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Bulletin de recherche: Rapports sociaux entre les sexes et VIH/sida : passons aux actes, Automne 2006, volume 5, numéro 2

Information et services en matière de santé sexuelle pour les jeunes adultes en Colombie-Britannique

Emily Falk, ancienne récipiendaire d'une bourse Fulbright, Centre d'excellence pour la santé des femmes - région de la Colombie-Britannique, Ann Pederson, CESFCB, et Elizabeth Stanger, services linguistiques, Cross Cultural Care and Diversity, Vancouver Coastal Health

La santé sexuelle est un état de bien-être physique, émotionnel, mental et sociétal relié à la sexualité[. Elle] exige une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que la possibilité d'avoir des expériences plaisantes et sécuritaires, sans coercition, discrimination et violence.

- Organisation mondiale de la santé [1]

Très importante, la période entre l'âge de 19 et 30 ans en est une de transition, caractérisée par la fin des études, le début d'une vie indépendante de la famille d'origine, l'accession au marché du travail et l'établissement de relations intimes. Au cours de cette période d'exploration, il est possible que les jeunes adultes courent le risque de contracter des infections transmises sexuellement (ITS) ou de tomber enceintes en ayant des relations sexuelles avec des partenaires multiples, en omettant d'utiliser systématiquement un moyen de protection ou en ayant des relations sexuelles monogames successives [2]. Selon les données pour la Colombie-Britannique, il y a un taux disproportionné d'ITS chez les jeunes adultes âgés de 19 à 30 ans et près de la moitié des naissances dans la province sont attribuables à des mères faisant partie de ce groupe d'âge [3]. De plus, une femme subit une agression sexuelle toutes les six minutes au Canada et « en Colombie-Britannique, 59 % des femmes de plus de 16 ans ont subi au moins un incident de violence physique ou sexuelle, ce qui constitue le pourcentage le plus élevé de toutes les provinces canadiennes [4]  ». À la lumière de ces faits, il semble évident que les jeunes adultes de Colombie-Britannique ont besoin d'information et de services en matière de santé sexuelle pour les aider à acquérir des habitudes saines.

Il existe peu de documentation sur les besoins d'information et de services en matière de santé sexuelle pour les jeunes gens qui ont dépassé le stade de l'adolescence; d'ailleurs, peu de services s'adressent spécifiquement à ce groupe d'âge. L'étude dont il est question ici a été réalisée pour pallier cette lacune et pour aider à la création de services de santé sexuelle qui, plutôt que de mettre l'accent sur les ITS comme le sida ou la gonorrhée, seraient basés sur le cadre de l'OMS.

À l'aide de questionnaires autoadministrés (sur support papier ou en ligne), nous avons recueilli des données auprès de 357 femmes et hommes âgés de 19 à 30 ans en Colombie-Britannique. Le questionnaire portait sur leurs expériences en matière d'accès à l'information et aux services de santé sexuelle, sur les caractéristiques des endroits où ils aiment recevoir cette information et ces services et des personnes qui les fournissent, sur les préoccupations qu'ils ont éprouvées lors de leur recherche d'aide ou d'information et sur les difficultés auxquelles ils s'attendaient dans leur recherche d'information et de soins appropriés.

La majorité des répondants s'était déjà entretenue au cours de l'année précédente avec un professionnel au sujet de la santé sexuelle. La grossesse ainsi que la prévention et le dépistage des infections transmises sexuellement étaient les préoccupations les plus courantes. Moins de la moitié des répondants ont rapporté s'être fait offrir un type de protection barrière et pratiquement personne n'a rapporté avoir parlé avec son ou sa partenaire de sexe (compétences en matière de négociation) ou de violence sexuelle.

Les hommes et les femmes ont obtenu leur information de sources différentes. Les femmes ont dit s'informer le plus souvent auprès de leurs amis et des membres de leur famille, en deuxième lieu au moyen de brochures, de dépliants, de livres, du BC Health Guide et de revues et, en troisième lieu, auprès d'un médecin généraliste, de leur médecin de famille ou de la clinique de santé sexuelle de leur région. Les hommes, quant à eux, ont mentionné les deux mêmes sources que les femmes comme première et deuxième préférences, mais ont indiqué, dans la plupart des cas, le « partenaire sexuel » comme troisième source d'information. Cela semblerait vouloir dire que les hommes croient pouvoir obtenir l'information dont ils ont besoin sans l'aide d'un professionnel de la santé.

