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Bulletin de recherche: Rapports sociaux entre les sexes et VIH/sida : passons aux actes, Automne 2006, volume 5, numéro 2

Les besoins des jeunes hommes hétérosexuels : les rapports sociaux entre les sexes et l'éducation en matière de prévention du VIH/sida

Jacqueline Gahagan, Laura Barbour et Susan McWilliam, Dalhousie University

Les initiatives visant à favoriser une sexualité saine chez les jeunes adultes, notamment celles portant sur la prévention du VIH/sida et des infections transmises sexuellement (ITS), existent depuis des décennies [1]. Toutefois, la plupart des ces initiatives ont été conçues pour les jeunes femmes hétérosexuelles et les hommes gais et s'adressent prioritairement à ces groupes [2]. En fait, la plupart des campagnes et des interventions canadiennes sur la santé sexuelle axées sur la prévention des infections au VIH ne tiennent pas compte des jeunes hommes hétérosexuels [3-5]. Cette situation est fort problématique, car les statistiques de Santé Canada indiquent une augmentation des infections au VIH dans la population féminine en raison de rapports sexuels non protégés avec des partenaires masculins porteurs du VIH [6].

Selon une recherche effectuée récemment, les jeunes Canadiens et Canadiennes d'aujourd'hui sont moins bien renseignés à propos du VIH/sida et des méthodes de protection contre les infections transmises sexuellement que ne l'étaient les jeunes à la fin des années 1980 [1]. Il est donc essentiel de trouver des façons nouvelles et innovatrices d'élaborer des ressources sur la sexualité saine et de sensibiliser les jeunes, et plus particulièrement les jeunes hommes hétérosexuels, à ce concept.

L'étude Buddy, une recherche qualitative s'échelonnant sur deux ans réalisée en Nouvelle-Écosse et financée par la Fondation canadienne de recherche sur le sida (CANFAR), a été conçue afin d'explorer et de mettre en contexte les perceptions des jeunes hommes hétérosexuels relativement aux comportements, aux rôles et aux responsabilités dans la sphère sexuelle. Cette étude cherchait aussi à déterminer les obstacles et les lacunes dans le processus de prise de décision de ces jeunes en matière de santé sexuelle. Trente entrevues individuelles et neuf groupes de discussion ont eu lieu sur une période de deux ans (2003-2004) auprès de jeunes hommes et de jeunes femmes . Treize entrevues supplémentaires en profondeur ont été réalisées avec des éducateurs et éducatrices en santé sexuelle et génésique afin d'en savoir davantage sur leurs expériences de travail auprès des jeunes. Les séances d'entrevue ont été enregistrées, transcrites mot pour mot puis analysées par thèmes afin de déterminer la présence de constantes dans les données.

L'analyse des entrevues et des groupes de discussion réalisés la première année auprès des jeunes hommes et des professionnels offrant des services de santé sexuelle a permis de mettre en lumière quelques-unes des contraintes complexes et sous-jacentes qui s'exercent sur certains jeunes hommes lorsqu'il s'agit de parler de sexe et de sexualité. Les entrevues et les groupes de discussion réalisés avec des jeunes femmes dans la deuxième année du projet ont permis d'avoir une perspective plus vaste des relations entre les partenaires sexuels, les tabous sociaux et les obstacles à une sexualité saine.

Les rapports sociaux entre les sexes ont constitué un important déterminant de santé sexuelle parmi les participants à la recherche : (1) la nature et l'ampleur des comportements à risque varient selon le sexe de la personne; (2) les valeurs socioculturelles et les normes liées aux sujets tabous que sont le sexe et la sexualité diffèrent selon les sexes; (3) les rôles, les responsabilités et les attentes (relativement aux comportements sexuels en général, aux pratiques sexuelles à risques réduits , à la contraception et à la prévention des maladies) sont souvent répartis inégalement entre les partenaires de sexe masculin et féminin dans le contexte d'une relation hétérosexuelle .

Voici certaines de nos principales constatations :

  • Les jeunes hommes étaient moins susceptibles que les jeunes femmes de parler ouvertement de sexe ou de rechercher de l'information précise sur la santé sexuelle parce qu'ils éprouvaient de l'embarras ou craignaient d'avoir l'air ridicule ou stupide, ou de manquer de virilité.
  • La plupart des participants n'utilisaient pas le condom régulièrement.
  • Les jeunes femmes étaient plus susceptibles que leurs partenaires de sexe masculin de prendre la responsabilité d'assurer une relation protégée parce qu'elles avaient le sentiment que les conséquences seraient plus graves pour elles en cas de grossesse ou d'infection transmise sexuellement.
  • La plupart des participants étaient d'avis que « la société » exerce plus de pressions sur les jeunes femmes que sur les jeunes hommes pour qu'elles soient responsables et adoptent des pratiques sexuelles à risques réduits.
  • Pour les participants, la plus grande priorité en matière de santé sexuelle était la prévention de la grossesse.
  • La plupart des participants croyaient ne courir aucun risque d'entrer en contact avec le VIH par des relations sexuelles non protégées, même lorsqu'ils ne connaissaient pas bien leur partenaire sexuel.

