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Bulletin de recherche: Rapports sociaux entre les sexes et VIH/sida : passons aux actes, Automne 2006, volume 5, numéro 2 Rapports sociaux entre les sexes et VIH/sida : passons aux actes
Cet été, plus de 25 000 personnes en provenance de partout dans le monde se sont rassemblées à Toronto pour partager toutes sortes de nouvelles connaissances, expériences et meilleures pratiques et pour continuer à mener cette bataille contre le VIH/sida qui mobilise toute la planète. La Société internationale sur le SIDA a choisi comme thème du Congrès « Passons aux actes », affirmant que nous possédons déjà les données et les outils nécessaires pour faire face à la pandémie, mais qu'il nous manque « les ressources et la volonté collective pour traduire les connaissances et l'expérience actuelles en programmes de prévention et de traitement du VIH accessibles par le plus grand nombre ». Il manque une dimension à cette « volonté collective », et c'est la volonté de tenir compte des inégalités entre les sexes. Malgré la multitude de recherches effectuées sur l'importance de cette question dans la pandémie et malgré le travail extraordinaire de revendication et de sensibilisation accompli par et pour les femmes vivant avec le VIH/sida, les besoins des femmes et des filles ainsi que les considérations sexospécifiques sont toujours étonnamment sous-représentés dans la recherche, les démarches revendicatrices et les programmes politiques. Même le Congrès international sur le sida fournit une illustration de cet état de fait. Lors du Congrès de 2002, à Barcelone, seulement 9,6 % des affiches, des articles et des présentations en plénière faisaient mention des femmes ou des filles. Et un nombre encore moindre de présentations portaient sur les besoins des femmes et des filles ou sur les dimensions de la pandémie liées aux différences entre les sexes. Deux ans plus tard, lors du Congrès international de Bangkok, les femmes apparaissaient dans seulement 8,3 % du programme. Même si les femmes et les filles ont été mentionnées plus fréquemment lors du Congrès de Toronto que lors des éditions précédentes de cette rencontre bisannuelle, un examen préliminaire du programme laisse croire qu'une analyse de la pandémie tenant compte des différences entre les sexes brille encore tristement par son absence. Parmi les séances désignées par les organisateurs du Congrès comme possédant une composante liée aux rapports sociaux entre les sexes, plus du tiers ne faisait aucunement mention des femmes ou des filles, et quand cette mention avait lieu, l'analyse portait sur les différences entre les sexes plutôt que sur les rapports sociaux entre les sexes. Le présent numéro du Bulletin de recherche vise à corriger ce manque d'attention aux questions relatives aux rapports sociaux entre les sexes et au VIH. En commençant par un rappel sur les mécanismes par lesquels les facteurs liés au sexe et aux différences entre les sexes contribuent à rendre les femmes et les filles plus vulnérables au VIH, ce numéro offre à la lectrice non seulement de quoi améliorer sa compréhension de l'épidémie, mais aussi des outils pour commencer à réfléchir aux réponses à y apporter. Par exemple, les représentations de l'épidémie dans les médias continuent de mettre l'accent sur la transmission du VIH par les rapports sexuels ou la consommation de drogues injectables et sur les effets des thérapies anti-rétrovirales sur le prolongement de la vie des personnes atteintes. Mais, on commence à peine à parler des problèmes complexes liés à l'alimentation des nouveau-nés qui surviennent lorsqu'une mère est atteinte du VIH/sida. Et c'est à peine si on commence à comprendre les liens entre les traumatismes subis dans l'enfance (notamment la violence sexuelle, affective et physique), les problèmes qui s'ensuivent (l'éloignement de la famille et de la communauté et la consommation de drogues) et le risque que courent les femmes de contracter le VIH. À partir d'une compréhension de ces questions complexes relatives aux traumatismes, nous pouvons mieux saisir la relation entre ces expériences et les autres iniquités sociales qui façonnent l'existence de certains peuples autochtones du Canada. Il n'est donc guère étonnant qu'au Canada, les femmes autochtones courent un risque disproportionné d'infection au VIH. De toute évidence, nous avons besoin d'un ensemble de réponses afin de réduire le risque d'infection au VIH ou d'améliorer les effets des solutions existantes. Et ces réponses doivent être élaborées en tenant compte du genre et du sexe biologique. Étant donné, par exemple, le risque accru d'infection au VIH chez les femmes lors de rapports hétérosexuels, l'incapacité historique à adapter les messages et les ressources de sensibilisation et de prévention en matière de VIH/sida aux besoins des jeunes hommes hétérosexuels a eu de graves conséquences, tant pour les hommes que pour les femmes. Nous prenons peu à peu conscience que les services qui ont été créés lors des phases antérieures de l'épidémie ne sont pas nécessairement appropriés aux personnes qui sont présentement infectées. Par exemple, les services actuels de counselling et de soutien social sont-ils adaptés aux besoins des femmes atteintes du VIH ? Les programmes de soins palliatifs offrent-ils le type d'éducation et d'aide que nécessitent les soignants et les soignantes qui s'occupent de personnes atteintes du VIH/sida ? Mettons-nous à profit nos compétences et nos ressources en matière de programmes afin de transformer les rapports entre les sexes de manière à favoriser la capacité des femmes, des hommes, des filles et des garçons à prendre leur santé en main et à mieux gérer leur risque de contracter le VIH ? Vu la nature évolutive de l'épidémie, tant au Canada qu'ailleurs dans le monde, et notre compréhension croissante de la façon dont le sexe et des rapports sociaux entre les sexes façonnent l'évolution de cette épidémie, il est grand temps de « passer aux actes » et d'intégrer les différences entre les sexes à la lutte contre le VIH/sida. Nous avons reconnu le problème, alors il est temps d'agir.
Barbara Clow
Directrice, recherche et
politiques
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