En ce qui a trait aux caractéristiques des services, les répondants préféraient les cliniques sans rendez-vous et que « le professionnel soit du même sexe [qu'eux] ». Dans les réponses aux questions ouvertes, les répondants ont affirmé apprécier les soignants et les services qui étaient amicaux et fiables et qui ne portaient pas de jugement, qui assuraient l'intimité et la confidentialité, qui offraient de l'information exacte et à jour et qui normalisaient leurs préoccupations en matière de santé. Ils ont également dit apprécier les endroits faciles d'accès et abordables. Les répondants se sont dit ouverts à l'idée de recevoir de l'information sur la santé sexuelle dans divers établissements médicaux établis, comme les bureaux de médecin ou les cliniques, mais étaient plus réticents face à des lieux non médicaux comme les épiceries.

Le coût des contraceptifs oraux constituait la difficulté la plus communément rapportée, et il a fait l'objet de beaucoup plus de mentions de la part des femmes que des hommes. La faible scolarité a été reliée à de nombreuses difficultés d'accès à l'information et aux services en matière de santé sexuelle. Par ailleurs, la plupart des gens ne savaient pas que les médicaments pour traiter les ITS étaient gratuits en Colombie-Britannique, même si la majorité croyait qu'ils devraient l'être.

À la lumière des résultats de l'étude, les professionnels de la santé devraient interroger les jeunes adultes sur leurs pratiques sexuelles, cerner les facteurs de risque et discuter avec eux d'un vaste éventail de sujets se rapportant à la santé sexuelle (comment aborder avec son ou sa partenaire les pratiques sexuelles à risques réduits et la violence dans les relations, par ex.). Ils devraient aussi indiquer aux patients les lieux où trouver plus d'information sur ces sujets. En plus d'autres formes de contraception, des échantillons de contraceptifs de type barrière (condoms masculins, condoms féminins, digues dentaires, gants en latex) devraient être remis aux clients et clientes. Les programmes d'éducation sexuelle et de counselling entre pairs ou offerts par des bénévoles devraient être plus répandus, tant dans les établissements médicaux que dans les réseaux informels. Étant donné que les jeunes hommes ont tendance à recourir à des sources d'information officieuses pour gérer leur santé sexuelle, les services de santé sexuelle devraient songer à se doter de réseaux d'information non professionnels.

Les jeunes patients et patientes devraient avoir la possibilité de consulter un professionnel du même sexe qu'eux. Cela est particulièrement important pour les femmes. Les cliniques pourraient aussi songer à recruter davantage de bénévoles de sexe masculin afin de mieux communiquer avec les hommes sur les avantages des services de santé sexuelle.

Les responsables des cliniques et des services devraient se pencher sur les questions d'accessibilité telles que l'emplacement, les heures d'ouverture, le temps d'attente et l'atmosphère qui règne sur les lieux. Bien que les jeunes adultes de ce groupe d'âge souhaitent recevoir de l'information pratique, confidentielle et précise de la part des professionnels de la santé, c'est toutefois auprès de leurs amis et des membres de leur famille qu'ils obtiennent présentement la plus grande partie des réponses à leurs questions. Le défi, par conséquent, consiste à rendre accessible au plus grand nombre de l'information précise et de bonne qualité [5].




NOTES

[1] Organisation mondiale de la santé, Gender and Reproductive Rights, disponible à www.who.int/reproductive-health/gender/sexual_health.html.

[2] Diiorio, C., et autres (2000). «  Correlates of safer sex communication among college student », Journal of Advanced Nursing, vol. 32, n o 3, p. 658-65.

[3] Tyden, T. et autres (1994). «  Effects of specially tailored information on Swedish university students' sexual behaviour  », Journal of American College Health, vol. 43, n o 2, p. 75-79.

[4] Netting, NS et ML Burnett (2004). «  Twenty years of student sexual behavior: Subcultural adaptations to a changing health environment  », Adolescence, vol. 39, n o 153, p. 19-38.

[5] Vous pouvez prendre connaissance du rapport complet, intitulé Give it to me now: a report on how, where, and from whom young adults in British Columbia would like to receive sexual health information and services, à l'adresse suivante : www.optionsforsexualhealth.org/surveys/falk/OptSurvey/index.html.

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