Ces résultats indiquent l'existence d'un rapport entre les comportements sexuels normatifs de chacun des sexes, les paradigmes socioculturels omniprésents qui réglementent et normalisent les croyances sexuelles ainsi que les attitudes et les conceptions en matière de responsabilité chez les participants. Tous les participants à l'étude ont fait état de scénarios dans lesquels les inégalités entre les sexes relativement à la prise de responsabilité en matière de relations sexuelles mieux protégées, de contraception, de prévention des maladies et de comportements sexuels jouaient un rôle important dans les processus de prise de décision en matière de santé sexuelle.

 

Recommandations

Pour les professionnels de la santé :

  • Mettre en place des services de santé sexuelle et génésique accessibles, ouverts aux jeunes et adaptés aux besoins propres à chacun des sexes;
  • Faire en sorte que de l'information adéquate et détaillée à propos du VIH et d'autres ITS soit fournie aux jeunes hommes et aux jeunes femmes d'une manière qui tienne compte des particularités de chaque sexe;
  • Fournir des condoms dans des endroits facilement accessibles à tous les jeunes, y compris dans les régions rurales ou plus éloignées.

Pour les décideurs :

  • Mettre l'accent sur les soins de santé primaires pour tous les résidents de la Nouvelle-Écosse en tant que moyen d'améliorer la santé et le bien-être globaux et de réduire l'incidence des infections à VIH parmi les jeunes;
  • Tenir compte des normes sexuelles propres à chaque sexe dans l'élaboration des messages de prévention du VIH et des stratégies d'intervention en effectuant des analyses auprès des hommes et des femmes;
  • Créer un forum permettant aux jeunes de discuter des différences entre les sexes en ce qui a trait aux prises de décision sur la sexualité et aux besoins en matière d'éducation sur la santé sexuelle, dans le but de favoriser un dialogue ouvert.

Les rapports sociaux entre les sexes continuent de jouer un rôle central dans le façonnement des comportements sexuels, des rôles et des responsabilités chez les jeunes adultes. Afin de répondre aux besoins et aux préoccupations en matière de santé sexuelle, y compris la prévention du VIH, des jeunes hommes hétérosexuels, les éducateurs et les prestataires de services de santé doivent commencer par prendre conscience du lien étroit qui existe entre les normes sexuelles et les comportements sexuels. Le renforcement des capacités dans tout le système de la santé sexuelle et génésique, notamment l'accroissement de la participation des jeunes hommes hétérosexuels, contribuera en bout de ligne à améliorer les programmes d'éducation sur la prévention du VIH/sida et les services offerts à l'ensemble des jeunes Canadiens et Canadiennes.

Pour obtenir une copie du rapport complet, visitez le www.acewh.dal.ca/eng/reports/Buddy_Study_Report.pdf




NOTES

[1] Conseil des ministres de l'Éducation (2003). Étude sur les jeunes, la santé sexuelle, le VIH et le sida au Canada - Facteurs influant sur les connaissances, les attitudes et les comportements, Toronto, CMEC.

[2] Stephenson, J.M., V. Strange et autres (juillet 2004). «  Pupil-led sex education in England (RIPPLE study): Cluster-randomised intervention trial », Lancet, n o 24, p. 338-346.

[3] Association canadienne de santé publique (2001). Questions critiques en prévention du VIH. La prévention du VIH chez les hommes hétérosexuels, Ottawa, Centre canadien de documentation sur le VIH/sida.

[4] Maticka-Tyndale, E. (2001). « Sexual health and Canadian youth: How do we measure up? », Canadian Journal of Human Sexuality, vol. 10, p. 1-17.

[5] Fédération canadienne pour la santé sexuelle (2001). Safer sex education for heterosexual males: An oxymoron?, Ottawa, FCSS.

[6] Agence de santé publique du Canada (mai 2004). « Incidence et prévalence du VIH chez lez jeunes », Actualités en épidémiologie sur le VIH/sida, Ottawa, Division de la surveillance et de l'évaluation des risques du Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses.

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