie, de plus courts séjours à l’hôpital pendant les périodes de maladie et des réseaux plus étendus de soutien favorisaient l’indépendance des femmes en milieu résidentiel [2], tout comme les plus grandes aptitudes des femmes à tenir la maison et à s’acquitter des rôles familiaux [3]. Toutefois, même si au départ les femmes atteintes d’une maladie mentale se débrouillent mieux que les hommes dans des situations de vie indépendante, la recherche laisse supposer que ces avantages ne se maintiennent pas nécessairement avec le temps [4]. La recherche révèle également que des variables sociales jouent un rôle important dans la maladie mentale, plus particulièrement le fait que la maladie mentale est exacerbée par le manque de sécurité financière et de soutien social [5].

Défis de l’intégration

Les points de vue divergents sur les causes et les traitements des maladies mentales, doublés des perceptions erronées stigmatisantes au sujet de la santé mentale, peuvent menacer la capacité des nouvelles personnes à s’intégrer dans les villes où la population est peu dense et où les traditions sur les comportements sociaux acceptables sont bien établies [6]. Une étude réalisée récemment en Australie a permis de constater que, même six ans après la désinstitutionnalisation, les problèmes liés à l’intégration sociale sont toujours présents [7]. D’autres études ont également démontré qu’il faut mettre en place des stratégies durables d’éducation du public et des possibilités d’intégration [8]. En fait, l’attitude de la collectivité à leur égard aussi bien qu’envers la maladie mentale en général a été identifiée comme un problème prioritaire par les patient(e)s désinstitutionnalisé(e)s [9].

La désinstitutionnalisation des gens atteints de maladie mentale soulève une myriade d’autres enjeux liés à l’intégration, y compris une pression accrue sur les organismes communautaires et les aidant(e)s naturel(le)s, qui sont souvent des femmes de la famille. Les organismes de défense des consommateurs sont également mis sous pression lorsque les soins sont transférés aux collectivités parce que les bénéficiaires de services de santé mentale ont souvent besoin de formes complexes d’intervention lorsqu’ils/elles vivent dans la collectivité. De plus, un logement approprié est sans doute le service de soutien communautaire le plus important en vue de la réussite des soins communautaires offerts aux personnes atteintes d’une maladie mentale [10]. Une étude fondée sur une théorie à base empirique réalisée récemment établit la preuve de l’interaction entre la qualité du logement des personnes atteintes d’une maladie mentale et la qualité de leurs relations qui, à son tour, se rapporte au niveau de soutien social qu’elles reçoivent [11]. Même si diverses études ont commencé à montrer l’amélioration survenant chez les personnes atteintes de maladie mentale par le processus de désinstitutionnalisation, elles ont toutes constaté que cette amélioration dépendait de la prestation d’un large éventail de ressources adéquates [12].

Pour que la désinstitutionnalisation fonctionne, toute la gamme des personnes en cause doivent y participer, en particulier les personnes chez qui on a diagnostiqué une maladie mentale. Par conséquent, il faut mettre en place des mécanismes visant à promouvoir la participation communautaire et la participation significative des personnes qui sont transférées de l’Hôpital Riverview. La consignation de l’ensemble des points de vue et des expériences des personnes touchées par la désinstitutionnalisation et la reconnaissance de leurs divers niveaux de pouvoir sur le plan personnel et institutionnel sont donc des éléments essentiels au développement des services communautaires dans le cadre du processus de réforme [13].

Il y a peu d’études sur les résultats de la désinstitutionnalisation dans le contexte canadien, et celles qui ont été réalisées portent principalement sur les dimensions cliniques et/ou professionnelles et administratives. Cette étude est unique parce qu’elle s’intéresse à l’éventail des personnes touchées par la désinstitutionnalisation (fournisseur(euse)s de soins de santé mentale, bénéficiaires, membres de la famille et membres de la collectivité) et aux relations institutionnelles qui modèlent la réforme de la santé mentale, parce qu’elle fait appel à une analyse fondée sur le genre et parce qu’elle s’attache aux répercussions de la désinstitutionnalisation sur les femmes et les hommes atteint(e)s d’une maladie mentale et sur la collectivité dans laquelle ils/elles vivent.




NOTES

[1] 1. Une nouvelle étude triennale dirigée par la Dre Marina Morrow (Faculty of Health Sciences, Simon Fraser University (SFU)) s’intéresse à la capacité des collectivités de gérer ces changements et de répondre aux besoins propres aux femmes et aux hommes qui quittent Riverview. Community Capacity, Gender and Mental Health Reform in BC fera appel à l’ethnographie féministe et à une analyse fondée sur le genre afin d’examiner le processus de désinstitutionnalisation psychiatrique qui survient dans deux villes de la région sanitaire intérieure de la C.-B. (Kamloops et Vernon) et ses répercussions sur les bénéficiaires de soins, les aidant(e)s membres de la famille, les fournisseur(euse)s de soins et les collectivités. L’équipe de chercheur(euse)s de la Dre Morrow comprend Alain Lesage, MD, FRCPC (Centre de recherche Fernand-Séguin, Hôpital Louis-H. Lafontaine, à Montréal, au Québec), Ann Pederson, M.Sc. (CESFCB), Jules Smith, M.A., Comité régional de coordination (CRC) (chercheuse en chef et coordonnatrice de travaux, SFU), et Lupin Battersby, M.A., CRC (chercheur, SFU). L’étude est financée par le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) et par la Michael Smith Foundation for Health Research.

[2] M. A. Test, S. Burke et L. Wallisch, «Gender differences of young adults with schizophrenic disorders in community care», dans Schizophrenia Bulletin, vol. 16, no 2, 1990, p. 331-344. M. Bennett, M. Handel et D. Pearsall, «Behavioural Differences between Female and Male Hospitalized Chronically Mentally Ill Patients», dans L. Bachrach et C. Nadelson (éditeurs), Treating Chronically Mentally Ill Women, Washington (DC), American Psychiatric Press, 1988, p. 31-43. M. Angermeyer, L. Kuhn et J. Goldstein, «Gender and the course of schizophrenia: Differences in treated outcomes», dans Schizophrenia Bulletin, vol. 16, no 2, 1990, p. 293-318.

[3] Test et coll., 1990. H. McPherson, «The Impact of Severe Mental Illness on a Woman », dans S. E. Romans (éditrice), Folding Back the Shadows: A Perspective on Women's Mental Health, Dunedin (Nouvelle-Zélande), University of Otago Press, 1998, p. 251-261.

[4] J. Cook, «Independent community living among women with severe mental illness: A comparison with outcomes among men», dans Journal of Mental Health Administration, vol. 21, no 4, 1994, p. 361-373.

[5] S. Onken et coll., Mental Health Recovery: What Helps and What Hinders? A National Research Project for the Development of Recovery Facilitating System Performance Indicators, Washington (DC), National Technical Assistance Center for State Mental Health Planning, 2002.

[6] G. Halseth, Cottage Country in Transition: A Social Geography of Change and Contention in the Rural-Recreational Countryside, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 1998. L. M. Sullivan, The geography of community crisis: A case of Tumbler Ridge, British Columbia, Prince George, University of Northern British Columbia, 2002. Thèse de maîtrise.

[7] C. Hobbs et coll., «Deinstitutionalization for long-term mental illness: A six-year evaluation», dans Australian and New Zealand Journal of Psychiatry, vol. 36, no 1, 2002, p. 60-66.

[8] A. Granerud et E. Severinsson, «The new neighbor: Experiences of living next door to people suffering from long-term mental illness», dans International Journal of Mental Health Nursing, vol. 12 no 1, 2003, p. 3-10. L. Newton et coll., «Moving out and moving on: Some ethnographic observations of deinstitutionalization in an Australian community», dans Psychiatric Rehabilitation Journal, vol. 25, no 2, 2001, p. 152-162.

[9] G. Browne et M. Courtney, «Housing, social support and people with schizophrenia: A grounded theory study», dans Issues in Mental Health Nursing, vol. 26, no 3, 2005, p. 311 326.

[10] Browne et Courtney, 2005. A. Freeman, J. Malone et G. E. Hunt, «A statewide survey of high support services for people with chronic mental illness: Assessment of needs for care, level of functioning and satisfaction», dans Australian and New Zealand Journal of Psychiatry, vol. 38, no 10, 2004, p. 811-818. I. B. Hickie et coll., «Australian mental health reform: Time for real outcomes», dans Medical Journal of Australia, vol. 182, no 8, 2005, p. 401-406. A. C. Holmes et coll., «Accommodation history and continuity of care in patients with psychosis», dans Australian and New Zealand Journal of Psychiatry, vol. 39, no 3, 2005, p. 175-179.

[11] Browne et Courtney, 2005.

[12] J. Farhall et coll., «Minimizing adverse effects on patients of involuntary relocation from long-stay wards to community residences», dans Psychiatric Services, vol. 54, no 7, 2003, p. 1022-1027. J. Leff et N. Trieman, «Long-stay patients discharged from psychiatric hospitals. Social and clinical outcomes after five years in the community», The TAPS Project 46, dans British Journal of Psychiatry, vol. 176, 2000, p. 217-223. P. Lerman, D. H. Apgar et T. Jordan, «Longitudinal changes in adaptive behaviors of movers and stayers: Findings from a controlled research design», dans Mental Retardation, vol. 43, no 1, 2005, p. 25-42. P. Sealy et P. C. Whitehead, «Forty years of deinstitutionalization of psychiatric services in Canada: An empirical assessment», dans Canadian Journal of Psychiatry, vol. 49, no 4, 2004, p. 249-257.

[13] M. Morrow, «Mental health reform, economic globalization and the practice of citizenship», dans Canadian Journal of Community Mental Health, vol. 23, no 2, 2004, p. 39-50.

Haut de la page

 

Page 9 de 10 <<précédente | Table des matières | prochaine>>

 

Novelles questions nouvelle connaissance